12 Avril 2016

Macron : navette spatiale ou lanterne éphémère ?

Article paru dans atlantico le 12 avril 2016 par Denis Jacquet - Vice-Président du PLD

De l’auto-entrepreneur solitaire au patron du CAC, la macronite aiguë atteint tous les organes de la société et des sociétés. « Il était jeune, il était beau, il sentait bon le changement chaud » dira peut-être un jour,la reprise du tube légendaire, de notre météorite française, le Elon Musk de la politique française, pour une politique sans frottement afin de rallier la prochaine présidentielle à grande vitesse !

En marche. Lui il serait plutôt en mode « course ». Un marathon à la vitesse du sprinter. 2022 en moins de 10 secondes, depuis la ville d’Amiens, mondialement connue dans le nord ! A peine plus grande que Colombey les 2 Eglises, mais résonnant du même écho global. Pas un support de presse qui n’ait fait du regard bleu à la Joe Dassin et aux dents du bonheur, une évocation heureuse du possible renouveau français. Dans un pays qui en a bien besoin. D'urgence. La poudre est au sol, la mèche, il l’a allumée, reste à savoir si elle fera long feu ou un simple « pschiit ».

Côté entrepreneurs, la côte atteint son plus haut niveau. Plus haut serait indécent. De l’auto-entrepreneur solitaire au patron du CAC, la macronite aiguë atteint tous les organes de la société et des sociétés. « Il était jeune, il était beau, il sentait bon le changement chaud » dira peut-être un jour,la reprise du tube légendaire, de notre météorite française, le Elon Musk de la politique française, pour une politique sans frottement afin de rallier la prochaine présidentielle à grande vitesse !

Il démarre tôt, mais il démarre beau. Il faut battre la politique pendant qu’elle vous chauffe et que votre cote est au maximum. Cette cote répond à un désir profond d’une France meurtrie par 30 ans de politiques de caniveau, une politique basée sur le rejet de l’autre pour se bâtir et préserver, son fonds de commerce. Une politique de sales gosses pris en délit d’auto-reproduction, dans un système devenu incestueux, qui permet aux élites de ce pays désormais oligarchique, de se reproduire entre elles.

Il représente un courant d’espoir. Issu à la fois d’un milieu dit modeste, tout en ayant pris, à la force du neurone, la société par le haut, l'ENA, l’inspection des finances, cette voie qui insère la cuillère dorée à celui qui sait la saisir. Difficile de lui en vouloir. Mais cette caste formate. La première question sera donc de savoir, sur le long terme, si Emmanuel Macron est un habile opportuniste qui masque l’hérédité culturelle de sa caste ou un réel électron libre, qui souhaite réformer en profondeur, y compris chez les siens. Je lui accorderai facilement la présomption de bonne foi sur ce sujet. Nous verrons.

Il représente une attente d’élévation. La politique s'élèvera lorsqu'elle quittera le sol marécageux des partis pour se situer ailleurs. Au dessus. Bien au delà même. Il l’a compris semble t-il. Il a l’empathie et l’écoute, le recul et la réflexion qui semble convenir à l’exercice. Il passe plus de temps à concilier, prendre le meilleur de chaque monde, que de critiquer de façon acerbe, le ringardisme ou la démagogie des uns et des autres. Ce qui serait tellement facile et conforme aux habitudes de ce monde. Il ne perd pas de temps à fustiger, mais à bâtir, à trouver des voies, et dire à quel point on peut évoluer sans se trahir, car la plupart de ceux qui crient à la trahison crient surtout à la fin de leur fonds de commerce, basée sur la répétition sans fin d’idées faciles, qui évitent la réflexion pour se blottir dans le conformisme et la rente, qui évitent la remise en cause par peur du risque et du changement. Sur ce point, son démarrage est plutôt exemplaire.

Restera la durée. Pour durer il faut un parti, des soldats, des idées. Réussir à se frayer un chemin chez des électeurs fantômes pour la moitié d’entre eux (50% d’abstention peu ou prou dans moult élections) et incapables de changement pour le reste. Chacun campe, envers et contre toute logique, en dépit des résultats, à droite ou à gauche, contre vents et marées, souvent pour prolonger une histoire familiale, rendant le vote quasi acquis et génétiquement inscrit dans l’ADN de l’individu. Pour le reste, les désespérés, qui ne renoncent pas à voter, ils ont fui au FN et se sont fait un tatouage bleu marine sur le cerveau, de la couleur d’un hématome en somme (amusant Amiens c’est dans la Somme !).

Le FN est le fruit d’un choc, celui d’une France qui face aux politiques qui nous gouverne, s’est trouvée projetée à toute vitesse dans le mur de l’aveuglement. Pour ouvrir à nouveaux les yeux des brebis égarées, il faudra plus que ce slogan « En Marche », et plutôt indiquer une destination. Marcher vaut mieux que l’immobilisme, surtout par temps froid. Elle évite la sclérose et le coma thermique. Mais savoir pourquoi et vers où l’on marche est bien plus important.

Le succès d’initiatives comme celle d’Emmanuel Macron sera totalement et intimement lié à la capacité de faire renaître la « croyance », la vision, le projet.

La croyance d’abord. Puis-je croire le nouveau messie, son intégrité et pouvons nous à nouveau remettre l’avenir en marche ?

La vision. Quelle société voulons nous pour les français. Ou plutôt quelle vision pourrait réunir les français, sur la base de leur attente, de leur talent et de leur caractéristique ? Sans vision pas de chemin, pas de mur porteur, pas de phares pour percer cette nuit épaisse qui étouffe la France. Comprendre le monde, ses changements et trouver dans la France, ce qui lui permettrait de dicter au monde plutôt que d’en être l’esclave agenouillé.

Le projet. Que pourrions nous faire ensemble et comment le faire ? Le projet ne sera accepté que si il peut intégrer le plus de monde possible. Et laisser moins de français sur le bas côté, que le système actuel ne le fait. Les jeunes, les seniors, les minorités, les non qualifiés.

Pour cela il faudra des troupes, des structures, des relais. Une idée est un virus indispensable mais non suffisant, comme nous l’ont appris nos profs de maths. Un virus nécessite un corps et des membres. Le temps est assassin, il faudra également entretenir la passion. 6 ans c’est long. Très long. Le temps de développer la vision et de la délivrer, comme dans une bonne série, par épisodes, en entretenant le suspense tout en délivrant une pièce après l’autre. Le spectateur est devant sa TV, Emmanuel Macron, vous aurez besoin de talents autour de vous pour l’y maintenir...

     

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