16 Juillet 2014

En France, l'austérité reste un fantasme

Le Parti libéral démocrate (PLD), né en 2008, fait partie de ces "petites" formations qui peinent à percer en raison d'un système qui les pénalise mais qui jouent un rôle vital dans l'indispensable débat d'idées au sein de la société. Son président Aurélien Véron livre son analyse sur la situation de la France, ses points faibles comme ses points forts, et ses solutions pour sortir le pays de la crise.

Comment expliquez-vous les difficultés de l'économie française à renouer avec une croissance solide et durable ?

Le modèle français est en faillite. C'est l'aboutissement de 40 années d'échec. La politique de relance par l'État a prouvé son inefficacité avec ces décennies de déficits publics ininterrompus et un taux de chômage qui n'a cessé d'osciller entre 8% et 11%, un niveau bien trop élevé. La société en faillite morale cherche un bouc-émissaire : l'Europe, l'immigration, l'autre... Mais il n'y en a pas, le problème du modèle social se trouve dans sa structure même.

Vous êtes donc plutôt partisan d'une politique de l'offre ?

Oui, en sachant que nous ne consommons que ce que nous produisons. Si vous me demandiez mes souhaits, ma liste au Père Noël serait très longue, beaucoup plus longue que ce que les fruits de mon travail me permettent d'envisager. En soutenant la consommation par la dépense publique, la France n'a jamais libéré la croissance. Ce modèle repose sur un malentendu : il privilégie le consommateur non pas dans sa liberté de choix, mais en l'aidant à consommer davantage que ce qu'il produit vraiment. Le pays vit ainsi à crédit depuis 1974 au prix d'une dette gigantesque, et ce train de vie est devenu une addiction. La cure de désintoxication sera douloureuse.

Le président a pourtant décidé de mettre en place une politique de l'offre...

C'est une bonne chose que François Hollande ait retourné sa veste sur ce point. Mais nous sommes loin du compte. Pour lui, soutenir l'offre consiste à faire des cadeaux, des chèques aux entreprises après avoir augmenté les prélèvements jusqu'ici. Il prend des chèques d'une main puis en signe d'autres avec l'autre main, cela n'a pas de sens. Une véritable politique de l'offre, ce n'est pas distribuer de l'argent public mais simplifier le champ d'action des entreprises et des individus pour créer un environnement propice, comme l'ancienne majorité l'a fait avec le régime des auto-entrepreneurs.

Il y a un débat sur le bien-fondé de la politique d'austérité. Êtes-vous partisan du respect des engagements communautaires pris en matière de réduction des déficits publics ? Est-ce toujours une priorité ?

C'est mon souhait. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. En 2013, le déficit public a atteint 4,2% du PIB, très loin de l'objectif des 3%. En France, l'austérité reste un fantasme. Nous avons eu droit aux hausses d'impôts, pas à la fin des déficits. Pour ma part, j'attends des baisses importantes de la dépense publique. Pas sous la forme de coupes comptables, douloureuses et aveugles, mais par une redéfinition du périmètre et de l'action de l'État. Pourquoi dépenser de l'argent public dans des domaines qui devraient relever du seul secteur privé ? Je préfère d'ailleurs utiliser le terme de rigueur à celui d'austérité. La rigueur exige que l'État se serre la ceinture, pas les Français qui savent déjà comment gérer un budget « en bon père des familles » !

Comment redonner confiance aux ménages et aux chefs d'entreprises ?

En leur enlevant les boulets qu'ils ont aux pieds. Les ménages et les entreprises sont des grands sportifs qui ont musclé leurs talents en supportant tous les fardeaux, les règlements, les ennuis que l'État fait peser sur nos épaules. Soulageons-les de cette surcharge inutile, ils se révèleront les plus performants au monde.

Pourquoi la fiscalité est-elle devenue la principale variable d'ajustement des politiques gouvernementales ?

Parce que c'est l'arme du lâche ! Le gouvernement imagine une nouvelle distribution d'argent public, souvent bricolée et clientéliste, et crée dans la foulée un impôt pour la financer. Dans la vie, cela ne marche pas ainsi. Quand un ménage envisage une nouvelle dépense, il calcule son budget en fonction de ses revenus, de son patrimoine. Il se dit qu'il va couper là, un peu ici, et qu'il va dégager une marge sur ses revenus actuels. L'État ne raisonne pas ainsi, il cède à la facilité dans une totale irresponsabilité.

