02 Décembre 2016

Fillon vainqueur de la primaire : qui du renard libre ou du fermier menace le plus le poulailler libre ?

La victoire de François Fillon à la primaire de la droite a engendré une grande levée de boucliers chez de nombreux observateurs inquiets de voir leur cher Etat-providence menacé par un tel candidat.

Par Aurélien Véron, publié par atlantico le 1er décembre 2016

La presse est unanime : le renard rôde dans le poulailler. Depuis que François Fillon a remporté la primaire de la droite et du centre, la menace revient en lame de fond. De cet ultra-libéralisme conquérant, on entendrait presque mugir les féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. La gauche sonne le tocsin. Les centristes – dont personne ne connaît le programme, en ont-ils un ? - aimeraient bien sonner aussi le tocsin mais ils jouent leur survie avec cette victoire inattendue d’une figure des Républicains qu’ils avaient enterrée un peu tôt. Les jeunes UDI ont rejoint l’autre labellisé "libéral", Emmanuel Macron, tandis que les plus vieux se voient contraints de rallier celui qu’ils dénonçaient hier comme ultra-libéral - et ultra-conservateur en bonus, ça ne mange pas de pain - pour avoir l’assurance d’être réélus. Décidément, le renard va avoir un Noël bien garni.

Premier paradoxe : ceux qui hurlent après la menace quasi-terroriste du libéralisme galopant sont aussi ceux qui dénoncent la dérive libérale du pays depuis 20 ans. Il faudrait savoir. Si nous sommes déjà sous l’emprise des affreux libéraux, le pire est déjà là. Quelques indicateurs nous permettent d’en douter. L’Etat et ses satellites dépensent 57% de toute la richesse produite en France, plus de 5 millions de fonctionnaires au statut d’intouchables, une école à l’organisation quasi-soviétique, une assurance-maladie monopolistique, une retraite quasi-exclusivement par répartition, une liberté d’expression bridée, une absence criante de séparation des pouvoirs, planification du logement - un logement sur cinq est "social" -, un hygiénisme d’Etat-nounou qui s’est approprié les règles de notre bonheur depuis bien longtemps.

Les faits sont là, l’Etat français est un Etat socialiste : étatiste, liberticide, égalitariste. Sur cette mauvaise pente, nous risquons un jour un effondrement aussi brutal que la Roumanie sous Ceausescu. Au fléau de la pauvreté de masse, nous devons ajouter celui du chômage structurellement élevé, de l’exode des Français, du mal-logement, de la consommation record d’anxiolytiques - et de drogues -, un taux élevé de suicides, un ascenseur social en panne, une corruption galopante et des banlieues à l’urbanisme stalinien au bord de la guerre civile. Sans parler des jeunes qui trouvent dans le djihad un idéal désespérant à défaut de trouver matière à rêver dans notre république. Le poulailler France n’a pas pour premier ennemi le renard, mais bien le fermier - intrusif et planificateur. N’est-ce pas le thème de bataille de l’association L214 contre la maltraitance animale ?

Le second paradoxe de ces contempteurs du libéralisme, c’est qu’ils piétinent la liberté des citoyens en leur tenant un discours moralisateur qui leur fait croire que ces interdictions et ces charges les rendront plus heureux. Mais au fond, la liberté est-elle nuisible à l’Homme ? Il est vrai que c’est difficile de répondre après avoir été biberonné toute sa vie au tout-Etat. Lorsque le mur de Berlin est tombé, combien d’Allemands de l’Est savaient ce à quoi ressemblait l’Allemagne de l’Ouest ? La philosophie libérale promeut l’émancipation des personnes, la protection de leurs droits fondamentaux contre l’arbitraire et la violence – fut-ce celui ou celle d’un Etat prédateur –, l’égalité des chances et la poursuite individuelle du bonheur. Qui peut souhaiter le contraire ? Pourtant, cette pensée aussi riche qu’ancienne reste honnie par une petite caste parisienne qui se prétend éclairée, qui sait mieux que tous comment chacun doit vivre pour être heureux. Et qui reste hélas fortement dominante par son influence.

