02 Avril 2015

Paquets de cigarettes neutres: stigmatisation inefficace

Le doublement du prix des cigarettes en 10 ans n’a pas significativement fait reculer le nombre de fumeurs, pas plus que l’affichage obscène de photos de poumons noircis ou de mâchoires édentées sur les paquets.

Sept ans d'emprisonnement

Prendre les consommateurs pour des imbéciles a, à l’évidence, mal fonctionné jusqu’ici.

Dans son aveuglement, le gouvernement a choisi de persévérer dans cette voie. Il veut aujourd’hui interdire tout logo et toute originalité graphique pour imposer le "paquet neutre", persuadé que cette nouvelle idée va sauver des dizaines de milliers de vie de citoyens inconscients. C’est bien connu, l’addiction s’arrête avec le logo. Mais notre santé est-elle vraiment la première préoccupation de cette nouvelle Inquisition ?

Les fumeurs ont toujours été victimes de l’autorité, bien avant que la science n’établisse les dangers de la cigarette.

Le premier européen à fumer fut aussi le premier à être persécuté pour l’usage du tabac. C’était un membre de l’équipage de Christophe Colomb en 1492, initié à l’art de la fumée par une tribu d’Indiens. Eux voyaient dans le tabac un don de Dieu capable de les guérir de nombreux maux et d’apaiser les tensions sociales.

Pas l’Inquisition, qui "interrogea" et emprisonna le marin fumeur sept ans pour cette coutume de sauvage. Pendant les cinq siècles suivants, le tabac fut combattu sur la base de morale publique, de doctrine politique et parfois de convictions religieuses. Le vice devenait crime, et la cigarette, transgression.

 

L'Etat rackette les fumeurs

Dans la seconde moitié du 20ème siècle, nous avons enfin appris la nocivité de la cigarette. Les consommateurs ont été largement abreuvés des risques qu’elle leur fait courir.

Alors que les fumeurs ont en moyenne huit années de moins à vivre que les non-fumeurs, les pouvoirs publics n’ont aucun scrupule à les stigmatiser, à les harceler et à exploiter leur faiblesse pour se faire de l’argent sur leur dos.

Les 81% de taxes sur le prix des paquets ont rapporté 11,2 milliards d’euros à l’Etat en 2013, au plus grand bonheur des contrebandiers qui ont conquis presqu’un quart du marché du tabac.

Il faut avoir l’esprit sacrément embrumé pour croire à l’efficacité d’une politique fondée sur l’infantilisation, la punition et le racket des fumeurs. D’ailleurs, ces mêmes inquisiteurs n’ont pas résisté à la tentation de restreindre l’innovation pourtant la plus efficace pour abandonner la cigarette, l’e-cigarette, cette dernière étant non pas attaquée pour sa toxicité mais pour le seul "geste rappelant celui de fumer"

 

Et l'alcool ?

Si l’idée saugrenue des fanatiques de l’anti-tabagisme de supprimer logos et marques des paquets faisait jurisprudence, nous pourrions la voir appliquée à d’autres secteurs nocifs pour la santé, celui des alcools par exemple.

Les vins qui font la fierté de la France auraient alors l’obligation de substituer aux belles étiquettes actuelles l’horrible photo d’un foie cancéreux, sans marque ni logo. L’affichage des millésimes qui incitent à la débauche – l’achat des bonnes années – serait aussi prohibé.

Imaginez les ventes sous le manteau de Mouton Rothschild aux étiquettes dessinées par Niki de Saint Phalle, Lucian Freud ou Anish Kapoor. Ne riez pas, nous n’en sommes pas loin avec le grossissement récent du pictogramme destiné aux femmes enceintes et au durcissement du message sanitaire.

Le processus est lancé, les hygiénistes sont plus remontés que jamais, et suffisamment subventionnés pour maintenir un lobbying constant et obsessif auprès des parlementaires.

 

Laissez nos vices tranquilles

Nous ne devons pas céder sur cette ineptie supplémentaire.

Chaque victoire des esprits malades qui veulent gouverner nos vies et nos vices fait avancer d’un cran le curseur de l’absurdité de l’Etat-nounou.

Aucun esprit rationnel ne peut prédire l’étape suivante, mais ne doutons pas qu’elle sera encore plus dramatiquement contre-productive si nous laissons passer celle-ci. Etre traité comme un sale gosse par des parents indignes n’a jamais fait des citoyens responsables.

Les dirigeants politiques qui votent ces lois devraient d’abord soigner leur propre addiction, bien plus dangereuse, à la dépense publique. Qu’ils laissent nos portefeuilles et nos vices tranquilles, le pays s’en portera bien mieux.

Par Aurélien Véron, président
Article Source dans Le Plus Nouvel Obs