13 Octobre 2014

Petit dictionnaire à l'usage des politiques déboussolés

Les entrepreneurs aimeraient oser en paix. Aimeraient oser librement. Aimeraient oser offrir à ce pays administré une nouvelle définition de la liberté. Aimeraient livrer quelques définitions qui permettront peut-être aux politiques de se poser quelques questions, entre 2 conférences bâclées, visites faussement intéressées et au lieu de lire les quelques notes préparées par leurs conseillers, de méditer sur notre vision d’un certain nombre de définitions convenues et désormais vides de sens.

Depuis 30 ans nous avons vécu plusieurs périodes.Une période où l’Etat était notre mère nourricière.

Une période où l’air de l’Etat vint à manquer. Une période où le partage devint la loi. Une période, la présente où plus aucune solution du passé ne pouvait faire illusion pour l’avenir. Rétropédalons mes frères et reprenons le cours du temps là où il avait commencé.

Nous sortons de la guerre mondiale et surfons jusqu’aux années 70. Les cheveux au vent, les idées libres, une sexualité exacerbée et une capacité de dépense sans fin nous permettent d’irriguer une liste insondable de corporatismes de tous poils, à qui l’on confie le soin de veiller attentivement sur leurs protégés.Nous créons alors une ruche à miel, remplie de petits soldats en ordre de marche pour gérer le budget qui permettra de préserver à chacun sa part de gelée royale. Nécessaire à la croissance de ses "administrés". On divise la France en futures baronnies, une forme moderne des privilèges royaux, que la croissance de l’époque met à l’abri des tares qui feront le déclin et les blocages futurs. Ces corporatismes sont les principaux freins à l’évolution française.

Puis arrive l’horrible chantage au pétrole. Il grimpe. Il coule, mais pour beaucoup plus cher. Les prix augmentent et nous connaissons notre premier budget en déséquilibre. Les politiques pensent que c’est passager et continuent à anticiper des jours meilleurs, comme toujours, et dépensent, car ils ont pris l’habitude de faire office, avant l’heure, de salle de shoot généralisée, endormant à l’opium du 20ème siècle, ces Français qui ne devaient pas douter de l’éternité de l’Etat et des politiques qui s’y assimilent.

Arrivent alors, à l’issue d’une dégradation de plus en plus visible, les années 80. Bien entendu, musicalement parlant, elles figurent parmi les meilleures. Et parmi la dernières. Depuis, politiquement et musicalement, nous n’avons droit qu’à de mauvaises reprises. A des airs mille fois chantés, pâlement imités et toujours plus inaudibles et toujours moins crédibles. Privés des moyens d’un Etat dont le déficit devenait gentiment abyssal, les années 80 laissent filtrer 2 inventions majeures de nos politiques, décidément inventifs.

La chasse aux riches. Si l’Etat ne peut plus garantir la solidarité nationale, les riches (ou définis comme tels) y pourvoiront à sa place. On invente l’impôt sur la fortune. Intéressant concept qui consiste à faire peser sur ceux qui osent réussir la charge de compenser les pertes d’un Etat impécunieux. Et de détourner ainsi l’attention du peuple français en lui jetant un coupable pratique. Cette belle invention a été efficace, puisque depuis lors, les riches ont quitté la France en masse, accumulant environ 130 milliards en dehors des frontières. Des milliards qui auraient été bien utiles à notre pays. Ainsi privés de cette manne, le politique, jamais en panne d’idées brillantes, donne naissance à une seconde invention, sur une reprise d’un tube chanté au milieu du siècle dans la démocratique union soviétique, le partage du travail.

Le partage du travail. Une invention géniale. Remasterisée de façon brillante. Puisqu’il n’y a plus d’argent, plus de riches et plus de travail, partageons le solde du compte. Et vivons pauvres et égaux en dette. On nous promet, pour faire passer la pilule, emploi en masse et repos du guerrier, bien être et distance vis à vis de ce travail qui entrave, contraint, martyrise et s’oppose à l’épanouissement que seule l’oisiveté permet. Oubliant de souligner que la tendance sur le temps serait de confiner le Français au salaire le plus bas, l’empêcherait de s’élever, de gagner plus et que ce salaire diminué l’empêcherait de profiter de ces congés nouvellement gagnés.