Lors de la bataille opposant Alain Juppé à François Fillon, certains journaux ont osé comparer le prétendu libéralisme de l’un à celui de l’autre. Qui peut déceler la moindre trace de libéralisme dans le projet d’Alain Juppé ? La vision de ce technocrate des temps anciens se voulait apaisée, progressive, en fait acceptable pour le système organisé de rentiers qui paralysent la France depuis tant d’années ! Ceux qui se sont déplacés ont exprimé un refus clair et net de cette "identité heureuse"… et stagnante. L’ordre établi ne pouvait perdurer à leurs yeux, d’autant que c’était eux qui en réglaient la facture. La liberté ne reviendra qu’au terme de combats difficiles avec les forces obscures du statu quo.

A l’opposé, la vision de François Fillon propose de réels changements, même s’ils restent modestes face aux enjeux. Si elle n’est pas profondément libérale, elle a l’audace de s’inspirer des pistes insufflées par d’authentiques libéraux. C’est vrai, il faut l’admettre : un programme libéral ne peut être tendre pour ceux qui vivent de leurs avantages chéris… et chèrement payés par les autres. Il ne peut tolérer qu’autant de monde vive de l’argent public sans n’avoir jamais de comptes à rendre, de remise en cause à faire, d’efforts ou d’évolutions à réaliser pour améliorer les services rendus aux Français. Un projet libéral vient bousculer une multitude de rentes, de privilèges, de connivences et d’ententes qui se font tous sur le dos du pays. Ce n’est pas un hasard si les libéraux parlent de "thérapie de choc", de "choc de confiance", de "choc fiscal". La France a besoin d’être secouée de sa torpeur, soignée de son mauvais gras, libérée de ses carcans qui la font mourir lentement. Et la période de sevrage n’est jamais agréable pour ceux qui ont été si longtemps des junkies de la dépense publique.

Les remèdes libéraux ne sont pas tendres pour ceux qui profitent du confort – parfois modeste mais toujours garanti – que leur offre – à nos frais – notre bureaucratie. La France qui bosse – et fait bosser son épargne – contre celle qui vit sur son dos grâce aux taxes et aux normes abusivement contraignantes imposées par des lobbies économiques proches du pouvoir. Ce n’est pas de l’égoïsme, contrairement à ce que prétendent les anti-libéraux de droite comme de gauche qui s’accrochent à leur univers privilégié et protégé. C’est la justice la plus élémentaire. Des alertes ont révélé que le niveau de saturation des citoyens avait franchi un seuil. Recul du consentement fiscal, saturation face à la multiplication des formes de harcèlement administratif, routier et autre. Des pigeons – qui sont vite rentrés dans le rang – aux bonnets rouges, les mouvements de contestation de citoyens ordinaires se sont multipliés récemment. Ils ne comprennent plus pourquoi bien plus de la moitié de la valeur de leur travail ou du revenu de leurs investissements sont ponctionnés arbitrairement par un Etat obèse qui leur rend – leur impose – des services si médiocres.

Pourquoi ne choisiraient-ils pas eux-mêmes leurs prestataires ? Quand les cliniques privées soignent mieux et offrent un meilleur accueil pour des coûts de 30 à 50% inférieurs aux coûts de l’hôpital public (qui accumule néanmoins 30 milliards de dettes), quand les écoles sous contrat produisent un enseignement de meilleure qualité pour un coût annuel moyen inférieur de 30% à celui de l’école publique – avec des enseignants souvent plus épanouis –, quand leboncoin.fr vous trouve un emploi plus rapidement que Pôle Emploi, la question du libre choix de son assurance-santé, de l’école de ses enfants et de la plupart des services non régaliens se pose avec acuité. Les temps changent, l’ère des monopoles se termine. Le renard semble bel et bien rentré dans le poulailler… mais celui des secteurs à l’abri de la concurrence, service public ou monopoles privés, qui encadrent et dégradent la vie des Français. Espérons que le vainqueur de la présidentielle, quel qu’il soit pourvu qu’il porte cette étiquette libérale, aura le courage de substituer un modèle économique et social libre, ouvert et concurrentiel à l’injustice d’un Etat-providence à bout de souffle.

Place à la concurrence, à l’innovation, à la liberté de choix. Arrêter "d’emmerder les Français" comme le clamait Georges Pompidou, c’est rendre leur liberté de choix aux Français, leur liberté de s’exprimer, avec intelligence ou non, leur liberté de vivre leur vie et leurs rêves – parfois leurs vices –, bref de choisir leur destin. L’Etat ne doit plus être là pour les juger, ni pour les "rééduquer", mais pour protéger leurs droits fondamentaux. Rien de plus.