26 Septembre 2014

A bas le principe de précaution, vive le principe d’ambition !

Valls, Hollande, Sarkozy... Retour sur une semaine qui n'a pas remonté le moral des chefs d'entreprise.

Il y a une semaine, une envie d’y croire chevillée au tube cathodique, je m’armais d’un stylo à balle perforante pour viser tous ceux qui moquaient le tandem Valls/Macron avant de lui avoir laissé le temps de faire ses preuves. Il y a une semaine, je croyais que la raison serait plus forte que les calculs politiques et que la clarté des mesures à prendre passerait enfin avant les petits trafics de vote. A l’Assemblée.

Une semaine après, j’ai la "gueule de bois", l’espoir à l’envers, en taille XXS, rétréci au lavage d’une conférence de presse pitoyable et d’un vote à l’assemblée qui a démontré que Valls, malgré une bonne volonté que je ne peux me résigner à nier, à du mettre dans sa purge, de l’eau.

L’eau qui achète le vote, l’eau troublée de la démagogie qui déforme et contrarie le message, l’espoir, l’envie d’y croire.

Cette semaine, le moral des entrepreneurs, déjà au sol, commence désormais à creuser le sol, pour inventer l’équivalent de la déflation pour la mesure de l’espoir économique. En dessous de la ceinture. Enterré par tout ce que la politique représente d’écoeurrement depuis 30 ans et qui s’achève en apothéose sous ce gouvernement.

Quelle est la cause de cette dépression ? Tout d’abord le message donné aux Français. L’Etat ? alors que les caisses sont vides, et plutôt que de proposer un contrat à la nation, un contrat clair et équilibré, préfère dire aux Français qu’il les exonère d’impôt !! Au moment où chacun devrait souscrire aux mesures nécessaires pour sortir la France de l’impasse, où chacun devrait non seulement prendre conscience de l’effort à faire (à partir du moment où tout le monde, Etat compris, y met du sien et ou l’on explique à quoi servira l’effort), mais le faire vraiment, en participant au sauvetage de notre modèle social, au moment où l’on cherche désespérément le moyen de rebondir, le gouvernement exonère d’impôt 1/3 des foyers fiscaux et trouve que c’est une mesure sociale !!!  Pour acheter la gauche de la gauche, qui voit ses postes menacés et ses élus insultés.

Le contraire du message nécessaire. L’inverse de ce que le bon sens imposait. Il n’y a plus d’argent ? Alors distribuons le. Quelqu’un paiera. Nous savons qui paiera. C’est la croissance. Et donc l’emploi.

Creuser le trou en prétendant faire justice. Au final pour un cadeau inutile, pour la bonne conscience de quelques-uns, c’est la France et l’espoir du redressement qu’on jette et foule au pied. Car il empêche le changement de culture, qui est la base de la réforme, d’opérer. Et encore, je passe sur le message sous-jacent. Celui qui tend à déresponsabiliser un peu plus les Français et consolider le rôle de l’Etat nounou, providence, protecteur. Nous vivons au-dessus de nos moyens. Les Français doivent être comptables et responsables. Voir la vérité en face et participer, en fonction de ses moyens, mêmes symboliquement, à la solidarité nationale dont ils profitent. Cette exonération est un bandeau placé sur des yeux déjà aveuglés.

Quelque chose me dit que ce gaspillage se fera au détriment de mesures utiles, qui, elles, auraient donné un bénéfice bien plus efficace qu’une exonération. Des mesures pour les PME, l’investissement, la création et la croissance des entreprises. C’est lamentable.

Quant aux autres mesures, le président les a balayé ou ignoré pour se concentrer sur la situation internationale, dont les Français, à court terme, se moquent comme d’une guigne. La dignité aurait nécessité de parler aux Français des efforts à faire, à commencer par l’Etat, par les collectivités, dont les effectifs ont encore augmenté l’année passée, de la surprotection qui au final, les relègue au rang de sous citoyens, aux mesures clés, qu’un président qui n’a plus rien à perdre et en connaît l’importance pour l’avenir du pays, aurait dû avoir le courage d’annoncer.

