03 Mars 2014

Eloge du don 2

La semaine dernière, je dépeignais avec un enthousiasme naïf la « nouvelle économie du don », troisième voie entre le marché et la redistribution. Je dois maintenant vous avouer, chers lecteurs, que nous ne sommes pas, collectivement, des modèles de philanthropie. Dans le dernier World Giving Index pour 2013, les Français arrivent en 77e position, tandis que la palme d’or revient une nouvelle fois… aux Américains. Les plus « solidaires » ne sont pas ceux qu’on croit.

L’exemple des Etats-Unis mérite que l’on s’y attarde. Benjamin Franklin inaugura la tradition philanthropique en finançant à Philadelphie bibliothèque, caserne de pompiers, université, hôpital... Il ne s’agissait pas d’aumône, mais de véritables investissements : « La quantité de bien que peut créer un homme est prodigieuse, écrivait-il, à condition qu’il le fasse de manière professionnelle ». Cette conception irrigue encore aujourd’hui des mouvements tels que le RM, « relentless monetization » (quantification sans relâche) mis au point par la fondation Robin des Bois à New York. La culture du résultat et de l’évaluation est rigoureusement appliquée aux œuvres charitables.

On connaît les philanthropes historiques, grandes fortunes qui jugent, selon le mot de Carnegie, indécent de mourir riche : Rockefeller, Ford, aujourd’hui Bill Gates ou George Soros. Dès que l’on a amassé de l’argent outre-Atlantique, et quelle que soit sa moralité personnelle, il est impératif d’en redonner une partie à la communauté. Ceux qui ont vu le dernier film de Woody Allen, Blue Jasmine, ont pu remarquer que l’épouse du millionnaire escroc passe son temps en dîners de levée de fonds – tout comme d’ailleurs celle du sénateur corrompu dans la série House of Cards…

Cette attitude se répercute à tous les niveaux de la société. Ainsi, 60 % des anciens étudiants de Princeton donnent à leur Alma Mater, tandis que l’entretien de Central Park à New York est assuré par les contributions de 60 000 riverains… Des « entrepreneurs sociaux » se lancent tous les jours pour créer de nouvelles activités, comme l’envoi de jeune diplômés dans les écoles en difficulté. Selon Guy Sorman, 10 % de l’économie et des emplois aux Etats-Unis sont générés par le don.

Mais la valeur ajoutée la plus remarquable du secteur caritatif, c’est la capacité d’expérimentation de politiques publiques innovantes au niveau local. L’Institut Soros a ainsi renouvelé l’approche de la lutte contre le décrochage scolaire à Baltimore.

Le contraste avec la France est cruel. Comme l’écrivait déjà Alexis de Tocqueville, « dans quelques pays européens, ces associations bienfaisantes sont restées entièrement distinctes de l'État ; mais, dans presque tous, elles tendent visiblement à se confondre avec lui ». Les financements privés n’assurent aujourd’hui que 5 % du budget des associations, qui vivent à peu près exclusivement des subventions de l’Etat ou des municipalités – ce qui les force à une allégeance mortelle au pouvoir en place ou, à tout le moins, à l’idéologie étatiste dominante.

Pour changer la vie, donnez !

 

Par Gaspard Koenig, vice-président du PLD et président de Génération Libre
Article source dans L'Opinion