24 Octobre 2013

La révolution libertarienne

« La révolution du vingtième siècle aura lieu aux Etats-Unis », pronostiquait Jean-François Revel dès 1970 dans un essai à succès, Ni Marx Ni Jésus ; une révolution qui assurerait enfin une « liberté idéologique, culturelle et morale complète, destinée à assurer le bonheur individuel dans l’indépendance et le pluralisme des choix ». Autrement dit, une révolution libérale ou, pour reprendre la terminologie américaine, libertarienne, à la fois pro-marché et progressiste, garantissant le primat des libertés individuelles sur les fictions du contrat social et de l’Etat-Nation.

Cette révolution a pris un peu de retard, mais elle bat son plein aujourd’hui aux Etats-Unis. Je reviens de Washington où j’ai pu rencontrer certains de ses acteurs. Un think tank tel que le Cato Institute lutte à la fois pour le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne, et contre le fichage des citoyens par la National Security Agency. La puissante organisation « Students for Liberty », créée en 2008, regroupe aujourd’hui près d’un millier d’associations étudiantes à travers le monde, y compris en France. Des activistes regroupés dans la « Campaign for Liberty » font du porte-à-porte pour demander un audit de la Réserve Fédérale américaine. Au Congrès, le « Liberty Caucus » tente de créer des liens transpartisans entre démocrates et républicains soucieux des libertés individuelles, parvenant à faire basculer certains votes. Même le petit parti libertarien pourrait bien créer la surprise dans les élections du mois prochain pour le gouverneur de Virginie, où son candidat est crédité de plus de 10% des suffrages. Et les courageux idéalistes du « Free State Project » cherchent à créer une communauté libre de (presque) tout gouvernement dans le New Hampshire : près de 15 000 Américains ont déjà signé la charte, s’engageant à déménager dès que le seuil critique de 20 000 participants sera atteint.

Il est vrai que la révolution libertarienne souffre de son association avec des groupes libéraux-conservateurs tels que Heritage Foundation ou le Tea Party, beaucoup plus frileux sur le plan des mœurs. De même, le Sénateur du Kentucky Rand Paul, fils du libertarien pur et dur Ron Paul, se voit contraint à une certaine prudence dans sa course aux primaires républicaines ; il a récemment pris des positions décevantes sur l’avortement ou l’immigration. Mais on a les alliances qu’on peut : après tout, le « tiers parti » des années 1860 n’associait-il pas républicains et orléanistes dans l’émergence d’un « Empire libéral » ?

Face à cette révolution à venir, Jean-François Revel se désolait qu’en France « l’opposition demeure platonique, car une majorité se moque bien d’une opposition qui ne viendra jamais au pouvoir ». Voilà notre défi : redonner aux Français le goût de se battre pour des idées. « Se battre », ce n’est pas twitter ou publier des tribunes : c’est donner du temps et de l’argent (le Cato Institute reçoit 25 millions de dollars de dons par an). Aux armes, libéraux !

Gaspard Koenig, vice-président du PLD et président du think tank Génération Libre
Article source dans L'Opinion