28 Janvier 2010

L'irréductible Gaulois

Il est monté à Pans avec pour seuls bagages « un duvet des habits chauds, des vêtements de pluie » et sa boîte de cigarillos. Un bon paquet de tracts, aussi, qu’il va distribuer aux passants lambda comme aux politiques. A partir de ce matin à 10 heures, Emmanuel Galante, 62 ans, se plante devant l’Assemblée nationale et entre en grève de la faim pour réclamer « un aménagement du décret antitabac qui permettrait aux propriétaires de petits bais de campagne de choisir d’être fumeurs ou non fumeurs ».

« La nuit je dormirai là, mais comme je ne veux pas me mettre hors la loi, je n’ai pas pris de tente. Je coucherai sur un banc avec mon duvet », précise-t-il. Le propriétaire du bar le Club, à Châlons-en-Champagne, — aujourd’hui en liquidation judiciaire – est entré en résistance dès janvier 2008, contre la loi antitabac. « Au d but, j’ai essayé d’obéir à la loi, mais je n’ai pas tenu longtemps. Je voyais mes habitués tourner en rond avec leur cigarette éteinte, Ils me disaient: « Qu’est-ce qu’on fait, on va dehors ? » en rouspétant contre le froid... Et puis je leur ai dit : « Allez-y les gars, fumez » Et là, les foudres policière et judiciaires se sont abattues sur moi », raconte-t-il.

« Je n’ai plus rien à perdre »

Deux grèves de la faim, en novembre et janvier dernier n’y changeront rien. Pour protester, Emmanuel Galante ira jusqu’à s’enchaîner à la préfecture de police de son département. Il est condamné par deux fois, en décembre 2008 et mai 2009, à 300 € et 1.000 € d’amende. « Mes clients ont été harcelés, et à force de contrôles de police, ils ont fini par ne plus venir. » « Je suis là pour dénoncer une hypocrisie, je n’ai plus rien à perdre et je continuerai jusqu’au bout », explique-t-il. « Des bars qui laissent fumer leurs clients en douce, en France, il y en a des milliers, et ils ont bien raison, d’ailleurs. Moi, le tort que j’ai eu, c’est de l’avoir clamé haut et fort »

Au niveau politique, des voix commencent à s’élever pour soutenir Emmanuel Galante. Le jeune Parti Libéral Démocrate (PLD), parti de centre droit, viendra le soutenir ce matin vers 11h30. « Nous réclamons comme lui la liberté de choix pour les petits établissements d’être fumeurs ou non-fumeurs », explique un porte-parole du parti. « Le but du décret était de protéger le personnel de service en salle du tabagisme passif. Mais dans des petits bars, où seuls le patron et sa femme servent les clients, aucun employé n’est mis en danger... »

En France, depuis janvier 2008, près de 10.000 petits bars de campagne ont fermé leurs portes.

Mardi 28 Octobre 2009 – Le Parisien