Quels sont les atouts de l'économie française ?

Ses ingénieurs. La Silicon Valley est envahie d'ingénieurs français ! Pensons à l'emblématique Business Objects,  créé par des Français et devenu leader mondial dans son domaine. Nous avons tous les talents en ingénierie, l'aéronautique ne fait pas exception. Nombre de ces talents exilés pourraient revenir demain si notre environnement était enfin attractif, sans compter ceux qui, encore en France, piaffent d'impatience pour exploiter enfin leur potentiel. Un autre atout se trouve dans une immigration qui a un sens du travail et des échanges, et offre une ouverture sur le monde et ses marchés. Elle pourrait favoriser demain notre croissance si elle était libérée de réglementations étouffantes, des professions protégées, d'un code du travail incompréhensible, d'une fiscalité qui tue l'initiative. Troisième exemple, nous avons en France les leaders mondiaux du BTP et subissons pourtant une grave crise du logement. Mettez fin aux lourdes réglementations du secteur, à commencer par la loi Alur de Cécile Duflot, et libérez le foncier dans notre pays. Faites une vraie politique de l'offre non plus par des aides, des cadeaux, des niches fiscales mais par la simplification de la loi SRU. Toutes ces entreprises de BTP réinvestiront en France pour bénéficier de ce marché extraordinaire. Avec pour conséquence quasi immédiate la baisse du prix du logement et l'amélioration de la qualité de vie des Français. Le pays dispose de bien d'autres atouts largement inexploités.

Quelles solutions préconisez-vous en matière de lutte contre le chômage ?

La simplification du code du travail. Je me suis fait livrer le code du travail suisse. Il fait 130 pages et pèse 150 grammes. Le code du travail français, c'est 3.500 pages, et 1,5 kilo ! La Suisse a 3% de chômeurs, la France, 10%. Passons de 10% à 3% notre taux de chômage en réduisant ce code de 3500 pages à 150 pages. Pour zéro euro d'argent public ! Les entreprises doivent pouvoir négocier à leur niveau leur cadre de travail. Nous devons inverser la hiérarchie des normes. Le code du travail doit se cantonner à délimiter le cadre général élémentaire. Les branches peuvent éventuellement améliorer, modifier ces règles, mais c'est l'entreprise qui doit avoir le mot final pour fixer avec les partenaires sociaux locaux les conditions de travail. L'esprit de proximité doit dominer. C'est la mesure numéro 1.

La mesure numéro 2 consiste à décharger du coût du travail les charges sociales qui n'ont rien à y faire. Les charges familiales, par exemple, financent le RSA et les allocations familiales. Elles sont payées par les entreprises et les salariés à hauteur de 35 milliards d'euros. Ce n'est pas au travail de payer la politique familiale mais à l'État via l'impôt. Libre à lui ensuite de la réduire ou de repenser ce poste de dépense.

Troisième mesure, les professions protégées. Nous comptons environ 16.000 taxis à Paris, un peu plus qu'à New York. Les VTC, les fameux Uber et autres voitures jaunes qui complètent l'offre des taxis, ne sont que 2.500 aujourd'hui dans la capitale française. A New York, on en compte 50.000. Cela veut dire qu'il y a 47.500 emplois supplémentaires à New York pour un service nettement meilleur, et des taxis qui vivent tout aussi bien (le prix de la licence y est nettement supérieur au prix parisien). Laissons ces 47.500 emplois se créer à Paris en refusant les mesures absurdes de la loi Thevenoud qui veulent limiter le progrès technologique... et l'emploi.

Que pensez-vous du contrat d'avenir et du contrat de génération ?

