03 Février 2016

Entretien d'Aurélien Véron avec Franck Abed sur le libéralisme en politique, la politique, la monnaie...

Le libéralisme, les libéraux et l'action politique, l'Euro, la Banque Centrale Européenne... voici quelques sujets abordés lors de cette interview.

J’ai interrogé Aurélien VERON responsable du Parti Libéral Démocrate sur des sujets d’actualité. Notre échange évoque différents thèmes classiques : le libéralisme, les libéraux et l’action politique, l’Euro, la Banque Centrale Européenne, etc. Pour Aurélien VERON, les libéraux doivent se servir des leviers des élections pour faire connaître leurs thèses, car il est important d’occuper le terrain politique. En tant que libéral, il défend l’idée d’un Etat minimal débarrassé de l’idéologique dirigiste… Puisse-t-il se faire entendre ! Franck ABED

Franck ABED : Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter en quelques mots ?

Aurélien VERON : Cadre dans un grand groupe, j’ai découvert la pensée libérale en 2003. Je m’étais tenu jusque-là très éloigné du monde de la politique, davantage attiré par celui de la culture et de l’art contemporain. Mais les blocages répétés du pays m’ont incité à me retrousser les manches et à m’engager au sein des Cercles Libéraux et de l’association Liberté Chérie qui m’a beaucoup appris. L’étape suivante est venue naturellement. Constatant qu’aucune offre politique ne répondait ni à mes attentes, ni à celles d’un certain nombre de Français, j’ai décidé de fonder mon propre parti il y a quelques années.

Franck ABED : La création d’un parti politique libéral n’est-elle pas déjà une entorse aux principaux libéraux classiques ?

Aurélien VERON : Je ne pense pas que Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville et Frédéric Bastiat aient trahi la pensée libérale en siégeant à l’Assemblée nationale. Les libéraux doivent être présents sur l’échiquier politique. C’est là que se décident les pouvoirs de l’Etat et que se jouent nos libertés. Il est indispensable d’occuper ce terrain pour ne pas subir l’action des autres partis unanimement étatistes et dirigistes. Et pour libérer les Français de leurs carcans fiscaux et règlementaires infernaux.

Franck ABED : Puisque vous êtes dans la mêlée politique, pensez-vous vraiment que le changement viendra des urnes ou ne cherchez-vous qu’à occuper le terrain des idées, ce qui n’est déjà pas négligeable ?

Aurélien VERON : Un livre vise quelques milliers de lecteurs, voire quelques dizaines de milliers. Une élection touche 65 millions de Français. Le levier électoral effraye bien davantage les élus parce qu’il menace directement leur gagne-pain. Rappelez-vous le succès national de « La France qui tombe » de Nicolas Baverez. Depuis la publication de ce bestseller en 2003, aucune de ses idées n’a été mise en oeuvre ni par la droite, ni par la gauche. En revanche, le ministre Hervé Novelli a instauré sans bruit le statut d’autoentrepreneur dont personne ne peut nier l’immense succès. Là encore, le changement est venu d’un politique plutôt que d’un intellectuel.

Je ne nie aucunement l’importance de la diffusion des idées auprès de publics influents, décideurs ou acteurs visibles de la société civile. Je constate qu’elle ne suffit pas. Même l’action associative a ses limites. Liberté Chérie a mis fin à quelques grèves et ouvert des débats sensibles. C’est bien, mais c’était insuffisant. Les bonnets rouges ont tout juste obtenu le retrait d’une taxe absurde, les nouvelles taxes continuent à pulluler. Les pigeons ont repris leurs roucoulements après le premier petit geste du ministre de l’économie numérique. Aucun d’entre eux n’a enclenché de réforme véritablement structurelle, ni mis fin aux dérives ultra-étatistes actuelles. Je crois indispensable de lutter pour reprendre les rênes du pouvoir politique et en changer l’orientation en profondeur. L’homme politique carriériste restera naturellement clientéliste et dirigiste si personne ne vient menacer et occuper son terrain, celui du pouvoir.

Franck ABED : Un authentique libéral ne devrait-il pas être contre les hystériques élections présidentielles et se concentrer, comme vous le faites en partie il est vrai, sur les élections locales/intermédiaires qui mettent à l’honneur le principe de subsidiarité ?

Aurélien VERON : Le terrain local est idéal pour promouvoir nos idées les plus concrètes. Nous sortons d’élections régionales au cours desquelles nos listes ont pu défendre la votation – referendum local – systématique pour toutes les questions budgétaires et structurelles, ainsi que la concurrence libre des transports en commun de proximité. Malgré leur faible diffusion par un petit club médiatique fermé qui connaît une grande connivence avec les grands partis, ces thèmes ont connu un bel écho auprès des publics qui ont pu nous entendre.