Attisant ainsi l’aigreur et la rancœur, qui parmi d’autres éléments, permirent la montée du FN et de ses promesses d’un genre finalement identique. Puisqu’il n’y a plus d’Etat, de riches et de travail, alors partageons le, mais entre bons Français de souche.

La dernière trouvaille, néanmoins, est majeure. La baisse des impôts des plus modestes. En permettant à des milliers de Français de ne plus payer d’impôt, on renforce cette magnifique notion de justice sociale. En inventant une nouvelle définition de la justice sociale, le politique susurre aux oreilles des chevaux français que la solidarité est à sens unique, de ne pas s’inquiéter, car l’Etat, finalement, peut encore être leur sauveur. Quelqu’un paiera.

Face à cette brillance intellectuelle, nous, entrepreneurs, aimerions donner notre définition sur divers mots, dont les politiques ont fait un écran de fumée assassin et pervers.

Justice socialeLa justice sociale consiste à donner à chacun la possibilité de s’élever socialement. Le reste est de la littérature. Ainsi, tout ce qui consiste à se partager les miettes plutôt que de chercher à reconstituer le pain, puis en accroître la taille, n’est en aucun cas de la justice, mais de l’acharnement à faire couler les Français vers le fonds et les y maintenir. La justice sociale dès lors serait l’art de donner aux Français l’ambition, le désir, l’envie et la possibilité, de gagner plus, de vivre mieux et de tirer profit de la réussite qu’ils contribuent à faire naître.

Solidarité nationaleLa solidarité consiste à bâtir un système de sécurité mutualisé, auquel chacun contribue selon ses moyens. La solidarité actuelle, qui consiste à faire payer une minorité au profit d’une majorité, se définit comme une spoliation, au pire. Et comme le moyen d’alimenter la déresponsabilisation et l’opposition entre les citoyens d’un pays, au mieux. Si chacun bâtit la France et s’assure contre la fragilité temporaire ou permanente de certains, si chacun est amené à en profiter, alors chacun doit y contribuer. Solidarité pour tous. Par tous.

Exonération d’impôtcarte vitale et assurance-chômage. Le modèle social français à un coût. Le masquer consiste à déresponsabiliser les individus qui l’utilisent. Donner le sentiment que cette protection n’a pas de prix lui enlève toute valeur. Et exonère du respect et de la précaution, qu’on devrait lui réserver. Le sentiment de contribuer même modestement au modèle français, fait des citoyens des sujets de droits. Le contraire en fait des sous-citoyens, des zombies juridiques qui ne méritent aucun intérêt. Chacun doit payer l’impôt. Même faiblement et contribuer à une assurance collective. Faire de la carte vitale une carte bleue est irresponsable. Chacun devrait avancer les frais et comprendre ainsi le coût de ce qu’il utilise. Afin d’en prendre mieux soin. Enfin, l’être humain étant ce qu’il est, l’inciter à retrouver un emploi est la meilleure façon qu’il en retrouve un. Tout ce qui incite à abuser le système, même à la marge, est une insulte à ceux qui l’entretiennent. Le respect pour ceux qui traversent une passe difficile doit être aussi fort pour ceux qui le financent.

Seuils sociaux. Invention consistant à persuader les entreprises de ne surtout pas embaucher plus, afin d’éviter la lourdeur que les seuils entraînent. Et les contenir ainsi à un nanisme économique au détriment de toute la société. Contrairement à ce que pensent ceux qui ne connaissent rien aux PME, ce n’est pas un moyen de se débarrasser du dialogue social, mais du seuil de déclenchement des 36 nouvelles législations qui s’appliquent à une société qui passe le cap des 50 personnes. Enfin pour ceux que ce changement chatouille gravement, craignant de perdre (ceux parmi les avocats du droit du travail qui s’expriment dans la presse depuis quelques semaines) leur gagne pain, acquis sur le dos des entreprises, signalons que dans une entreprise de moins de 50 personnes, le dialogue social se porte très bien, même sans présence syndicale, car quand on est aussi petit, chaque salarié a son importance.

Au final, les entrepreneurs voudraient simplement que l’entreprise devienne le lieu de rebond de notre pays. Un pays qui redonnerait un sens à ses définitions d’origine, un sens partagé et équitablement supporté. Un sens auquel chacun contribue avant d’en profiter et en profite car il y contribue. C’est au prix de l’unité que la réussite se fera.