11 Juillet 2014

Et l'inspection du travail sauva les journalistes du Tour de France de l’épuisement et de l’esclavage ! (Les clandestins sur les chantiers, ça sera pour plus tard …)

Le journaliste de France Télévisions Thierry Adam a été forcé ce mardi 8 juillet de la mettre en veilleuse sur le Tour de France, car l'inspection du travail a relevé trop de jours travaillés à la suite. Une preuve, s'il en fallait d'autres, que cette administration se trompe de cheval de bataille.

Atlantico : Le journaliste de France Télévisions Thierry Adam, chargé de commenter les étapes du Tour de France, a été contraint ce mardi 8 juillet par l’inspection du travail de prendre un jour de pause, au motif que le droit du travail ne permet pas de travailler sept jours d’affilée. Pourtant il s’agit de circonstances de travail exceptionnelles, et il n’y a manifestement pas d’abus de la part de l’employeur, qui comptait accorder des jours de repos par la suite : en quoi cette décision permet-elle de parler de dogmatisme ?

Denis Jacquet : On nage en plein délire. C’est ce qui se passe quand la loi souhaite régenter tous les rapports économiques, et souhaite ne laisser aucune latitude aux êtres humains, responsables et adultes, le soin de gérer leurs relations. C’est ce qui se passe lorsque la rigidité mène le jeu et qu'on lâche "les chiens" sur toute relation librement consentie. C’est ce qui se passe, quand on alimente et impose, de droite comme de gauche, depuis 30 ans, une culture trotskiste selon laquelle le travail est une contrainte, une peine, un asservissement et non un moyen d’épanouissement. C’est ce qui se passe quand on a privé la société de tout dialogue social direct entre individus pour le confier à des irresponsables, syndicats patronaux et salariaux, qui font leurs petits compromis sur le dos des entrepreneurs et des salariés. C’est, enfin, ce qui se passe, quand on donne comme seule vocation aux administrations de contrôler et de punir, au lieu de former et d’accompagner. Transformant en carnage ce qui pourrait être un rapport apaisé.

Cela dit, le problème de fond n’est pas l’inspection du travail, c’est la Loi et la culture. La Loi est devenue un substitutif au rapport contractuel, à l’accord des parties, car on ne souhaite pas lâcher la prise qu’on a sur les individus, on ne souhaite pas qu’ils retrouvent leur liberté de dialogue, on souhaite que l’état et les partenaires sociaux soient les geôliers des salariés et entrepreneurs, les maintenir dans une prison, et faire des inspecteurs des mâtons dont la mission consiste à tirer sur tout ce qui bouge et franchit les lignes. La volonté de l’Etat et de ses partenaires de maintenir le dialogue social en laisse pour mieux maintenir son pouvoir sur la société, est la cause de ces extrémismes, qui devraient pourtant recevoir la même condamnation qu’un jeune partant au Jihad.

On a persuadé les inspecteurs du travail qu’ils avaient mission "de punir les infidèles", ces affreux entrepreneurs, dont l’obsession est la strangulation des salariés, en leur fournissant un travail asservissant ! Le problème est donc la Loi et la culture qu’elle diffuse. Il faut redonner aux relations humaines, bilatérales, contractuelles, une prévalence sur les accords de branche, la loi à tout prix  et la volonté de l’Etat. Il faut remettre le libre consentement au centre des relations salariales. Accroître la représentation des salariés et gonfler le dialogue social, mais plus par les acteurs en place, et plus par l’Etat. La loi ainsi assouplie, réduite dans sa portée laissera place aux relations des individus, tout en protégeant bien entendu ceux qui sont en position d’infériorité de négociation. Mais, à nouveau, pas avec les acteurs actuels. L’Etat est coupable, l’inspection du travail n’est que l’expression de sa culture et de sa position. Nous avons créé un monstre, mais il ne faut pas oublier de rendre à César ce qui lui appartient, et la responsabilité initiale est celle du politique, des lois stupides et complexes qu’il a mises en place, pour, au final, ne protéger personne et punir tout le monde, et de l’administration, à qui à il a donné la responsabilité d’appliquer avec rigueur et dogmatisme, une philosophie d’un autre temps, digne de Germinal.

Si l’on suit la philosophie qui semble être celle des membres de l’inspection du travail, faudrait-il interdire de rapporter du travail chez soi, ou encore s’assurer que les patrons de PME ne fassent rien le dimanche qui ait trait à leur activité professionnelle ? On ne situe pas toujours bien la recherche du bien-être des travailleurs dans les sanctions qui sont imposées par l’inspection du travail…

Cette volonté prétentieuse de régenter tous les rapports salariaux n’a plus de limite et elle reflète à nouveau le regard que portent les politiques et l’administration sur l’entreprise et les entrepreneurs.