L’élection présidentielle reste le moment le plus important de la vie politique en France. C’est un fléau national auquel les Français sont hélas encore attachés. Nous lui devons effectivement la personnification du pouvoir qui alimente le culte du sauveur et la centralisation de pouvoirs excessifs dans les mains d’une seule personne. Si nous ne devons cesser de promouvoir l’esprit parlementaire – partagé par l’ensemble des autres démocraties européennes -, nous ne pouvons pour autant éluder ce moment cathartique de la vie politique française. Nous défendrons par conséquent un candidat à la présidentielle pour accroître notre notoriété, faire avancer notre vision et nos idées

Franck ABED : Dans notre pays les notions de gauche et droite sont nées en 1791 avec le vote sur la Constitution Civile du Clergé. Les gens placés à gauche de l’Assemblée ont voté pour, c’est-à-dire qu’ils défendaient l’idée d’une soumission du spirituel au temporel. Les gens placés à droite de l’Assemblée ont voté contre, car ils défendaient l’idée que le temporel devait être soumis au spirituel. Historiquement et dans ses principes le libéralisme est défini comme une « pensée de gauche ». Que peut apporter de plus un parti politique de gauche comme le Parti Libéral Démocrate alors que notre pays en compte déjà pléthore ?

Aurélien VERON : Aujourd’hui, la gauche et la droite ont perdu beaucoup de leur signification historique, tant sur les questions de laïcité que sur les thèmes économiques. Même l’extrême gauche et l’extrême droite se retrouvent sur ce point. Le nouveau clivage est celui du libéralisme contre le dirigisme étatique. Le Parti Libéral Démocrate est isolé dans le camp prônant l’Etat minimal face à celui du tout-Etat rassemblant écologistes, républicains, souverainistes et socialistes. Notre position marginale, bien qu’elle réponde à une attente populaire de plus en plus forte, explique notre absence des grands médias dans l’univers de connivence politico-médiatique que nous subissons.

Franck ABED : Existe-t-il aujourd’hui un pays dans le monde qui applique les principes libéraux que vous défendez ?

Aurélien VERON : Si la pensée libérale est née en France, son application est universelle et peut prendre de multiples formes. Hong Kong et la Suisse sont deux exemples de pays profondément libéraux. L’Etat y est limité, la liberté y est grande et le chômage y est extrêmement faible, le lien social fort. Certes, chaque pays a son histoire, sa culture et ses institutions propres. Mais la vision libérale s’adapte à chacune d’entre elles. Le Royaume Uni avait atteint un degré élevé de socialisme au point de passer sous la tutelle du FMI lorsque Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir pour balayer une partie des handicaps du pays.

Elle n’a pas tout résolu, mais sa thérapie de choc a remis l’Angleterre sur les rails et favorisé la mutation du Labour et l’arrivée à sa tête d’un Tony Blair. La France, paradoxalement berceau de la pensée libérale, ne laisse toujours pas la parole aux libéraux dans les débats politiques. La droite y est plus socialiste que la gauche allemande ou britannique.

Franck ABED : Je suis intimement convaincu qu’il faut supprimer la Banque Centrale Européenne. Dans le cas où un pouvoir souverain dirigerait à nouveau les destinées de la France, je pense qu’il est primordial que l’Etat puisse battre monnaie (fonction régalienne). Qu’en pensez-vous ?

Aurélien VERON : La banque centrale n’est pas la panacée, nous paierons probablement cher le laxisme monétaire de la BCE lorsque les nouvelles bulles financières qu’elle alimente éclateront, en particulier celle des dettes publiques. L’étatisation de la monnaie n’est pas pour autant une bonne chose. Les dirigeants politiques et les administrations sont les premiers à vouloir contrôler la monnaie pour masquer leur irresponsabilité budgétaire avec la planche à billets, impôt déguisé sur l’épargne qui peut vite devenir incontrôlable en perturbant en profondeur les anticipations et les comportements des acteurs économiques.

La monnaie doit rester la plus éloignée possible de leur influence. L’étalon-or a permis de conserver une certaine neutralité monétaire en son temps. Le mécanisme de la concurrence est peut-être le plus sain pour encourager les meilleures pratiques. Il doit affronter un obstacle majeur : les Etats eux-mêmes.

Franck ABED : D’une manière générale comment expliquez-vous le peu de succès des monnaies locales qui tentent de coexister avec l’Euro, tandis que certains estiment qu’elles pourraient même le remplacer en cas de grave crise monétaire ?

Aurélien VERON : Les pouvoirs publics sont les premiers à combattre l’émergence de nouvelles monnaies, limitant naturellement la confiance que les acteurs privés peuvent avoir en elles. Les Etats constituent d’une certaine manière des corporations disposant chacune du monopole monétaire, direct comme au Royaume-Uni ou indirect comme dans la zone euro. La concurrence entre les monnaies existantes leur suffit déjà amplement. Ils n’ont aucune raison de faciliter l’apparition de nouvelles monnaies intégralement privées qui échapperaient à leur influence. La grande vague de contournement – fiscal, réglementaire, des professions protégées… – des institutions par l’ensemble des acteurs privés remet déjà progressivement en question leur pouvoir, en particulier leur capacité à lever des impôts et à s’endetter – via la création monétaire – auprès des acteurs les plus agiles et les plus globalisés. En ce qu’elles constituent une étape supplémentaire d’émancipation de leur pouvoir, les nouvelles monnaies auront par conséquent toujours l’Etat comme frein à leur développement. Je suis moyennement optimiste sur ce point pourtant essentiel puisqu’il est la cause de la plupart des crises financières et économiques.

Propos recueillis par Franck ABED le 16 janvier 2016