20 Février 2015

Aurélien Véron : «Le monopole de la Sécu n'est pas responsabilisant»

Décideurs. Les dépenses publiques ont atteint 57 % du PIB en 2012. Que doit-on en penser ?
Aurélien Véron.
La retraite et l’assurance maladie sont les clés de voûte de l’État providence à la française. Un modèle financièrement condamné, comme l’annoncent rapports et livres blancs depuis plusieurs décennies. Il me semble clairement à la fois inefficace et injuste à bien des titres. En outre, le coût de la protection sociale, près d’un tiers de notre PIB dans son ensemble, m’apparaît excessif.

Décideurs. Faut-il craindre une faillite de notre système de retraite ?
Aurélien Véron Le système de retraite actuel organise un transfert de richesses considérable des jeunes actifs vers les retraités. Le risque d’un clivage intergénérationnel nécessite le rétablissement d’une certaine équité. Sa restructuration est d’autant plus nécessaire qu’il n’est pas pérenne. Les déficits des comptes sociaux ne cessent d’augmenter et viennent grossir la dette de la Cades. Les projections indiquent une accélération inexorable. Le jour où les taux d’intérêt augmenteront, la Cades explosera.

Décideurs. Quelles réformes engager pour remodeler le système de retraite ?
A. V.
Le système actuel me paraît trop rigide. Comment pouvons-nous imposer à tous le même âge de départ en retraite et le même nombre d’années de cotisations ? Les carrières ne sont plus aussi linéaires que par le passé. Je propose donc de combiner, comme dans la plupart des pays européens, un pilier de répartition à points et un autre par capitalisation.
Le premier permettrait de conserver une solidarité intergénérationnelle, non plus à prestations définies mais à cotisations définies. Il garantirait l’équilibre avec un montant de pensions versées obligatoirement égal aux cotisations perçues en rendant à chacun le choix du départ. C’est l’occasion d’instaurer un régime unique en mettant fin aux régimes spéciaux.
Le deuxième étage, celui de la capitalisation, permettrait aux salariés de se constituer une épargne individuelle bien plus rentable que la répartition et investie dans l’économie réelle aujourd’hui sous-capitalisée. Ces versements sur un compte dédié seraient aussi obligatoires. Aujourd’hui, seuls les salariés du public y ont droit avec le Préfon.

Décideurs. Quelles solutions préconisez-vous pour préserver le modèle français d’assurance-maladie ?
A.V. Nous avons l’un des meilleurs systèmes de soins au monde. Il est hélas en déclin et son financement se révèle de plus en plus coûteux et injuste. Les actifs financent la sécurité sociale, les retraités la consomment. Le monopole de la sécu n’est pas responsabilisant. Il ne gère pas bien les producteurs de soins (sélection, évaluation, formation), ni leurs tarifs remboursables. Il pousse actuellement à la fonctionnarisation de la santé, et ne favorise pas l’innovation. Je propose l’instauration de deux grands piliers assurantiels obligatoires et d’un troisième facultatif.
Le premier pilier couvrirait l’ensemble des soins obstétriques et des pathologies lourdes. Chaque Français cotiserait directement auprès de son assurance santé, tandis que ceux qui n’en ont pas les moyens bénéficieraient de la solidarité nationale : un chèque santé qui se substituerait à la CMU actuelle.
Je préconise l’ouverture à la concurrence de cette assurance obligatoire et universelle. Une concurrence encadrée interdisant aux assureurs de sélectionner leurs clients, mais ouvrant la voie à une gestion plus agile et performante du système de santé. Le panier de soins couvert par l’assurance serait alors défini au niveau national par le législateur, les représentants des assurances et les partenaires de santé.
Le deuxième pilier concernerait celui des soins courants (grippe, angine…). Dans ce cadre, nous laisserions aux assureurs la possibilité de construire leur propre offre de soins. Il appartiendra aux assurés de choisir celle qui correspond le mieux à leurs besoins. Cela va créer une vraie émulation entre assureurs.
Un troisième pilier, totalement libre, pourrait être souscrit par ceux qui souhaitent bénéficier de couvertures complémentaires plus étoffées.

Propos recueillis par Aurélien Florin et Vincent Paes
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