03 Décembre 2015

Petite leçon de "renversement de courbe" pour Mme El Khomri

Si j'étais la ministre du Travail, je démissionnerais par honneur, en refusant d’occuper un poste inutile, qui coûte au contribuable sans aucune chance de lui rapporter quoi que ce soit.

Les chiffres refusent désormais systématiquement d’obéir aux politiques. C’est très bien ! Cela permet à tout un chacun de réaliser que la compétence redevient enfin la clé de la réussite en matière économique. Cela permet aux politiques de réaliser qu’après des années et ces tours de passe-passe pour citoyens aveugles, ce spectacle d’handicapés du travail pour des citoyens endormis par leurs gouvernants, que l’assistanat et les subventions avaient fait leur temps. Et que le moment était venu de donner à ceux qui savent la clé de la maison emploi. Cela suppose aussi du courage, vertu dont les politiques se sont passé depuis bien longtemps, car le courage pèse, nécessite de l’ambition et une vision, et plus prosaïquement, de savoir tenir ses promesses. Le gouvernement Hollande me fait penser à Brel, mais à l’inverse. "T’as voulu voir la courbe et t’as pas vu la courbe, t’as voulu voir le cap et tu t’es pris le mur". Et il ajouterait (avec plus de talent, pardon au Grand Jacques) : "Mais je te le dis, nous peuple de France, nous n’irons pas plus loin".

Cela suffit !

Le politique est un handicapé du savoir-faire. Manipulateur par nécessité. Si l’on considère que 55% de nos élus sont des fonctionnaires, et qu’une large majorité du solde est composée d’avocats et de professeurs, et une toute petite minorité, 2% environ, d’acteurs économiques, on comprend vite que pour n’avoir jamais réalisé de travail productif dans le monde réel, nos têtes chauves et technocratiques ont quelques difficultés à proposer des solutions pour l’emploi et l’économie. Dès lors, les rares fois où un fou (ou au contraire un bien lucide qui cherchait à décrédibiliser la société civile) a laissé les clés de l’économie à une "anomalie" issue de la société civile, le résultat a été le même. L’échec. Pourquoi ? Parce que nos fonctionnaires préférés, inquiets que leur incompétence soit mise à jour, ont toujours réussi à tuer dans l’œuf ces tentatives, dont l’échec programmé leur permettait ensuite de crier sur les toits de la république que la société civile était incapable d’exercer ces fonctions "suprêmes" (à leur place). Scandaleux mais efficace.

Alors, le politique, pendant des décennies, a fait fonctionner la planche à billets, afin de faire de chaque Français l’imprimeur de sa propre faillite en passant son temps à fabriquer des emplois fictifs ou subventionnés. Ce qui revient au même. De tous temps, une droite bien gauche et une gauche habituée à l’être, ont créé des emplois qui portaient bien mal leur nom. Souvent appelés "d’avenir", ces emplois qui appartenaient au contraire au passé dès leur naissance, tant leur existence était artificielle, ont oublié une règle simple : pour qu’il y ait emploi il faut qu’il y ait activité. Pas de chiffre d’affaire, pas de croissance ! Une règle difficile à comprendre quand on n’a jamais eu le mal de créer une activité qui "fabrique" de "vrais emplois". Pour une classe politique qui pense que l’entreprise à "l’obligation" de créer des emplois et se refuse à les créer par mauvais esprit, volonté d’économie ou dogmatisme idéologique. Or une entreprise qui fonctionne et va de l’avant, est en général, ravie d’avoir à embaucher. Sauf quand les gouvernants, par idéologie et incompréhension, ont transformé cette évidence créatrice en parcours punitif. Car nous avons transformé l’embauche en un parcours expiatoire, qui n’a fait qu’une seule victime. L’emploi. Les salariés. Les Français.

Evidemment, quand un ministre cumule le fait de n’avoir jamais travaillé, n’avoir jamais été ministre et n’avoir jamais été en entreprise, cela revient à couper l’unique jambe du cul de jatte et lui demander de courir le marathon. Pas facile.

Pour le coup, on trouverait presque des excuses à Myriam El Khomri. Un sourire bien sympathique, pour une incompétence antipathique. En d’autre temps on aurait dit "pardonnez-là car elle ne sait pas ce qu’elle fait". Mais ceux qui l’ont mis là, le savent ! Comment, à un moment aussi critique, peut-on prendre le risque de mettre une marionnette là où on avait besoin d’un professionnel. Un entrepreneur par exemple. Une femme (ou un homme) venant du privé. Si on a nommé une femme, d’origine maghrébine pour respecter une volonté de démontrer l’ouverture à la diversité, on pouvait alors se permettre d’y mettre un acteur économique, qui pour le coup appartient à une minorité, non pas visible, mais totalement invisible.