C'est un joli voile posé sur une fracture intergénérationnelle. Nous aimerions tous que les employeurs embauchent des jeunes et, à la fois, gardent les talents et l'expérience des seniors. Je ne crois pas une seule seconde à ce nouveau contrat, car aucune PME ne peut mettre en place cette usine à gaz. Le système social français aboutit à exclure les jeunes et à ne plus vouloir de vieux. Ces derniers sont sortis de l'entreprise à 59 ans, les jeunes n'y rentrent qu'à 30 ans. Bref, une carrière se tient sur moins de 30 ans, de 30 ans à 59 ans. Plutôt que de coucher sur le papier des contrats artificiels d'équilibre entre jeunes et vieux, simplifions le code du travail, allégeons les charges, adoptons un contrat unique de travail, supprimons les seuils dans les PME. Soignons les causes plutôt que les effets.

Que vous inspirent les résultats de la grande conférence sociale ?

C'est un mauvais film : le script est mal écrit, la fin est téléphonée, le casting est mauvais, et il n'en sort rien de nouveau. Je ne sais pas qui s'intéresse à ce genre de conférence, heureusement qu'il y a les affaires de l'UMP pour faire les couvertures de la presse. Franchement, cette conférence ennuie tout le monde. Le retrait de la FSU a fait de petites vagues, mais la FSU n'est pas un syndicat représentatif du secteur privé, cela illustre le ridicule de cette conférence qui se résume à une réunion annuelle de partenaires dits sociaux que je trouve plutôt asociaux car ils ne représentent qu'eux-mêmes. Ce sont des mondanités inutiles.

Comment considérez-vous le rôle des partenaires sociaux ?

A quoi sert un syndicat, quelle est sa légitimité, comment se finance-t-il ? Quand nous saurons pourquoi, pour qui et comment, nous pourrons envisager une refondation du syndicalisme. Pour l'instant, les syndicats sont moribonds et ne servent pas à grand-chose. Les Français n'y adhérent plus. En revanche, ils ont un pouvoir de nuisance important puisque le gouvernement les craint autant que sa majorité à l'assemblée nationale. Les dirigeants de gauche Gerhard Schroëder et Matteo Renzi ont mis en œuvre leurs réformes en passant par-dessus les organisations syndicales de leur pays. Pourquoi pas la France ? Cette faiblesse du pouvoir illustre à quel point notre démocratie est dévoyée.

L'administration française est souvent critiquée pour son poids. A votre avis, comment pourrait-elle être réformée ?

L'administration se stratifie en corps et en statuts qui inhibent nombre de ses réels talents. On évoque toujours les fainéants mais jamais la difficulté pour ces talents à s'exprimer. L'administration devrait pouvoir embaucher librement du personnel du secteur privé ou de l'étranger pour faire rentrer des cultures différentes. Elle devrait pouvoir remettre en cause ses procédures souvent anciennes et inadaptées, innover, investir dans les nouvelles technologies pour améliorer sa productivité. Surtout, elle devrait s'intéresser au citoyen et aux entreprises en tant que client plutôt qu'usagers, afin de leur apporter un vrai service. Répondre à leurs attentes passe par la simplification et la suppression des statuts et des corps, autrement dit du régime spécifique de la fonction publique. Les administrations ont besoin de patrons, d'une DRH digne de ce nom qui favorise la mobilité interne et externe. Elles doivent, je le répète, multiplier les ponts entre le public et le privé, ainsi qu'avec des administrations étrangères. Plusieurs pays ont réussi un tel changement, d'ailleurs souvent mené par des gouvernements de gauche. C'est un processus de plusieurs années qui se fonde sur la pédagogie, des sondages internes et une vraie stratégie du changement. Les expériences réussies montrent que les corps concernés n'y sont pas réfractaires, bien au contraire. Si professeurs et policiers sont tous des fonctionnaires, ce sont bien deux métiers différents qui demandent une gestion appropriée. Pourquoi seraient-ils opposés au changement si un nouveau management plus moderne, davantage à l'écoute de leurs besoins, améliore leurs conditions de travail, leur rémunération et leurs perspectives de carrière ?La solution se trouve dans cette modernisation.

En clair, quel doit être le rôle de l'État ?

L'État a pour mission de protéger les droits et les libertés des citoyens et non de leur dicter comment ils doivent vivre. Or, nous avons un Etat « nounou » qui cherche à protéger les Français de façon paternaliste. Je me bats pour que l'Etat soit à nouveau au service de nos libertés et de nos choix individuels.

