07 Mars 2017

La politique ne s’intéresse pas aux jeunes, aux jeunes de changer la politique

Il parait que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. Peut-être. Mais l’inverse n’est-il pas aussi vrai ? La politique ne s’intéresserait-elle pas aux jeunes autrement que pour l’image ?

Article d'Aurélien Véron paru dans atlantico le 2 mars 2017

Dire qu’on aime les jeunes, c’est facile et ça ne mange pas de pain. Il leur est juste demandé de porter un tee-shirt à l’effigie du candidat et d’agiter avec un enthousiasme artificiel des drapeaux bleu-blanc-rouge - parfois européens – du plus bel effet sur les photos de campagne et sur les réseaux sociaux. S’il y a un noir ou un beur parmi eux, ça ajoute une touche diversité, c’est encore mieux. Bien entendu, leur place s’arrête là. Ces bambins qui n’ont même pas fait l’ENA ne vont quand même pas la ramener. Résultat, ils ne la ramènent pas beaucoup. Les raisons de ce clivage entre politique et jeunes sont triples.

La première, c’est le sentiment de culpabilité du politique. A raison. La classe politique viole depuis 1974 – dernière année à budget équilibré - un principe essentiel des démocraties modernes : « No taxation without representation », pas d’impôts sans consentement démocratique. Or l’endettement constitue de l’impôt futur. Non content d’accumuler une dette faramineuse proche de 100% du PIB, les responsables politiques de droite comme de gauche ont aussi nourri une dette invisible - dite « hors bilan » - qui intègre de nombreux engagements à venir, par exemple les retraites de la fonction publique dues et non compensées par des cotisations futures. Divers rapports – évidemment - jamais repris par les gouvernements - celui de Michel Pébereau en 2005 ou, plus institutionnel, celui de la Cour des comptes - l’estiment proche de 150% du PIB, 3.100 milliards. Soit un total de  4.923 milliards, 80.000 euros par Français. Les jeunes devront par conséquent payer un jour 80.000 euros d’impôts pour le seul motif de rembourser ces dépenses engagées absolument sans leur accord. Ils n’étaient pas en âge de voter quand cette décision de les taxer dans le futur a été prise. Cette trahison en refroidirait plus d’un, non ?

La deuxième raison, c’est le vieillissement du monde politique de plus en plus déconnecté des jeunes. Emmanuel Macron, 39 ans tout de même, est dépeint comme un jouvenceau incapable d’être aux commandes du pays. Angela Merkel fut chancelière à 46 ans, une jeune fille en fleur pour les parlementaires français dont la moitié a plus de 60 ans (les ainés ont même 80 ans). David Cameron fut  Prime minister à 43 ans, Matteo Renzi Président du conseil à 39 ans. En 2012, l’âge moyen d’un député était de 54 ans et sept mois, celui d’un sénateur de 61 ans et neuf mois. Ajoutez 5 ans et vous aurez l’âge des parlementaires au seuil d’une nouvelle législature. Dans une parfaite osmose, nombre de journalistes politiques appartiennent à la même génération. Les politiques accaparent pouvoir et richesses, cumulant, s’entourant de leur famille et vivant dans une bulle composée de personnes de leur âge. Regardez les réunions de famille des partis « de pouvoir » - surtout celui de ruiner lentement le pays -, combien de jeunes ? Manquerait plus que des jeunes bouillonnant viennent bouleverser cet ordre établi avec avec des idées farfelues. Pour cet univers verrouillé, un jeune, ça colle des affiches, ça agite des fanions aux meetings et ça ferme sa g…

