28 Avril 2015

Régionales 2015 : les entrepreneurs dans les starting-blocks

Nombreux sont les patrons de terrain à vouloir se présenter aux élections régionales de décembre, afin de reprendre en main ces instances méconnues des Français, qui sont pourtant un moteur important de notre économie.

Un entrepreneur connaît sa région, en tant qu’entité géographique. La réciproque est moins vraie. La région connaît peu ses entrepreneurs. Les Français ne connaissent pas leur région.

La région est une pièce importante de l'action économique française, et pourtant, personne ne connaît son président, son fonctionnement, son action et ses résultats. C’est encore plus marquant quand il s’agit de la région parisienne. Ce morceau de territoire, véritable îlot de puissance, capitalisant à lui seul une large partie de la puissance de la nation (1/3 de son PIB), avec au centre une petite bourgade modeste, au budget démesuré et à la réputation pourtant internationale, Paris, devrait être connu de chacun, du passant au touriste, du SDF à l’entrepreneur à succès.

Et pourtant, personne ne connaît cette pièce de l’échiquier économique et politique. C’est le maillon faible de la communication publique. Interrogé dans la rue, notre quidam préféré serait bien en mal de citer le nom du président de la région. Interrogé dans la rue, le quidam imagine-t-il qu’un nouveau palais lui sera construit comme une ode à sa puissance, pour un prix digne d’un pays dont la croissance serait à 3 chiffres ? Interrogé dans la rue notre quidam, décidément sollicité, aurait du mal à prononcer jusqu’au bout, le montant du budget pharaonique, et jamais décroissant, dont bénéficie cet inconnu. Mais le quidam, après les premiers chiffres, ne serait plus en état de poser de question, tant les chiffres lui donneraient, au choix, une céphalée ou de violents vertiges.

Dommage, car il pourrait découvrir qu’une assemblée de près de 200 personnes est nécessaire pour voter les décisions de cette inconnue, qu’elle contribue "brillamment" à l’intelligence et au fonctionnement du transport de nos franciliens et à une partie de l’éducation,  la formation de nos têtes blondes étant censée donner à nos entreprises l’espace et l’élan nécessaire à maintenir sa 6eme place mondiale.

On pourrait aussi y découvrir ce clientélisme organisé, dont nos politiques de tous poils savent tant se servir comme couteau suisse des satisfactions partisanes. Découvrir les multiples programmes qui viennent ajouter à la jungle des aides en tous sens, dont la profusion, à tous les niveaux (local, départemental, communauté de commune, région, Etat, Europe) les rend totalement illisibles et inutilisables. Et découvrir, enfin, comment le saupoudrage, d’un nuage poussiéreux d’aides aussi sympathiques que minuscules, pour satisfaire chacun, sans profiter à l’ensemble, et qui finit par coûter un bras, sans l’armer pour autant, du muscle nécessaire à une lutte internationale, qui nécessiterait de concentrer sur un nombre limité des aides importantes, comme on le fait pour tous les champions sportifs.

La région parisienne est principalement l’histoire d’un gâchis. Nombre d’inutiles y brillent par leur absence et leur salaire. Les frais de fonctionnement sont ahurissants. Au lieu d’être au centre des départements, la volonté des élus d’être proche du centre du pouvoir les a incité à coloniser des bureaux à prix d’or dans le 7ème arrondissement au lieu d’aller au cœur de ses départements qui sont ses poumons et ses moteurs potentiels.

Les aides illisibles, de faible intensité, s’éloignent de la nécessité de maintenir et développer un outil industriel, car prisonnier d’écologistes pathétiques, d’un autre siècle, qui pèsent de leur petit pourcentage de bascule, pour faire régner la terreur sur toute aide pouvant contribuer au développement de l’industrie.

Seules quelques initiatives sont à saluer comme la Fonderie ou le programme PME-UP, confiés à des passionnés qui le gèrent avec talent et envie, mais qui devraient voir leurs moyens et leur envergure multipliés afin d’en faire des usines à champion d’envergure internationale.

Au final, la région a raison de peu communiquer, car mettre le nez dans ses comptes ferait frémir les franciliens, déjà atterrés par la gestion de la ville de Paris.

Le problème, comme toujours en France, c’est de laisser de tels outils à des mains impies, qui n’ont de l’économie qu’une connaissance livresque, et encore. Des impies pour qui la région est, comme toujours, un instrument politique, de pouvoir, avant d’être économique.

Pour en faire un maillon fort, il faudrait des hommes et femmes compétentes, qui mettraient la cohésion et l’économie au centre de leur volonté quotidienne, sans calculs de carrière et d’équilibre des pouvoirs avec le département voisin géré par l’adversaire politique. Et qui accepteraient de rendre des comptes, ouvriraient leur comptabilité et soumettraient leurs décisions les plus importantes à ceux qui en sont les financeurs (nous ! Par nos impôts) et les "bénéficiaires", ou plutôt, en l’occurrence, les victimes.

Les entrepreneurs, pour une régionale, répondraient plutôt bien au cahier des charges :

Plus intelligents ? Non, plus au cœur de la réalité économique.

Plus importants que les autres Français ? Sûrement pas, mais, comme les abeilles, insectes indispensables à la vie de l’homme et devenus incapables de résister au pesticide politique.

Meilleurs gestionnaires ? Sûrement.

Plus près du terrain ? Indubitablement. Face aux politiques, ce n’est presque plus une qualité, tant ces derniers sont en orbites dans les palais que les avons laissés usurper. Libérons la Bastille !

Les entrepreneurs ont surtout à perdre en politique. Prendre des coups, subir la vengeance des politiques sur leurs marchés, recevoir la visite inopinée de tous les contrôleurs de France dans leur entreprise. S’appauvrir. Crier dans le vide et ne pas pouvoir ce qu’ils font chaque jour, construire, jouer avec des règles normales de concurrence, jouer une partition qui ne serait pas faussée, par des notes changées sans cesse par opportunité.

Et pourtant, ils sont nombreux à vouloir y aller. Et ils ont raison, il faut que le renouvellement de la classe politique se fasse non par des populistes sans programmes, ni des extrémistes sans culotte, mais par des hommes et femmes dotés d’une vision, d’une envie, de donner leur énergie, leur talent, leur réseau, leur passion, simplement pour le bien de leur pays. Ils ont tout à y perdre quand les autres, les politiques, ont tout à y gagner. C’est pour cela qu’ils seront meilleurs, qu’ils seront honnêtes, qu’ils ne feront pas plus de deux mandats, qu’ils ne penseront qu’à la France et renonceront à leur nombril.

Leur disponibilité pour le pays n’obéit qu’à une seule règle : l’amour et la passion. Des valeurs qui semblent bien désuètes dans un monde de brutes politiques. Pourtant, pour gouverner, il faudrait pouvoir aimer. Sans intérêt pour l’autre, on finit, comme les politiques, par prendre au lieu de donner. Tout prendre pour soi et jamais pour les autres. Nous avons à donner car nous n’avions rien à prendre. Pour paraphraser la chanson de Juliette Gréco, "déshabillez-nous, utilisez-nous" !!

Tribune de Denis Jacquet, Délégué National à l'Entreprise et Président de Parrainer la Croissance
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