29 Juin 2013

La transition énergétique jusqu’à quand ?

Un modèle économique menacé en Europe par la conjoncture et les mesures d’économies d’énergie qui pèsent sur la demande depuis quelques années. Les gaziers et les électriciens revoient à la baisse leurs ambitions pour les prochaines années, plombées par la crise économique et par l’environnement réglementaire et fiscal.

EDF et GDF Suez en France, E.ON et RWE en Allemagne ou encore Iberdrola en Espagne ont été fortement sanctionnés par la bourse par une baisse significative des titres depuis le début de 2012. Ces grands de l’énergie ont lancés des avertissements sur leurs résultats pour les trois prochaines années, dernier en date, GDF Suez vient de revoir à la baisse de 15 % le bénéfice net (hors exceptionnel).

Les mesures d’économies pèsent lourdement sur la demande depuis quelques années : la consommation a baissé de 9,2 % en 2012 pour le gaz et de 1,5 % pour l’électricité et la tendance devrait se poursuivre dans la mesure où la directive européenne de septembre 2012, contraint les opérateurs à réduire la consommation de leurs clients de 1,5 % dès 2014.

Cette mesure européenne se cumule pour ces opérateurs avec de nouvelles menaces pour leur modèle économique comme :

  • -       La révolution des gaz de schiste outre-Atlantique a conduit les Etats-Unis, désormais producteur de gaz à bas prix, à exporter massivement du charbon bon marché en Europe
  • -       La rentabilité des centrales à gaz, pratiquement toutes récentes, est directement mise en question.
  • -       Plusieurs terminaux méthaniers sont en construction, alors que les perspectives d’exportation de gaz naturel liquéfié américain semblent plutôt compromises.
  • -       Les décisions politiques comme la sortie du nucléaire vont coûter très cher aux opérateurs français et surtout aux allemands qui ont déjà amorcé la sortie.
  • -       La concurrence des énergies renouvelables imposées comme prioritaires sur le réseau, au détriment d’autres énergies au prix de revient plus faible.
  • -       Le gouvernement français impose le gel des tarifs réglementés empêchant les opérateurs de répercuter la hausse de leurs coûts sur la facture de leurs clients.

Au final ces opérateurs énergéticiens subissent ces revers alors même qu’ils sortent d’une phase de lourds investissements qui a duré près de 15 ans et qui pèsent sur leurs bilans.Le manque de vision de cette économie énergétique Nationale, européenne et internationale à moyen et long terme a enterré la mise en place de véritables stratégies de développement depuis de trop longues années en ce qui concerne l’Eolien, le Solaire, le Nucléaire, le gaz de schiste, le charbon, etc…Ces domaines ne doivent plus être le sujet à des palabres politiques, mais plutôt à de vraies recherches, de véritables approfondissements scientifiques et de leurs réelles évolutions dans le temps.

Situation économique de l’énergie gaz et électricité

Variation des cours de bourse entre début 2010 et fin 2012 :

  • -       EDF                           -37 %
  • -       GDF Suez                  -49 %
  • -       E.ON                         -51 %
  • -       RWE                          -54 %
  • -       Iberdrola                    -37 %

Demande de gaz en variation de la consommation de début 2010 à fin 2011 :

  • -       France                        -13,9 %
  • -       Allemagne                  -10,8 %
  • -       Royaume –Uni          -14.5 %
  • -       Belgique                     -17,1 %
  • -       Pays-Bas                   -12,7 %
  • -       Espagne                     -6,7 %
  • -       Italie                           -6,2 %
  • -       Pologne                      +7,4 %

 

Demande d’électricité en variation de la consommation de début 2010 à fin 2011 :

  • -       France                        -6,8 %
  • -       Allemagne                  +1,4 %
  • -       Royaume –Uni          -2,4 %
  • -       Belgique                     -2,3 %
  • -       Pays-Bas                   +3,5 %
  • -       Espagne                     -2 %
  • -       Italie                           +1,9%
  • -       Pologne                      +1,5 %

La baisse de la demande, la pression fiscale et réglementaire  et l’ouverture de la concurrence pèsent lourdement sur les marges des grands de l’énergie qui vont obligatoirement se restructurer et développer de nouvelles stratégies par apport aux nouvelles orientations du marché de l’énergie. Il se profile à court terme des cessions d’actifs de la part des grands de l’énergie pour financer des investissements sur les pays émergents où la demande est forte et les contraintes réglementaires faibles.C’est le cas actuellement de GDF Suez qui accélère son programme de cessions d’actifs et de désendettement. Le groupe a annoncé, ce début janvier 2013, la vente de 60 % de ses énergies renouvelables (Eolien) au Canada qui représente 1 milliard d’euros.Les opérateurs allemands ont commencé depuis 2 ans leur programme de développement dans les pays émergents  et des annonces commerciales vont se faire entendre en 2013 et 2014.

Le solaire : ces énergies renouvelables sont elles aussi en pleine crise, pas seulement au niveau européen mais aussi au niveau mondial. En effet, le solaire est touché par la baisse des subventions et l’effondrement des prix,  l’industrie solaire photovoltaïque a chuté de 18 % en 2012 et devrait baisser de 5 à 6 % en 2013. Cette baisse s’est traduite par de nombreuses disparitions d’entreprises du secteur : de 750 en 2010 à 150 à fin 2012.

Une des conséquences des difficultés croissantes auxquelles se heurtent les grands énergéticiens en Europe, c’est la dégradation de leur qualité de service.

Il faudra beaucoup d’investissement pour entretenir ou remplacer les centrales existantes, mais aussi renforcer le réseau pour que les 500 millions de consommateurs en Europe puissent profiter de l’électricité à toute heure du jour et de la nuit.

Les montants en jeu sont colossaux, les gouvernements ne pourront pas se désintéresser de ce sujet brûlant qui réclame, non pas des audits ou des réunions de toutes les parties qui leur font gagner du temps, mais des actions préventives et évolutives immédiates et efficaces.

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André Moguérou,

Membre du Comité Exécutif du PLD, Président de la fédération de Paris