La dernière raison, c’est que tout est fait pour décourager les jeunes de voter. Le système érigé par la droite – faible devant la pression des corps intermédiaires - comme par la gauche – à l’idéologie dirigiste - année après année, décennie après décennie, n’est tout simplement pas fait pour eux. Il est même construit contre leur intérêt. L’égalitarisme affiché de l’Education Nationale piège le commun des mortels au profit des initiés qui, eux, connaissent les raccourcis pour accéder aux meilleures formations qui débouchent sur les meilleurs emplois. Les 3.400 pages du Code du travail aboutissent à l’obligation, une fois les études terminées, de faire à nouveau un (ou plusieurs) stage(s) avant de décrocher un CDD incertain, souvent suivi d’un autre. Au terme de ce long cheminement presqu’initiatique - au cours duquel le jeune candidat se verra accusé d’être trop jeune sans expérience ou déjà expérimenté pour un poste junior -, il décrochera peut-être enfin le Graal tant espéré : un CDI. A 30-32 ans, il disposera enfin du sacro-saint document, la feuille de salaire CDI qui permet de se loger auprès d’un bailleur rassuré par l’entrée dans le monde des initiés. Ceux qui ont un emploi surprotégé. Ce jour-là, il rentrera dans les rangs de ceux que le système a soumis et aura peur de s’en émanciper.

Jusque-là – et s’il a la chance d’y parvenir un jour -, le jeune vit dans l’incertitude et la précarité. Le système veut ça. Il incite tous les acteurs initiés à imposer ce traitement indigne des jeunes, outsiders malgré eux. Trouver un emploi stable et correctement rémunéré fait passer Koh Lanta pour un jeu de cour de récré. La casse en route est immense. Cent cinquante mille jeunes écœurés par l’Ecole en sortent sans diplôme. Game over pour eux qui n’ont souvent pas même 18 ans. La fac gratuite accueillant tout le monde à bras ouverts rejette la moitié de ses ouailles lessivées après avoir gâché une ou plusieurs de leurs années sur les bancs dégradés de ses amphithéâtres surchargés quand elles ne sont pas en grève, manipulées par les futurs responsables de la gauche qui font ainsi leurs armes, tel Bruno Julliard encore étudiant – patron de l’UNEF - à 27 ans avant de rejoindre l’équipe d’Anne Hidalgo. Les rares exemples de jeunes politiques actifs sont des apparatchiks tricheurs et manipulateurs qui nourrissent des ambitions malsaines pour vivre ensuite toute leur vie sur le dos de leurs congénères. Ca donne envie.

Subir ces sévices et voter ? La première tentation, c’est de soutenir des voies extrêmes pour espérer renverser la table. Le communisme d’un Mélenchon ou, plus en vogue, le nationalisme anti-musulman du FN, plein de bruit et de fureur. Ces impasses dramatiques ont une alternative, le parti de la liberté. Liberté largement méconnue des vieilles générations qui ont voté, soutenu et renforcé le modèle social français fermé aux nouveaux entrants. Résultat, la voie libérale est le plus souvent ignorée. Invité à un débat à l’Université Paris Dauphine, incarnation de l’excellence en France, j’ai demandé à l’audience étudiante qui connaissait Frédéric Bastiat – Ce qui se voit et ne se voit pas - ou Friedrich von Hayek – La route de la servitude. Personne. Nous étions dans la salle splendide « Raymond Aron ». Le pauvre a dû se retourner dans sa tombe.

Il n’est pas trop tard pour ouvrir cette pensée, hélas peu connue en France, aux jeunes motivés pour refuser la fatalité et s’engager pour faire sauter le carcan insupportable de l’Etat nounou. Cela passe par la diffusion de cette pensée riche et prolifique de Turgot à Jean-François Revel en passant par Tocqueville, Ayn Rand et Mises mais aussi les penseurs contemporains : Guy Sorman, Hernando de Soto ou Gaspard Koenig. A nous de raviver cette flamme qui a faibli mais ne s’est jamais vraiment éteinte en France tandis que tant de dirigeants étrangers s’en emparaient, l’esprit joyeux, pour moderniser leur pays. Aidons à faire renaitre ce libéralisme émancipateur chez les jeunes afin qu’ils s’équipent du levier le plus efficace pour ouvrir le modèle français aux exclus du système. En attendant, les jeunes sont vraiment les damnés de la terre… de France.