14 Janvier 2010

Christine Boutin se trompe en voulant empêcher les expulsions locatives

La décision de Christine Boutin de suspendre définitivement les expulsions locatives sans solution de relogement peut passer pour une mesure socialement positive si l'on s'en tient à un examen superficiel. Mais cette mesure ira, une fois encore, à l'encontre des intérêts des personnes modestes qu'elle est censée protéger.

Le parc de logements locatifs subit depuis vingt ans un désengagement massif des gros investisseurs institutionnels qui ne représentent plus que 2% de l'offre totale, et par une rétention croissante des bailleurs individuels privés qui ont retiré du marché environ 600 000 logements. Aujourd'hui, aucun investissement locatif ne se fait sans gros coup de pouce fiscal: Robien et Borloo hier, Sellier demain. La pénurie qui en résulte dépasse largement les 800 000 logements, si on souhaite loger toutes les personnes sans adresse personnelle (SDF, logements de fortune, colocation subie, etc.). Cette pénurie pousse les loyers à la hausse, amplifiant les difficultés de paiement des loyers pour nombre de familles. Malgré la hausse des prix, l'offre locative reste très inférieure aux besoins.

A la source de cette frilosité des propriétaires, la combinaison d'une fiscalité punitive sur les revenus de la pierre, et de lois protégeant abusivement les mauvais payeurs. Ce placement, initialement de bon père de famille, a été transformé en produit peu rentable ET risqué. En proposant de rendre de facto impossible les expulsions sans une « solution de logement » qu’on sait inexistant dans la plupart des cas, Christine Boutin envoie un nouveau message répulsif aux inconscients qui seraient encore tentés par l'investissement locatif. En réduisant davantage l'attirance des investisseurs pour la pierre, la secrétaire d’Etat au logement va aggraver la pénurie de logements, réduire les possibilités de relogement des locataires en difficulté, poussera à nouveau les loyers à la hausse. Au final, les familles plus précaires auront plus de mal encore à se loger, ainsi que les familles honnêtes qui, malgré les incitations légales à l'irresponsabilité, mettent un point d'honneur à respecter leurs engagements.

L'exemple canadien nous montre que l'expulsion locative n'est pas l'ennemie des locataires responsables, loin s'en faut. Au Canada, un mauvais payeur est expulsé sans état d'âmes au bout de quelques semaines, permettant au bailleur de remettre son bien sur le marché en moins de deux mois, et ce, même au coeur de l'hiver. Le recours aux expulsions y est rarissime. Les locataires pressentant des difficultés anticipent et recherchent d’eux-mêmes un logement plus petit ou moins bien situé. Résultat de cette responsabilisation des locataires, les investisseurs, individuels ou institutionnels, sont en confiance, et maintiennent une offre suffisante pour satisfaire les besoins de logement.

Madame Boutin ferait mieux, si elle veut vraiment aider les familles en difficulté, de promouvoir la responsabilité locative. Le retour de la confiance des investisseurs dans la pierre est le seul facteur susceptible de vaincre la pénurie actuelle, de faire baisser les loyers et de diminuer les exigences de garanties des bailleurs.