Mettre un acteur du privé aurait été une preuve d’ouverture et de non discrimination face à la société civile. Mais la réalité est simple à comprendre. On sait que le ministre du Travail n’a aucun pouvoir en plus de n’avoir aucun savoir-faire. On sait que le sujet est du ressort cumulé de la présidence et de l’économie et que le ministre du Travail, n’est qu’un "toutou" destiné à s’agiter au bout des ficelles manipulées par d’autres. Si l’on accordait la moindre importante, pouvoir et savoir-faire à cette fonction, on y aurait mis quelqu’un de poids. On est passé du "pote" (Rebsamen, qui a été totalement transparent) à l’alibi. C’est pathétique.

Notre ministre, surement très sympathique, ne pourra donc rien faire. A part annoncer que cela ira mieux demain. Demain, on le sait, on rase toujours gratis. Demain c’est mieux. Le temps efface tout et change tout. Mais jamais l’incompétence. Tout repose donc sur Macron et l’Elysée. Qui a fixé des limites. Ces limites contiennent tout ce qui pourrait marcher. Conclusion : quoi qu’on fasse sur le droit du travail, le dialogue social, les seuils sociaux, la flexibilité, nous savons déjà qu’il faudra se contenter d’un bornage politique destiné à ne pas froisser ce qui pourrait contrarier la gauche, et donc ne pas aborder les sujets qui fâchent. Contre le chômage on a tout tenté, sauf d’être intelligent. Car pour eux, le calcul politique et électoral est plus important que l’activité économique. Plus important que donner aux Français ce que leur génie et leur envie de réussir mériteraient. Plus important que de donner à ceux qui ont perdu leur emploi quand il est impératif pour les politicards de garder le leur en 2017. Comment ne pas être écœuré d’obéir à ce bel élan qui nous demande d’arborer notre fierté d’être français, en brandissant partout nos drapeaux, tout en le foulant des deux pieds quand il s’agit de redonner un avenir à notre pays ?

Si j’étais Myriam El Khomri, je ne démissionnerais pas uniquement parce que je ne connais pas l’une des dispositions essentielles du code du travail. Essentielle car elle touche à cette notion de flexibilité qui sous-tend les conditions du succès d’une réforme nécessaire à redonner à l’économie française une chance de se remettre à fabriquer des emplois. NON. Je démissionnerais par honneur, en refusant d’occuper un poste inutile, qui coûte au contribuable sans aucune chance de lui rapporter quoi que ce soit. De toucher plus de 100 000 euros par an, et moultes avantages, pour rapporter zéro à nos concitoyens, qui vivent avec moins de 2200 euros par mois. Mais des politiques qui acceptent de toujours siéger à côté de députés atteints de "phobie administrative" ne sont pas à ce déshonneur près. A défaut de passer pour une minorité ethnique, elle aurait la fierté d’appartenir à une minorité éthique. Mais je rêve éveillé. Et le rêve est un bien mauvais investissement en politique.

Le pays a besoin de stopper l’hémorragie. Une large partie des entreprises liquidées par l’URSSAF pourraient survivre. Une large partie des entreprises poursuivies par des contrôles fiscaux, suite à l’obtention du CIR, ainsi détournées de leur activité quotidienne pour se concentrer sur les questions d’un contrôleur à qui ses supérieurs demandent de reprendre ce qui leur a été donné, vont disparaître inutilement. Une large partie, des dizaines de milliers de seniors qui vont être poussés à l’extérieur des entreprises, pourrait y rester si l’on acceptait de repousser l’âge de la retraite. Des milliers de jeunes pourraient être embauchés par les PME si l’on acceptait de faire du libre consentement la règle de conclusion d’un contrat de travail et de la mise en place d’un contrat unique en lieu et place du CDD qui en fait des "sous-travailleurs". Et tant d’autres mesures simples. La réduction des délais de paiement à 30 jours, qui permettrait d’injecter plus de 10 milliards dans les caisses des PME en leur permettant d’embaucher. La réorientation de la commande publique vers les PME…

Bien entendu, pour comprendre l’impact de ses mesures, il faut savoir ce qu’elles représentent pour une entreprise. Pour voir l’avenir, il faut les yeux de la compétence et les pieds sur terre. Tout le contraire de nos politiques. Et pas seulement à gauche. Soyons honnêtes, le Président précédent, qui souhaite redevenir le prochain, a été aussi mauvais et sourd. Peut-être serait-il temps de discriminer les sourds et les aveugles et les laisser à l’écart du pouvoir ? Français, ne vous laissez plus faire. A vos fenêtres, sur vos drapeaux, ajoutez : "Je veux être le prochain Président" !

Article de Denis Jacquet, vice-président en charge des Entreprises, président de Parrainer la Croissance

Source dans Atlantico

 

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