22 Mars 2011

Economie, une France à deux vitesses ?

A 83 milliards d'euros sur 2010, deux fois plus que l’an passé, les résultats du CAC 40 montrent que nos grands groupes sont bel et bien sortis de la crise. Mais il faut rappeler que ces profits ont été réalisés pour l’essentiel hors du pays, notamment dans les zones à forte croissance.

Régulièrement accusés de délocaliser leur production et d'appauvrir la France, leur apport au pays est incontestable. A commencer par le rapatriement de leurs résultats qui participent au revenu des ménages et aux recettes publiques. Plusieurs de ces grands groupes se préparent d’ailleurs à partager les fruits de cette croissance avec leurs salariés français par des augmentations salariales pouvant aller jusqu'à +4.7 % chez l’Oréal.

Nulle entreprise n'est prophète en son pays ?

La position de leader mondial d’un certain nombre de ces entreprises les soulage du fardeau qu'ils supportent en France, où ils font travailler 1,7 millions d'employés dans un environnement réglementaire et fiscal aussi contraignant qu'instable. Par ailleurs, les consommateurs français profitent de l’offre innovante et souvent compétitive de ces grands groupes. Mais tout n’est pas si rose.

Les nombreux secteurs réglementés interdisent l’arrivée de nouveaux concurrents et bloquent ainsi la baisse des prix. C’est le cas dans la téléphonie mobile, domaine qui voit la France figurer parmi les pays les plus chers d’Europe. Si l’origine de ces abus est essentiellement étatique et réglementaire, ceux qui en bénéficient ne s’en plaignent pas. Hélas en France, la libéralisation prend du temps.

Dans un certain esprit de connivence, les privatisations aboutissent parfois à substituer des monopoles privés aux anciens monopoles publics. En l’absence de concurrence libre et ouverte, l’amélioration est rarement au rendez-vous pour le consommateur final. Pourtant, tous nos groupes, publics et privés, excellent dans un environnement concurrentiel et ouvert. Devons-nous imaginer que la France est pour eux un bastion acquis où ils peuvent vendre au prix fort leurs produits et services, au détriment des Français ?

L'"ascenseur social" des entreprises : en panne

Ajoutons qu’en compensation des charges spécifiques à la France qui pèsent sur eux, ces groupes perçoivent des aides considérables de l’État. Prime pour l’emploi, heures supplémentaires défiscalisées et compensations des 35 heures se chiffrent chaque année en dizaines de milliards d’euros, autant de prélèvements qui pèsent sur l’activité des autres acteurs économiques.

Parallèlement à cette abondance ciblée d’aides publiques, nos PME peinent à se développer et se cantonnent aux créneaux ignorés ou sous-traités par les grands groupes. Dans la durée, ni nos entreprises, ni les Français ne sont gagnants de cette absence « d’ascenseur social » des entreprises. Il est difficile de s’extraire de cette dynamique perverse.

Mais nos grands groupes sont prêts à s’adapter à la libéralisation de notre économie en échange de la suppression des aides publiques, simple alignement de notre pays sur les règles du jeu dans le reste du monde. C’est la condition nécessaire pour offrir aux PME davantage d’espace afin qu’elles puissent plus librement investir, innover et gagner des parts de marché. Non seulement le consommateur serait grand gagnant d’une telle dynamique concurrentielle, mais aussi l’emploi tiré par cette émulation nouvelle.

Libéraliser davantage les marchés

Nous avons des raisons d’être fiers de nos champions, et d'y voir la preuve que notre pays est riche en talents. Les Français, ingénieurs et commerciaux, savent réussir lorsqu'ils ne sont pas bridés par la sur-règlementation et les taxes. Mais n’oublions pas que derrière ces quelques trophées mérités se cache une France à deux vitesses : l'activité locale repart très lentement et les petites entreprises souffrent, tandis que les grandes entreprises s'internationalisent de plus en plus et récoltent les fruits de leurs efforts d'innovation.

L’enjeu des prochaines années, c’est de libérer les talents de nos acteurs économiques domestiques. Pour se développer, nos PME ont besoin d’espaces décloisonnés, d’un marché du travail flexible et de prélèvements obligatoires réduits et simplifiés, notamment concernant le coût du travail. Espérons qu’un tel pacte pour la croissance sera au cœur de la présidentielle de 2012.

Publié par Atlantico