 
 
 

Des monstres sans pitié, animés à l’égard de leurs salariés des pires intentions, comme au temps de l’esclavage. Vouloir régenter les temps de travail, les temps de repos, l’organisation de chacun, à l’heure du télétravail et du numérique. C’est ridicule et d’un autre temps. Le premier bien-être des salariés est d’avoir un travail qu’ils ont choisi. Et au pire, en période de crise, d’en avoir un. Le second est d’avoir la capacité d’être intéressé aux résultats des entreprises dans lesquelles ils travaillent, ce que peu de grands groupes font, et que les PME devraient faire. C’est un sujet bien plus captivant, fort de promesses pour les salariés. Allons-nous régler la vie du salarié et des entreprises à leur place ? Allons nous décider du moment où ils devront aller fumer, prendre un café et faire une pause "toilettes", savoir à quel moment ils décident de lire leurs mails, de se parler, d’échanger? L’Etat souhaite devenir le maître qui régente la vie de ses esclaves en se parant de vertu. Il est certain que de faire juger par des inspecteurs qui rentrent chez eux à 16H30 tous les jours, le travail de cadres qui sont la clé de la performance de nos entreprises, a quelque chose qui pourrait être risible, si ce n’était pas si pathétique. Si nous voulons tuer les entreprises et tuer le rapport entre le salarié et les entreprises, continuons ainsi. L’administration assurant la permanence entre les alternances politiques, les gouvernements de droite comme de gauche, portent la même dose de responsabilité.

En quoi le rigorisme de l’Inspection du travail pénalise-t-il l’activité économique au quotidien ? Quelles sont ses interventions qui peuvent être vécues comme des injustices, aussi bien par les patrons que par les salariés ?

Tout d’abord parce que cela tue les rapports entre les entreprises et l’administration. Au lieu d’un rapport d’amélioration, de construction, on est définitivement passé dans un rapport conflictuel, passionnel, dogmatique. Parce que les inspecteurs arrivent dans les entreprises avec une obligation de résultat, celle de sanctionner et pénaliser. Amendes à la clé. Ainsi au lieu d’un dialogue dépassionné sur l’amélioration de l’application de lois et règlements impossibles à suivre pour une PME, qui n’est pas équipée (rappelons que 97% des entreprises sont des PME et que 80% d’entre elles ont moins de 14 salariés et donc pas de services juridiques pour le gérer ou même les moyens de payer un avocat pour le faire) pour gérer ces enjeux. Elles deviennent des proies faciles, et tant que le contrôle dure, c’est l’activité totale de l’entreprise qui est paralysée. Pour peu qu’un contrôle fiscal suive, et l’entreprise a toutes les chances de mettre la clé sous la porte. En ce qui concerne l’organisation du travail quotidien, sans parler même du travail dominical, des escabeaux dangereux à partir d’une hauteur de 20cm… les histoires quotidiennes des entreprises regorgent d’exemples qui tuent les entreprises aussi surement que la crise. Quand on sait que les Prud’hommes, par ailleurs, finissent le travail en s’assurant que les conflits entre salariés et dirigeants, tournent systématiquement au bénéfice des salariés, en dépit de l’évidence la plupart du temps, et vous avez la recette de la machine à tuer l’emploi, l’envie d’employer, tant embaucher est vécu comme une menace de punition permanente. Le pays en subit les conséquences, avec des entrepreneurs, qui font de l’embauche une décision ultime et presque subie au lieu d’être une opportunité.

Comment faire pour que l’inspection du travail prenne davantage en compte les réalités des différents secteurs professionnels, et se concentre uniquement sur les cas d’abus manifestes ? Assouplir le code du travail suffira-t-il à modifier entièrement l’attitude de l’Inspection ?

Il faut en amont changer la loi. En réduire le champ d’application, la simplifier.

Réduire les normes et les réglementations. La simplification est une urgence. Une urgence pour garantir emploi et croissance. Il faut faire des amendes que l’administration inflige, un élément négociable, ce qui n’est pas le cas. On a ainsi vu des entreprises liquidées car elles n’avaient pas les moyens de payer l’amende ! On créé de l’emploi en incitant, non en punissant. Ensuite il faut transformer une partie du rôle de l’administration et l’affecter au conseil et à l’accompagnement. Lui permettre d’aider les entreprises à appliquer la loi, leur expliquer, les accompagner dans leur mise en oeuvre. Nous pourrions ainsi transformer durablement la relation entre l’administration et les entreprises. Ce serait un ballon d’oxygène, incitatif pour les entreprises à embaucher, persuadées qu’elles seraient que la punition ne sera pas la seule certitude, pendant comme l’épée de damoclès. Il faut redonner un sens au rapport contractuel. Et ne s’attacher qu’aux dérives, en les corrigeant par le contrôle, et non par la loi. La loi qui tend à appliquer à la majorité, des mesures de protection pour protéger des dérives d’une infime minorité. Pour le mauvais élève c’est toute la classe qui prend. Il faut arrêter cela.

Denis Jacquet est Président de Parrainer la Croissance et Délégué National à l'Entreprise