01 Juillet 2013

Petite leçon de démocratie britannique à l'attention de l'UMP

Jean-François Copé a fait preuve d'une candeur inattendue en déclarant, à l'occasion des glorieuses primaires de l'opposition à Paris : « à l'UMP, nous apprenons la démocratie, c'est assez nouveau ». Dans son stage de formation à la démocratie, le récemment confirmé chef de l'UMP serait avisé d'aller jeter un œil aux pratiques du plus ancien régime parlementaire du monde, de l'autre côté de la Manche.

Les grandes formations politiques britanniques sont ces temps-ci, en plein travail de sélection de leurs futurs candidats pour les prochaines élections parlementaires de 2015. Ce processus, qui se résume en France à quelques amitiés bien placées, des conciliabules d'officine et des crises de dernière minute, est pris très au sérieux au pays de Sa Majesté. Chacun peut se porter candidat à la candidature, et se lancer dans une longue course d'obstacles, ouverte et compétitive.

A droite, un concours pour trier les candidats

Prenons par exemple les Conservateurs (le parti de droite traditionnel). Tout candidat potentiel envoie d'abord sa lettre de motivation et son CV au siège du parti, afin d'évacuer les fantaisistes. Il est ensuite soumis à un véritable examen, le Parliamentary Assessment Board, où il doit prouver durant six heures ses capacités de réflexion (via une courte dissertation), ses talents oratoires, ainsi que sa capacité à répondre à des interviews, à participer à une discussion de groupe et même à gérer un dossier administratif. Des experts font partie du jury aux côtés des grandes figures du parti au niveau national. On peut imaginer qu'une telle épreuve permettrait, en France, d'éliminer des candidats qui citent Zadig et Voltaire comme leur livre de chevet, où qui font des fautes d'orthographe au moindre tweet. 

Ce n'est que le début. Ceux qui ont réussi leur écrit passent ensuite un premier oral, d'environ une demi-heure, devant les responsables locaux du parti. Une dizaine sont sélectionnés. Ils peuvent alors commencer leur campagne publique pour convaincre la masse des militants de la circonscription de voter en leur faveur. Après plusieurs semaines, une primaire (« Big Event »), qui inclut une séance de questions-réponses avec l'assistance, départage les candidats. Le vote doit se poursuivre jusqu'à ce que l'un des candidats obtienne plus de la moitié des suffrages. Voilà qui, en France, devrait être largement suffisant pour éliminer la plupart des Ministres parachutés.

A gauche, l'épreuve du terrain

Le parti travailliste (le Labour, à gauche) a établi ses propres procédures, légèrement différentes mais non moins contraignantes. Pas de sélection préalable par le siège du parti, mais une lutte de huit semaines sur le terrain, avec trois ou quatre stades de sélection (« long list », « short list », « final list », etc). Un de mes amis, homme d'affaires à succès et important donateur du Labour, s'est lancé dans cette aventure. Il a beau être soutenu par les sommités du parti et ne pas manquer de moyens, cela fait des semaines qu'il se bat pied à pied dans sa circonscription, pour un résultat qui reste très incertain. Dans l'espoir de s'imposer, il doit séduire et convaincre les membres locaux. On peut avoir des appuis, mais pas de passe-droits. 

Le système britannique n'est bien sûr pas sans défaut. Les insiders seront toujours favorisés : les processus les plus transparents peuvent être contournés, les débats truqués et les voix achetées. Il n'empêche que les outsiders gardent toute leur chance. C'est d'ailleurs ainsi que Margaret Thatcher avait emporté la candidature de Finchley, en remportant la primaire locale contre le candidat des barons du parti.

2000 primaires outre-manche, et pas de problème informatique

Il existe 650 circonscriptions au Royaume-Uni ; à l'heure actuelle se déroulent ainsi, entre Conservateurs, Travaillistes et Libdems, environ deux mille primaires. Il semble donc que les problèmes logistiques longuement discutés lors de la récente « élection » parisienne ne soient pas tout à fait insurmontables.

Comment s'étonner que, dans ces conditions, la Chambre des Communes soit davantage représentative de la société contemporaine que l'Assemblée Nationale française : plus jeune, plus diverse, plus dynamique ? Un comble pour une monarchie !

Alors, Jean-François, chiche ?

Article paru dans la Tribune par Gaspard Koenig
Vice-Président
Directeur de Generation Libre.
Auteur de romans et d'essais (dernier livre paru : La Nuit de la Faillite, éditions Grasset)