25 Novembre 2014

Macron sur la (bonne) voie des réformes

Quelle démagogie et hypocrisie. La France doit se débarrasser des empêcheurs de voir en grand si elle veut réformer en vrai ! Je n’ai pas lu un article, participé à un débat TV ou radio, ces dernières semaines, sans lire ou entendre cet argument stupide qui consiste à affirmer qu’il faut réformer, mais jamais en commençant par celui qui est visé. Il vous dira que de toucher à sa profession, quelque soient ses excès, ne permettra pas d’atteindre le but ultime d’une réforme : le rebond !

La réforme commence toujours par l’autre, qui recèle de réserves toujours plus substantielles que son pauvre voisin, visé à tort par le vent que la réforme fait souffler sur les privilèges. Il faut faire des efforts. Oui, ils sont tous d’accord.

Mais les autres, pas eux.

Mais la comble de la bassesse, c’est cet argument récurrent, sévissant tel un Ebola cathodique que nous imposent tous ces résistants à la réforme. Il tient en une phrase : "Vous savez, ce n’est pas cette réforme qui va sauver la France". La réforme change-t-elle la France à elle seule ? Non. Alors mieux vaut ne rien faire. CQFD.

Et ainsi chaque pan de la réforme est examiné à l’aune de son impact individuel, en oubliant l’effet cumulé de toutes les mesures en cours d’examen, pour mieux les adoucir, les amender ou les rejeter.

Au bal des hypocrites, et des grévistes de la réforme, la liste des danseurs est impressionnante. Taxis. Professions réglementées. Tenants de la durée longue ou courte du travail. Syndicats, salariés ou patronaux. Bénéficiaires de niches fiscales. Intermittents. Anti travail du dimanche. Anti président sous la pluie !! Etc…

Leur seul argument est simple. Nous sommes pour la réforme. Mais chez nous ? Non. En effet, réformer notre profession ou notre avantage ne changera rien au problème français. Nous ne sommes pas la solution. Passez votre chemin et allez frapper chez ou sur le voisin. Nous pouvons même vous y conduire !

Bien entendu, aucune mesure à elle seule, aussi vertueuse soit-elle, ne peut guérir la pneumonie et le cancer dont souffre la France. Mais notre cancer se nourrit surtout de la solidarité des cellules, qui renvoient la faute vers l’autre ou se tiennent les coudes pour survivre, voire même continuer à se développer. En aucuns cas l’abandon des 35h ne créera 1 million d’emplois, ni même 500 000. En aucun cas, le travail dominical portera la croissance à 5%. Ni même à 2%. En aucun cas, les professions réglementées, une fois réformées, ne permettront de doper le pouvoir d’achat des Français. Les 7 milliards de Montebourg étaient le fruit d’un esprit dopé à la démagogie.

Mais la certitude, c’est que ne pas les faire sera une erreur majeure. En effet, le cumul de ces réformes permettrait à la France de retrouver un terrain qu’elle a quitté depuis bien longtemps, dont elle ne connaît plus la définition, qui l’oppresse et la maintient plaquée au sol depuis 30 ans. Une notion fondamentale. La liberté !

La liberté ce mot porté aux frontons de la république, et dont nous avons oublié la définition, l’impact et les contours au quotidien. La Liberté, qui aère le terrain de jeu, qui rétablit les équilibres, redonne le dialogue aux acteurs, sans intermédiaires et permet aux individus de redonner le pouvoir au contrat et supprimer les parasites qui le lui volent. La liberté, dont la prolifération des normes, comme autant d’armes de destruction massive, nous prive dans chacun de nos actes quotidiens. Liberté chérie, que l’entrepreneur, exprime et représente, par l’auto-détermination de ses choix dans une "société-tunnel" qui trace et impose une voie unique, pour une pensée aussi unique qu’elle est limitée et atrophiée.

Oui, nous l’affirmons, le vent de réforme que tente de fabriquer Macron et ses soutiens met la France sur les rails du succès. A condition de transformer l’essai et de ne pas faillir devant l’obstacle. A condition d’une réforme géante, progressive mais sans concession, et non des réformes naines, pour handicapés du rebond économique et social.

Car la liberté profitera non seulement aux entreprises mais encore plus aux citoyens. Ils auront, après leur maintien dans une pièce surchauffée, dont la chaleur fuyait pourtant sous leurs yeux, par les fenêtres, un peu froid. Certes. Mais pour le sport par temps froid, une fois retrouvée la liberté et la possibilité de courir par soi-même, le corps se réchauffe, fabrique de l’endomorphine, l’hormone du bonheur, et réactive les défenses immunitaires. Confiance en soi plutôt que défiance de l’autre.

