30 Mars 2015

La croissance n’a pas de parti

La seule chose qui croisse en France, c’est la conquête politique. Un marché captif. Des acteurs inamovibles, qui s’échangent les « vagues », rose un jour, bleue l’autre. Marine à la marge. Un discours lénifiant et identique à chaque « rencontre avec le peuple ». Le seul changement, c’est que cela ne change pas. Les uns se félicitent de la défaite des autres, afin qu’ils puissent reprendre le pouvoir et nous prouver, à nouveau, qu’ils ne feront pas mieux et surtout pas ce qu’ils ont promis. La moitié ou presque de la population, désespérée, ne vote plus et l’autre partie du désespoir, le noie dans le café de la Marine, qui attire 1 électeur sur 4, mettant ainsi en avant la seule croissance qui paie ces derniers temps, la démagogie populiste.

Pendant ce temps, les entrepreneurs font ce qu’ils peuvent. En 2015, près de 50 000 d’entre eux mettront la clé sous la porte, car si les macro économistes voient dans les 1,5% de la zone euro et les peut-être 0,8% de la France, une situation bien meilleure, et s’exclament tous sur tous les plateaux, en experts brillants, de l’impact de la baisse de l’euro et de la baisse du pétrole (que personne ne constate d’ailleurs dans les pompes à essence, à Paris), les entreprises elles, voient devant elle une croissance au diesel. De toutes petites particules. Très fines. Et pas très positives.

Le Robespierre du budget, Christian Eckert, devenu expert dans la taxe détournée, commence à parler d’exception à la promesse d’une fiscalité assagie. Des négociations aux forceps sont en cours pour éviter la revalorisation des valeurs locatives, qui pousseraient des milliers de commerçants à leur perte, les délais de paiement des grands groupes aux PME, se sont encore tendus.

Le gouvernement, mais la droite ne ferait pas mieux et son appendice d’extrême droite non plus, est impuissant à rétablir la confiance, ni sur l’éducation, qui lui échappe définitivement, ni sur la fiscalité, car personne ne croit aux pauses, mais craint l’andropause, pour colmater les brèches budgétaires. Sur le terrain de la sécurité, le magnifique discours de Valls, sur la reprise en main des zones de non droit, est resté…. un magnifique discours, sans suite. Rien ne change. Sauf, à nouveau, que rien ne change. Tout cela nous prive de l’élément clé pour la croissance : la confiance.

La croissance mondiale n’a que peu d’impact sur la France, peuplée de PME pour qui l’international n’est même pas un début d’option et qui ne peuvent en profiter, car elles ne fournissent rien aux populations qui ont la chance de ne pas avoir de parents communistes (quoi que… la Chine !). Nos PME n’exportent pas. D’ailleurs cela n’intéresse personne. Qui connaît le secrétaire d’Etat aux Commerce Extérieur ? On connaît son fugitif prédécesseur, qui malgré sa phobie administrative, coule toujours des jours paisibles et rémunérés à la buvette de l’assemblée nationale, ce qui reste un scandale d’état et d’éthique.

Nous n’avons même pas de secrétaire d’Etat, même pas un petit strapontin, aux PME. Les PME n’existent pas en France, mais on aimerait, on les prie, de créer des emplois. Grâce à la négociation en cours sur les seuils sociaux, qui va leur imposer une représentation régionale, il est certain que tout va changer. Ainsi chargée d’une obligation supplémentaire, mais aussi de gérer la pénibilité, elles vont être incitées à croître et fournir la France en emplois tout chauds ! La seule pénibilité qui mériterait d’être mesurée et punie, c’est celle du politique sur l’économique.

2015 fait peur, malgré les discours rassurant. Une PME ne vit pas, comme les experts de l’économie qui peuplent les plateaux TV, d’analyse macro-économique, mais de marchés économiques. De clients qui paient. De citoyens confiants, qui consomment et choisissent, de travailler plus si ils le veulent, de créer des champions mondiaux dans des secteurs comme le big-data, les imprimantes 3D et le Cloud, dans lequel nous échouons ou sommes absents faute de stratégie volontariste. Chirac, qui a été le synonyme de l’immobilisme, mais reste le plus sympa par ses expressions crues, dirait « Putain encore 9 mois ». Vivement 2016.

En attendant, je retourne travailler. La croissance se gagne non dans les urnes, mais dans le marketing et le commercial. Non dans les aides, mais dans la conquête quotidienne. Non dans les Ministères, mais chez les clients. Une politique vraiment libérale, nous libérerait. Mais la liberté, ce n’est pas le but de nos politiques.

Par Denis Jacquet, délégué national à l'entreprise et président de Parrainer la Croissance
Article source sur Atlantico