Les dernières élections européennes ont montré un certain désintérêt à l'égard des institutions de Bruxelles. L'Europe est-elle à l'origine des maux français actuels ?

Je suis profondément européen et néanmoins très critique à l'égard de l'Europe. L'Europe manque de démocratie. L'élection de Jean-Claude Juncker comble un peu cette carence mais il y reste beaucoup à faire. Si la critique du fonctionnement de l'Europe est légitime, on ne peut pas pour autant en faire un bouc-émissaire. Les problèmes de la France viennent de ses problèmes structurels. Et si les Français ne s'intéressent pas à l'Europe, c'est d'abord parce que les politiques français, dans leur lâcheté, mettent sur le dos de l'Europe leurs propres faiblesses. Nous devons d'abord réformer la France avant de prétendre changer l'Europe. Enfin, une différence majeure nous singularise : nous sommes quasiment le seul pays européen à avoir un régime présidentiel. L'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Espagne ont des régimes parlementaires. Et l'Europe ressemble de plus en plus à un régime parlementaire ouvrant la voie à des coalitions constructives. En France, la grande réforme institutionnelle à mener, et le parti libéral ne va pas faire la leçon aux autres partis car de nombreux responsables politiques l'ont déjà proposée, c'est une sixième république instituant un régime parlementaire bien mieux adapté à la culture de l'Europe et au fonctionnement de ses institutions. Ce jour-là, les Français comprendront sans doute mieux l'Europe.

Quel rôle devrait jouer la Banque centrale européenne (BCE) ?

L'euro a été une grave erreur à sa création. Nombreux sont ceux qui l'admettent aujourd'hui. Mais ce n'est pas parce que l'on a fait une erreur qu'il faut en faire une plus grande encore en sortant de l'euro aujourd'hui. Nous avons une devise, nous devons la conserver et la gérer au mieux. La BCE est un regroupement de banques centrales indépendantes aux enjeux divergents. L'Allemagne exporte et va bien, elle a fait les réformes nécessaires en temps et en heure. En revanche, l'Italie est prise à la gorge par sa dette et une économie en crise, et doit rattraper brutalement des années d'immobilisme. La même devise pour deux économies aussi différentes, c'est évidemment compliqué. L'Allemagne voit la menace dans l'inflation alors que l'Italie défend une politique monétaire plus accommodante. Pour autant, je ne crois absolument pas que la monnaie puisse relancer l'économie. Elle peut au contraire la déstabiliser. La crise internationale que nous subissons vient des États-Unis. La Banque centrale américaine a fait tourner la planche à billets après l'effondrement de la bulle Internet, et engendré la crise des « subprimes ». Pourvu que la BCE ne fasse pas la même erreur. C'est le fond du débat entre la Bundesbank, une importante composante de la BCE, et les autres banques centrales. D'ailleurs, la Banque de France est elle-même très attachée à cette ligne de rigueur monétaire. Ce n'est pas tant le risque de déflation que les bulles qui représentent un danger pour l'Europe : bulle immobilière, bulle des actifs financiers et des dettes publiques. La BCE les a déjà suffisamment nourries. C'est pourquoi d'une part la BCE doit rester indépendante. D'autre part, elle doit rester rigoureuse dans sa politique monétaire afin de ne pas alimenter de bulles par l'argent trop facile.

Certains ont évoqué la création d'une zone euro à deux vitesses, qu'en pensez-vous ?

J'ai effectivement suivi un projet allemand de lancer une devise du nord de la zone euro parallèlement à l'euro. Pourquoi pas ? Je suis favorable à la concurrence des monnaies, et que la meilleure gagne ! Je crois aux monnaies fortes car une monnaie forte est une monnaie saine qui attire investisseurs et capitaux. En France, nous sommes les premiers à en avoir besoin après l'effondrement des investissements étrangers directs en 2013. Ceci étant dit, sur le plan institutionnel, cela ne risque-t-il pas de faire exploser la zone euro du sud ? C'est un danger à prendre en compte. Cela doit surtout motiver ces pays à ne pas ralentir le rythme de leurs réformes malgré la politique accommodante de la BCE qui les incite à acheter du temps avec les déficits.

