10 Janvier 2010

Plan de relance : la grande illusion

L’impact de l’action publique est positif lorsqu’elle agit sur les bons leviers. Or, un « plan de relance » consiste à transférer à l’Etat la capacité d’investissement et le pouvoir d’achat des autres acteurs économiques. Après 34 années de déficits publics ininterrompus, les Français ne sont plus dupes et ne réagissent plus à ces déplacements temporaires. En revanche, ils savent que la dette ne cesse de grossir, qu’elle coûte de plus en plus cher et qu’elle n’intègre pas les engagements considérables de retraite. Un plan de relance constitue donc surtout un prétexte pour éviter de baisser la dépense publique et pour échapper à nouveau aux critères de Maastricht.

Les critères de convergence ont pour rôle d’assurer l’harmonie financière entre Etats de la zone euro, que la monnaie commune rend solidaires. La forte aversion pour le risque des acteurs financiers entraîne un effet d’éviction à l’encontre des investisseurs privés, mais aussi des Etats jugés fragiles comme la Grèce ou l’Autriche. Les capitaux vont en priorité aux Etats les plus solides : l’Allemagne ou la France. Face au dégonflement des actifs immobiliers et financiers se constitue donc une bulle sélective d’endettement public, alimentée par l’injection massive de liquidités par la BCE. Les plans de relance s’ajoutant au coût des premiers plans de sauvetage des banques, cet effet d’assèchement des marchés risque de placer des gouvernements en cessation de paiement et d’aboutir, comme le dit Angela Merkel, à une nouvelle crise d’une extrême gravité. Peut-être au point de faire exploser l’euro.

La reprise repose donc sur le dynamisme des locomotives de la croissance. Pour que notre pays libère les énergies profitables à tous, il doit atténuer la progressivité excessive des prélèvements obligatoires et supprimer l’ISF, tabou dont même le socialiste Zapatero est venu à bout, qui les bride et diminue ainsi notre capacité de rebond à tous. En mettant fin à la plupart des niches fiscales dont personne ne sait évaluer les effets, le taux marginal de l’impôt sur le revenu pourrait être abaissé sous la barre des 20 %. Un tel cadre constituerait aussi une incitation, pour les Français expatriés, à revenir investir leur talent et leurs capitaux sur notre territoire.

Pour lutter contre le fléau du chômage, la simplification de la réglementation du travail doit être accélérée, notamment pour parer aux effets de seuil qui bloquent la croissance des PME. Le coût du travail est un autre facteur pénalisant pour l’emploi. C’est une raison supplémentaire en faveur de prélèvement direct des assurances sociales auprès des assurés plutôt que sur les revenus des actifs. Pour nourrir ce débat, l’instauration du salaire complet rendrait le coût du travail transparent pour tous par la fusion des charges patronales avec le salaire brut. A ce sujet, le statut d’auto-entrepreneur qui sera mis en œuvre le 1er janvier 2009 va dans le bon sens, bien que ses plafonds soient trop bas. Il nous faut enfin soulager les entreprises des charges qui brident leur développement. La disparition  définitive des cotisations familiales et de la taxe professionnelle, et l’alignement de l’IS sur la moyenne européenne à 25 %, pourraient être financés en supprimant l’essentiel des 65 Mds d’aides aux entreprises.

A côté de la tentation illusoire du plan de relance, la crise offre au gouvernement l’occasion de remédier aux faiblesses structurelles de notre modèle social. Ces réformes ambitieuses sont les plus favorables à un retour rapide à la croissance et à une baisse du chômage. Enfin, l’intégration européenne doit guider l’action du gouvernement, notamment pour mettre en place une coordination renforcée à l’échelon européen capable d’affronter les crises d’envergure. Comme le rappelle l’Allemagne, elle exige de revenir à l’orthodoxie budgétaire.

Publié dans la Tribune du 23/12/2008