31 Mai 2017

Face à une gauche-Schröder, construisons une droite-Thatcher !

Tribune d'Aurélien Véron parue dans atlantico le 28 mai 2017

Rien ne semble gêner Emmanuel Macron dans sa conquête du pouvoir. Malgré l’affaire Ferrand, le gouvernement Edouard Philippe séduit. Quelques vétérans pour rassurer la galerie, mais beaucoup de visages neufs et réputés compétents dans leur domaine. Face au PS décomposé, les Républicains-UDI sont à peine en meilleur état. Au lieu d’affronter le Président de la république sur le terrain du renouvellement et des idées, la droite a choisi de garder les mêmes têtes et de battre en retraite sur le projet de son candidat à la présidentielle, jugé trop réformateur. L’impression d’enlisement et de ringardisation  de la droite n’a jamais été aussi forte. Même si la sanction brutale attendue dans les urnes n’est pas complètement imméritée, cet effondrement des partis de pouvoir fragilise notre démocratie au moment où de graves périls nous menacent.

En reculant sur le programme de François Fillon, les Républicains et l’UDI ont renvoyé l’impression qu’ils n’avaient finalement pas autant de volonté réformatrice que leur propre candidat. Au moment où les Français veulent du changement, cette prudence est incompréhensible. Une fois de plus à droite, l’absence des libéraux des rangs du centre et de la droite se fait plus cruellement sentir que jamais. Si Emmanuel Macron reconstitue une gauche social-démocrate autour de lui, coupant les ponts avec le courant anticapitaliste du PS et l’extrême-gauche, l’effondrement de la droite aux législatives aurait une conséquence importante sur l’échiquier politique. Il ne resterait rien entre la nouvelle gauche – macroniste - et l’extrême droite. Aucune force d’alternance sérieuse ne pourrait prendre le relais de l’expérience Macron en cas d’échec ou de rejet. A qui la faute ?

A force d’humilier les libéraux de son camp, traités d’idéologues dogmatiques, le centre et la droite ont décroché de la dynamique des idées. Au nom d’un prétendu « pragmatisme » sans goût ni saveur, ils ont ignoré les débats de fond de notre société au profit de bricolages techniques sans hauteur. Comme ils s’accrochaient au Minitel contre l’arrivée d’Internet, ils veulent toujours encadrer nos vies sans rien comprendre à l’arrivée de Google, d’Uber ou d’AirBnB. Sans parler du blockchain ou de l’intelligence artificielle. Ils n’entendent rien à la révolution énergétique dont nous ne vivons que les balbutiements. Ils ne se sentent pas plus concernés par les questions éthiques soulevées par le transhumanisme. Leur culture reste ancrée dans les vieux réflexes poussiéreux. Si la droite veut redevenir compétitive, elle doit couper avec la pompeuse notion d’Etat stratège. Ruineux et obsolète. Rompre avec la culture de la subvention à coup de niches fiscales et de chèques électoralistes. La droite doit faire évoluer son approche purement répressive dans sa défense de l’ordre moral et de la sécurité (avec les résultats que nous connaissons).

La droite est moribonde, vive la droite ! Tout est à réinventer. Entre les jeunes pousses de la société civile et les talents peu médiatisés mais bien réels du centre et de la droite, le terreau d’une renaissance existe bel et bien. Emmanuel Macron – qui, ne l’oublions pas, a rédigé un mémoire sur Machiavel - l’a compris. Edouard Philippe était inconnu avant d’être choisi comme Premier ministre. En a-t-il pour autant moins de talent ? La pépinière du centre et de la droite est riche, encore faut-il oser l’ouvrir pour en promouvoir les bons éléments. La droite doit surtout se réappproprier la liberté que tente d’incarner Emmanuel Macron. La gauche vit une mue pour devenir réformatrice, c’est vrai. Mais elle n’est certainement pas libérale. Les réflexes du nouveau Président restent keynésiens. Relance par les investissements publics – depuis le temps que nous connaissons leur inefficacité – et amplification de la progressivité avec l’exonération de la taxe d’habitation. Annoncer son amour de la liberté et prolonger dans le même temps l’état d’urgence jusqu’en novembre n’est pas fait pour rassurer. Amnesty International a déjà dénoncé le dévoiement de l’esprit de l’état d’urgence avec la violence policière "disproportionnée" et la liberté de manifester entravée qu’il engendre depuis 18 mois. Sommes-nous partis pour vivre un nouveau « coup d’Etat permanent » de la gauche ? Nous avons peut-être un Gerhard Schröder en la personne d’Emmanuel Macron, certainement pas une Margaret Thatcher. La droite sait où trouver son inspiration.

Pour inverser la spirale du déclin, la droite doit mettre la liberté au cœur de son projet. A commencer par la liberté de choix : nous devons promouvoir une vraie concurrence libre et ouverte au service des consommateurs et des usagers. C’est l’occasion, pour l’Etat, de réduire son budget en se recentrant sur ses missions régaliennes, elles-mêmes prises d’assaut par les entreprises de sécurité privée, la médiation et l’arbitrage. La droite doit mettre le libre choix scolaire et de nos assurances sociales –RSI, sécu, pôle emploi… - au cœur de son projet, avec pour corollaire le retrait de la protection sociale des mains des partenaires sociaux et la fin de leur mainmise sur l’Education Nationale.  La concurrence, c’est l’émulation dont le pays a besoin pour aérer notre modèle mais aussi expérimenter et déceler les bonnes solutions. Solutions non pas uniques mais diverses, adaptées aux préférences de chacun. La concurrence respecte bien mieux nos goûts et nos priorités que les monopoles actuels qui nous servent à tous le même service de base de façon indifférenciée, laissant les initiés se réserver les voies royales.

La gauche aime les taxes et les mesures de nivellement égalitariste. Le centre et la droite doit aimer à nouveau le sens de l’initiative et l’esprit d’entreprise. Elle doit s’assurer que la poursuite individuelle du bonheur redevienne un droit fondamental pour tous. Les initiatives des Indépendants associant Territoires en Mouvement de Jean-Christophe Fromantin, Nous Citoyens et le Parti Libéral Démocrate, à l’occasion des législatives, et des Etats généraux de la Liberté organisée par Virginie Calmels, Hervé Mariton et moi-même, vont dans ce sens. C’est le moment d’accélérer ces réflexions communes et de les traduire en actes pour poser les fondations d’un centre et d’une droite ouverts et modernes. « Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent. »