Vous présidez un parti qui s'affiche libéral. Or, vous avez des difficultés à percer alors qu'une large majorité de Français est persuadée que leurs maux proviennent de la domination de politiques néo-libérales. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Le Parti libéral est une jeune formation issue de la société civile qui n'a pas encore de députés. Nous nous attaquons à une situation d'oligopole verrouillée qui rend difficile l'accès aux nouveaux entrants sur le marché politique : financements publics et règles de scrutins favorisent les grands partis établis. Nous sommes donc lancés dans un travail de longue haleine. Pour moi, l'essentiel est que nos idées percent, indépendamment de l'étiquette libérale. Je me moque des étiquettes, on peut mettre beaucoup de choses dans le mot socialiste, social-démocrate ou libéral. Peu importe. Nos idées trouvent de plus en plus d'adeptes, à nous d'en être les meilleurs porte-voix. Elles se traduiront inéluctablement en résultats électoraux, d'autant que nous assistons à un déclin accéléré des partis dits « de pouvoir ». Et si demain d'autres formations politiques s'emparent de nos propositions et les mettent en œuvre, je serai le plus heureux des hommes, à l'instar des militants du parti libéral.

Le libéralisme étant perçu majoritairement comme l'idéologie des classes dirigeantes, vous pensez qu'il peut devenir populaire ?

Il y a un grand malentendu, entretenu notamment par le Front national qui a dressé comme ennemi numéro un « l'anti-France néo-libérale ». Il est vrai que nous sommes à l'opposé idéologique du Front national qui veut du protectionnisme, des barrières. Nous défendons une France qui se retrousse les manches et passe à l'offensive dans la mondialisation. Le FN veut figer l'économie française avec un État omniprésent, nous voulons au contraire que l'État se recentre sur la protection de nos droits et laisse les Français vivre et développer librement leurs entreprises. Le mot « libéral » a toujours été honni par les pouvoirs en France. Or, ceux qui l'ont critiqué se sont lourdement trompés. Leurs politiques nous ont conduits dans le mur. Ce n'est pas un hasard si le mot « libéral » s'impose aujourd'hui dans tous les débats politiques. Notre discours fondé sur la liberté fait son chemin dans les esprits. Aux dernières élections municipales, des dizaines de cadres du Parti Libéral Démocrate ont été élus maires, adjoints au maire, conseillers communautaires, sur des propositions libérales déclinées au niveau local. Preuve que l'opinion évolue déjà. Ce n'est qu'un début.

Ce paradoxe n'est-il pas aussi entretenu par les liens étroits tissés entre les grandes entreprises et les responsables de l'État ? Les citoyens ou les entreprises de taille modeste ne se sentent-ils pas exclus du jeu démocratique ?

Le projet libéral que nous défendons, la remise en marche de l'ascenseur social, s'adresse d'abord aux classes moyennes et populaires. Je suis petit, je veux pouvoir grandir, assumer mes choix, écrire mon destin, éventuellement bousculer les grands. Ces derniers, à l'opposé, sont rarement libéraux. Nos plus féroces adversaires font d'ailleurs souvent partie de l'élite et des réseaux de pouvoir. Je ne suis pas anti-élite, ni anti-dirigeants de grands groupes par principe, je respecte la qualité intellectuelle des premiers et suis en admiration devant nos fleurons nationaux. Mais ce public sait que la concurrence et la mobilité sociale menaceront un jour leur position dominante, leur rente de situation. Pour prendre un exemple : pour qui a été rédigé le code du travail actuel ? Il n'a pas été écrit pour les PME et les TPE qui en meurent tous les jours, mais pour les grands groupes très heureux d'empêcher les premiers de bousculer l'ordre établi. Nous sommes là pour nous attaquer aux obstacles qui empêchent les petits de progresser librement. L'emblème de cette vision, c'est le succès populaire de l'auto-entrepreneur. N'importe quel Français peut réaliser son projet professionnel sans ne plus dépendre ni d'un employeur unique, ni du code du travail, ni d'une réglementation absurde. L'auto-entrepreneur est un bébé du libéralisme qui illustre bien à quel point notre public rassemble tous ceux qui veulent avoir leur chance et réussir leur vie sans être pénalisés par des règles du jeu qui ne sont pas faites pour eux !

Article source dans La Tribune