28 Avril 2013

Petites questions entre amis : tout ce qui est de droite est-il nécessairement dur et tout ce qui est dur est-il de droite ?

Dans sa lettre à la Garde des Sceaux, le Syndicat de la Magistrature tient à préciser que le site Atlantico, qui a publié le fameux « Mur des Cons », est « proche de la droite la plus dure ».

On espère que les magistrats qui ont rédigé cette lettre font preuve de davantage de finesse dans leurs jugements.

Il est triste de devoir rappeler à des esprits en principe cultivés que tout ce qui est de droite n’est pas dur, et inversement. S’il y a une droite dont Atantico pourrait être proche – et à laquelle des contributeurs réguliers comme moi accepteraient de s’identifier – c’est bien la droite libérale, orléaniste pour reprendre les distinctions de René Rémond. Cette droite hélas quasi absente des partis politiques aujourd’hui, mais à qui l’on doit les plus grands acquis du « mouvement social » dont le Syndicat de la Magistrature se réclame dans ses statuts (répétons que Jules Simon, Emile Ollivier, Frédéric Bastiat ou Alexis de Tocqueville furent, au XIXe siècle, à la pointe des combats pour interdire le travail des enfants, autoriser le droit de grève, etc). Ironiquement, c’est même à cette droite que le Syndicat de la Magistrature doit d’exister aujourd’hui, puisque c’est un libéral convaincu, Pierre Waldeck-Rousseau, qui autorisa l’existence des syndicats en 1884.

Ce faisant, le Syndicat de la Magistrature soulève un autre problème, bien plus grave, celui de la gauche dure qui sévit dans la fonction publique, peu soucieuse des principes de l’Etat de droit qu’elle est censée défendre. Plus personne ne s’étonne que des magistrats s’assument de la tradition autoritaire marxiste et prennent des positions tranchées lors des échéances électorales, comme l’a fait le Syndicat de la Magistrature aux deux dernières présidentielles. Rappelons que dans la plus vieille démocratie du monde, de l’autre côté de la Manche, les civil servants (fonctionnaires d’Etat) ne sont pas autorisés à participer à des activités ouvertement politiques (ni bien sûr à détenir le moindre mandat électoral).

Si l’on veut conserver l’espoir que la justice et, plus largement, la fonction publique française continuent à servir l’intérêt général au-delà des clivages partisans, il est peut-être temps de s’interroger sérieusement sur la manière d’assurer dans le droit la neutralité des fonctionnaires.

En attendant, je placarde volontiers la photo de François Martres, Présidente du Syndicat de la Magistrature et signataire de la lettre, sur mon Mur des Robespierristes.

Gaspard Koenig, vice-président du PLD et directeur de Génération Libre

Source dans Atlantico