17 Août 2017

Chers et inefficaces... les emplois aidés ne sauveront pas les jeunes

Aucun gouvernement n’a osé mettre fin à ce scandale économique et social des emplois aidés. Espérons qu’Emmanuel Macron aura ce courage et la pédagogie nécessaire.

Article d'Aurélien Véron paru dans atlantico le 13 août 2017

La rentrée voit réapparaître un vieux serpent de mer, celui des emplois aidés. Depuis leur création par les socialistes en 1984 - les fameux TUC -,  ils ont bénéficié d’une côte inégalée auprès de tous les politiques, de gauche comme de droite. Pour un prix pharaonique et des nuisances durables, ils constituent l’artifice idéal pour masquer à court terme le drame du chômage de masse, en particulier celui des jeunes. Mais cette vision court-termiste dure depuis 1984 sans être parvenue à inverser la courbe du chômage de masse. Aucun gouvernement n’a osé mettre fin à ce scandale économique et social. Espérons qu’Emmanuel Macron aura ce courage et la pédagogie nécessaire.

Les emplois aidés coûtent cher, très cher : 3 milliards d’euros en 2016 et un objectif (improbable) de 2.6 milliards en 2017. Cet argument ne suffit hélas pas pour une majorité d’électeurs biberonnés à la dépense publique et confortés dans leur opinion par François Hollande il y a encore peu : « c’est pas cher, c’est l’Etat qui paye ». Après tout, qui ne serait pas prêt à dépenser tout l’argent nécessaire – surtout celui des autres ? - pour assurer un avenir à ses propres enfants ou ses petits enfants ? Ou simplement pour remettre sur la voie de l’emploi des personnes ayant progressivement perdu confiance en elles-mêmes, s’étant désocialisé à cause d’un chômage de longue durée ? Les chiffres sont têtus, et ils sont accablants pour les emplois aidés.

Un quart des jeunes sont au chômage (source : OCDE[i]), près du double de la moyenne européenne, malgré plus de 30 ans ininterrompus de programmes d’emplois aidés. En Allemagne, ils ne sont que 7%. Les jeunes non diplômés, généralement issus de familles défavorisées, sont évidemment les plus frappés par cette spécificité française avec un taux supérieur à 50%. Le modèle scolaire français n’est pas fait pour eux et ils n’ont pas les codes du monde de l’entreprise qui, de toute manière, ne peut se permettre de prendre de risque avec des réglementations du travail qui peuvent vite rendre coûteuse une erreur de casting.

Sans ces 456.000 emplois aidés dont un tiers concernent les moins de 26 ans (source : Dares[ii]), le nombre officiel de chômeurs jeunes – 481.000 début 2017 –atteindrait une zone dangereuse. Or, personne ne peut nier le caractère dévastateur du fléau du chômage frappant les nouvelles générations sur le plan humain, social et politique. Affaiblissement de l’estime de soi, perte de confiance dans le pays et dans ses élites, rancœur envers ceux qui « réussissent » économiquement parlant, attirance pour les engagements de plus en plus radicaux en faveur d’idéologies ou de religions qui promettent d’abattre les murs dans la violence, ou d’en ériger de nouveaux. Les emplois aidés jettent un voile pudique sur le véritable chômage des jeunes, bien plus massif que les chiffres publiés.

La Cour des Comptes a durement mis en cause l’ensemble de ces dispositifs dans son rapport de mai 2017 sur le budget et l’Etat. Mal gérés, ruineux et inefficaces, ils permettent aussi de déroger au Code du travail et de rémunérer des personnes peu productives à des salaires très inférieurs au SMIC ou au prix d’un stagiaire. Trois quarts de ces contrats concernent le secteur public et non marchand plutôt que le secteur « marchand » qui y voit le plus souvent, il est vrai, un simple effet d’aubaine (ce qui n’est pas le cas du secteur public, habitué à déroger au Code du travail et à sous-payer des vacataires exploités).

Le pire aspect de ces emplois aidés dans le secteur public et non marchand, c’est qu’ils marquent au fer rouge  le CV de ceux qui pensent profiter d’une chance. Ils reçoivent une maigre rémunération le temps de vaquer à des occupations peu valorisantes et mal gérées avant de découvrir, trop tard, que le vrai marché de l’emploi, celui des entreprises, voit ces remplissages de « périodes de galère » d’un mauvais œil. Loin de « resocialiser » ses bénéficiaires, il érige une barrière supplémentaire à l’embauche. Loin d’apporter les codes du monde du travail et une expérience utile pour l’avenir, il est souvent jugé comme preuve d’incompatibilité durable avec le secteur concurrentiel.

La seule approche tenable des « contrats aidés », c’est l’accompagnement actif de personnes totalement désocialisées par des associations ou des entreprises spécialisées dans la réinsertion professionnelle (incorporant par conséquent une dimension psychologique et sociale). Ce sont des actions coûteuses, tant par les investissements à réaliser auprès des acteurs spécialisés capables d’obtenir de bons résultats, que par le suivi actif nécessaire post-contrat.

Les jeunes payent un enseignement inadapté ou, pire, l’absence de toute formation initiale. Leur « employabilité » est faible, le lien avec l’entreprise passera nécessairement par la reprise d’une formation ciblée, ne serait-ce que pour apprendre les codes et les contraintes de cet univers qu’ils ne connaissent pas, pas plus que leurs parents qui, parfois, sont eux-mêmes frappés par le chômage de longue durée. En attendant une réforme en profondeur -qui reste à faire - du modèle scolaire français, la priorité doit être mise sur des formations adaptées au monde de l’entreprise et capables d’attirer des jeunes qui voient dans l’école une source d’humiliation et la cause de leur échec.

Des acteurs privés créent déjà régulièrement de telles structures de « rattrapage », ils sont prêts à les multiplier pourvu qu’on le laisse faire. Les écoles totalement privées de la fondation Espérance Banlieue l’illustrent bien. Avec des moyens bien plus faibles que l’enseignement public traditionnel, elles innovent en apportant un enseignement de qualité destiné aux élèves de quartiers difficiles afin de les mener à des études supérieures leur assurant un avenir professionnel. Entièrement financées par des mécènes, exigeant des parents d’élèves une modeste contribution pour le principe – ce qui est gratuit ne vaut rien -, ces établissements sont rapidement parvenus à enrayer la « casse sociale et humaine » des grands établissements publics des cités qui n’ont ni leur autonomie, ni leur niveau d’exigence.

Nous devons aller bien plus loin, bien plus vite. Nous devons libérer l’enseignementdans son ensemble de ses carcans syndicaux, bureaucratiques et idéologiques, de la maternelle aux formations supérieures, technologiques et professionnelles. Etablir des ponts avec le monde de l’entreprise, développer davantage l’alternance, multiplier les formations professionnelles d’excellence, attirantes et valorisantes. Même en rémunérant mieux les enseignants – une nécessité -, l’Etat retirerait de grosses économies d’une telle refonte de l’architecture de l’enseignement en France, pour des résultats bien plus probants que le bricolage inutile des emplois aidés. Chiche ?