Le président n’est plus. Il est une ombre. Il reste Valls, qui s’enfonce, vaincu par la force du compromis, mais qui nous l’espérons ne renoncera pas totalement. Tentons d’y croire. Il y a des sujets plus importants que la petite phrase de Macron, qui a eu le tort en France d’appeler un chat un chat. Et qui le faisait non pour accabler mais pour plaindre ces ouvriers. Tristesse d’une presse à la recherche de la petite phrase pour finir de tuer la politique et ses représentants. Il mettait le doigt sur l’ineptie de demander la reconversion forcée de personnes qui n’étaient pas en état d’en profiter. Mais l’avouer, en France, est un crime. Dans ce pays où il n’existe pas d’aveugles mais des non voyants. Pas de sourds, mais des malentendants. Pauvre France qui préfère le handicap dès qu’il ne porte pas son nom !

Notre avis sur Sarkozy ? Aucun. Pour le moment. Néanmoins, difficile de ne pas voir la différence de style, de charisme, d’autorité, de discours. Sarkozy est un baryton et Hollande un chanteur de playback. Mais la voix ne suffit pas, il faut aussi la chanson. Donc là aussi, attendons de voir les propositions concrètes. Pour le moment, nous n’avons que des déclarations d’intention.

Nos obsessions sont simples. Plutôt que déresponsabiliser, donnons le pouvoir aux Français. Ils doivent ouvrir les yeux, reprendre confiance, et à l’heure du numérique et de la désintermédiation, retrouver la foi dans le rapport direct avec sa contrepartie. Redonner aux Français la responsabilité du dialogue social, en prenant la place des partenaires sociaux. Redonner aux Français l’égalité de traitement entre le propriétaire et le locataire. Accepter que le non paiement explique leur départ, sans protection, en contrepartie de moins d’augmentations, de garanties. Redonner à l’éducation manuelle la même noblesse que l’éducation élitistes et faire de nos "manuels" des gens fiers de pouvoir s’élever socialement.

Faire comprendre aux Français que les statuts sont inutiles, que le CDI doit disparaître, et peut-être adapter le SMIC selon les secteurs, voire le supprimer, et que ce qui compte, c’est un travail qui vous passionne et soit rémunéré, plutôt que d’être au chômage, plutôt que de chercher un statut. Faire des entreprises les ascenseurs sociaux qu’ils devraient être en renforçant la participation des salariés aux résultats et actionnariat de leur entreprise. Réformer les administrations et tribunaux qui tordent l’esprit de la loi, pour y préférer l’esprit du dogme et y injecter leur bile idéologique. Et la liste est longue.

La complainte scandaleuse des pilotes est le reflet de la vanité et du manque de solidarité que l’institution des privilèges à la française a pu créer. A l’heure où l’on donne 40 euros de retraite de plus aux retraités les plus démunis, nous devrions mettre dans un mouchoir les principes du droit de grève pour remplacer ces grévistes indécents par des pilotes extérieurs et ne jamais leur céder. 18 000 euros et ils se plaignent ! Qui peut croire cela en 2014 en France ?

Ce qu’il y a à faire est simple, tout le monde le sait. Il faut du courage et de l’abnégation pour le faire. Il faut être un homme (ou une femme) d’Etat. Nous ne l’avons pas. Pas encore. Les entrepreneurs vont faire connaître leur position. Réclamer des Assises nationales, avec des propositions chocs. Que nous demanderons de tester afin de voir si elles marchent, plutôt que de les enterrer. Remettre le courage et la responsabilité au rang de valeurs constitutionnelles. A bas le principe de précaution, vive le principe d’ambition.

 

Denis Jacquet, Delegue National à l'Entreprise et Président de Parrainer la Croissance

Article source dans Atlantico