05 Janvier 2010

Protection de la vie privée

Au nom de la lutte contre la fraude et la criminalité, le gouvernement ne cesse de renforcer les moyens d’établir l’identité de chacun. Carte d’identité et carte vitale biométrique promettent de limiter la fraude aux aides sociales, avec un potentiel d’économies de plusieurs milliards d’euros à la clef. Mais avec le croisement des fichiers, contrôles et recoupements sont de plus en plus aisés dans tous nos actes quotidiens. Ils imposent aux citoyens une transparence de plus en plus absolue, au prix d’un alourdissement administratif conséquent et pour un coût probablement important qu’il serait judicieux d’évaluer.

Alors que l’obtention d’un passeport ressemble dorénavant à un parcours du combattant, il n’a jamais été aussi simple de frauder les allocations familiales. La bureaucratisation à outrance et la multiplication des contrôles ont pour corollaire la multiplication des failles, au profit des fraudeurs et escrocs les plus malins. Mais ce qui permet ces fraudes, c'est d'abord l'absurde complexité du système (dizaines de prestations familiales différentes, 200 niches fiscales, code du travail incompréhensible, etc.).  La majorité des citoyens honnêtes perdent donc le contrôle de leur vie privée sans aucun bénéfice pour leur sécurité. Rappelons par exemple que le Fnaeg (fichier de la police et de la gendarmerie enregistrant les données génétiques de suspects) recense plus d’1 million de personnes, dont plus des trois-quarts sont présumés innocents.

Si le citoyen n’est pas plus protégé qu’avant par ce déploiement de moyens intrusifs, il se trouve en revanche de plus en plus nu devant l’Etat omnipotent. Or, nous ne savons pas à quoi ressembleront les prochains gouvernements. On voit déjà poindre des discours et des propositions menaçant la liberté d’expression de chacun sur Internet. Imaginons également le pouvoir confiscatoire du fisc aux mains d’un Etat qui déclarerait l’état d’urgence des finances publiques !

Les gains de cette traçabilité apparaissent incomparablement inférieurs aux menaces qu’elle fait peser sur les personnes. Alors que les dirigeants des démocraties les plus en avance en matière de surveillance commencent à remettre en doute ce système - en Grande-Bretagne par exemple - ce renforcement des pouvoirs intrusifs de l’Etat est-il justifié dans notre pays ?

Publié dans le Cri du Contribuable