15 Juin 2010

La presse nationale otage de ses subventions

Dix huit mois après le Grenelle de la presse qui prétendait lui rendre une véritable autonomie, le Président de la République s’immisce une fois de plus dans la vie d’un grand média en convoquant Eric Fottorino, patron du journal Le Monde. L’opposition supposée de Nicolas Sarkozy au plan de reprise du Monde par Mathieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre Bergé, le généreux mécène de Ségolène Royal, constituerait une atteinte grave au principe de séparation des pouvoirs. Une fois de plus, les 280 millions d’euros de subventions annuelles versées au secteur de la presse donnent au pouvoir politique un levier que tous les dirigeants ont actionné un jour plus ou moins ouvertement. Le Parti Libéral Démocrate souhaite que l’Etat redonne à la presse les moyens de son indépendance, en s’attaquant à l’hyper réglementation et en supprimant les aides versées en contrepartie.

Lourdement subventionnés par le contribuable, le syndicat CGT du livre et le quasi monopole de fait des NMPP brident la production et la diffusion de la presse. La distribution réglementée aboutit à un point de vente pour 2.000 habitants, un tiers de la capacité de distribution de nos voisins. Les avantages des salariés du livre et des messageries pèsent aujourd’hui pour 80 % du coût des journaux. Il ne reste alors qu’une portion congrue pour faire fonctionner les rédactions, prises en otage par un syndicat tout puissant.

Rappelons qu’en 2007, l’éditeur international de presse Axel Springer a laissé tomber son projet de 120 millions d’euros d’investissement dans le lancement d’un nouveau quotidien en France pour ces motifs : « Les incertitudes en matière de distribution, la situation actuelle des outils de production d'un quotidien, tant sur le plan industriel que social, ne nous permettent pas d'obtenir la visibilité dont une société cotée a besoin pour un investissement de cette importance ».

Au lieu de traiter les cause du mal en supprimant les contraintes réglementaires, l’Etat a choisi de tenter de les compenser par l’octroi d’aides publiques souvent opaques et arbitraires ; une arme aux mains des hommes politiques pour faire pression sur les entreprises de presse comme l’avoue Eric Fottorino : « Qu'il y ait un regard politique, cela a toujours été depuis 1944, il y a toujours eu un regard du pouvoir et ça ne va pas changer ». Tant que ces aides existeront, la presse ne cessera de subir des pressions des dirigeants politiques qui observent de très près ce contre-pouvoir déjà affaibli. Nous proposons de compenser leur disparition par la suppression des restrictions d'un autre âge qui pénalisent nos grands quotidiens.