Oui il faut aller au bout. Sans retenue. Et sans démagogie. Pour de bonnes raisons. Ce n’est pas parce que les titulaires de professions réglementées gagnent de l’argent qu’il faut les réformer. Pourquoi n’en gagneraient ils pas ? Cela sentirait trop la décapitation systématique du riche, un pogrome de la différence sociale, un Maccartisme de l’élévation sociale. Il faut les réformer car elles doivent s’ouvrir, s’améliorer et que leur protection est toujours synonyme de léthargie et que léthargie est l’ennemi de la croissance et de l’innovation.

Commençons par les urgences. Les mandataires judiciaires. Verrues qui déforment le fonctionnement du redressement judiciaire pour le transformer en entreprise funéraire. Par des vautours aux pratiques douteuses, souvent punies d’ailleurs. Insuffisamment nombreux, corrompus, et dont les résultats constituent la honte de la France, face à leurs homologues européens.

Les pharmaciens, les avocats, ce n’est pas si urgent. Pour les pharmacies il est plus important que le système qu’ils ne font que représenter, se réforme. Ils évolueront avec. Les Avoués disparus, les avocats ne posent pas tant de problèmes que cela, sauf quand ils cherchent à étouffer la dynamique internet et leur opposant des arguments aussi dilatoires que mensongers. Là aussi leur opposition contribue à empêcher la France de jouer dans la cour des grands du numérique.

Les notaires, leur autorité n’a pas à être remise en cause. Il faut une authentification et une personne responsable. Et attaquable. En revanche le barème en fonction des montants traités est totalement stupide et doit être réformé. Pour le même travail percevoir jusqu’à 5 ou 10 fois plus d’honoraires, est dépourvu de tout sens. N’oublions pas non plus au passage, que ce que l’on nomme familièrement les "droits de notaire" sont en fait composés essentiellement de taxes pour l’Etat !

Le tabac. Pourquoi ne pas le mettre là dedans ? Voilà un monopole de la mort dont nous devrions avoir honte. Soit on interdit le tabac, et on empêche nos élus d’être sous leur influence, voire leurs cadeaux, ou on le maintient, alors il faut laisser, là aussi le numérique faire œuvre de métamorphose. Réserver tout aux buralistes n’a pas de sens. Les buralistes souvent en même temps cafetiers, peuvent innover en améliorant leur cuisine, leur service, leur cadre et attirer de nouveaux clients. Si on laisse ce facteur de mort prospérer quand on connaît son impact sur la santé publique, alors que ce ne soit pas au détriment de nos impôts et pour engraisser les monopoles.

Que cela profite à la nouvelle économie, qui transformera la mort en croissance. C’est déjà cela.

Enfin les taxis et les locations des particuliers. Les taxis doivent s’adapter ou disparaître. Il suffit de trouver un moyen fiscal ou financier de leur racheter ou leur faire amortir, leur licence, et ensuite laissons les Cab, Uber et autres VTC faire œuvre de libération sur le marché, les prix, le service. Et de ne pas céder dès qu’ils bloquent un périphérique ou une autoroute. Tirons la France vers le haut. L’innovation à nouveau. L’air frais et rétablissons un principe de liberté économique pour oxygéner la vie du paquebot France.

Idem pour les Airbnb et autres pourvoyeurs de liberté de chacun de mettre son appartement en location. Nous sommes propriétaire d’un bien, la propriété ne doit souffrir aucune restriction. Si je veux le louer, qu’on me laisse faire !! Par contre payer la taxe de séjour ? Très bien. C’est normal. On ne peut encaisser sans contribuer.

En clair, que nous disent toutes ces interdictions, ces verrous, ces blocages, ces corporatismes arcboutés sur leurs privilèges, ces lobby bloquant l’évolution, ces pièges anti autonomie et responsabilité que notre pays a posé sur notre parcours quotidien ? Ils nous disent : vous n’êtes plus libres, donc plus responsables. La France est une Union Soviétique qui s’ignore et qui pourtant se moque de Poutine. Amusant non ? Nous avons anéanti, mais en évitant les armes, nos concitoyens. Nous les avons asservis et mis à la botte au moyen d’une arme moins visible mais tout aussi pernicieuse. La dette, la norme, la subvention, l’étatisme.

Remplaçons au plus vite notre maxime nationale qui ressemble plus à "taxation, servage et défiance" qu’à "liberté, égalité, fraternité", et préférons lui "ambition, élévation, confiance et responsabilité".

Par Denis Jacquet, Délégué National à l'Entreprise et Président de Parrainer la Croissance

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