15 Décembre 2014

Seuils sociaux : les PME vont payer (cher) l'addition

Au départ nous avions compris que l’intelligente discussion sur les seuils sociaux était de nature économique, pragmatique, raisonnable. Destinée à produire des champions. Insuffler une culture de dépassement. Pousser à nourrir au grain des ETI en masse.

Il s’agissait d’alléger le poids d’un véhicule dont la performance est directement proportionnelle à sa charge utile. La PME.

Il s’agissait de se dire que tout ce que le droit, dans sa folie inflationniste, avait superposé au long des années, sur les épaules de ces chefs d’entreprise, majoritairement à la tête d’entreprises de moins de 14 salariés, pouvait être une idée de génie quand on cherchait à inverser diverses courbes qui s’entêtent à suivre la même trajectoire.

Têtue les courbes !

Il s’agissait de réaliser que l’emploi se créé dans les PME, depuis plus de 10 ans, dans tous les pays du monde et dès lors, qu’il fallait faire fondre la graisse autour de ce corps d’athlète qui ne demande qu’à devenir plus performant.

Il s’agissait de réaliser qu’une entreprise de 14 salariés doit se concentrer toute entière à son développement. De réaliser que seule une grande entreprise a les moyens de s’offrir une armée de mercenaires et de conseils pour faire face aux contraintes que les gouvernements successifs se sont acharnés, avec efficacité il faut le reconnaître, à imposer aux entreprises pour être certaines que les plus grandes cherchent à tout prix à quitter la France et les petites puissent, au pire licencier et au mieux ne pas embaucher. A vouloir tout réguler, tout encadrer, on a organisé la machine à perdre avec une efficacité que l’ont doit reconnaître aux politiques et au technocrates, associés dans ce crime depuis près de 25 ans, avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui.

Bêtement nous nous étions dit que face à l’adversité, au désastre économique du record de faillite de PME en 2014, avec plus de 63 000 entreprises passées de l’autre côté du miroir, entraînant dans leur tombe 200 000 salariés, l’annonce de la mise à mort des seuils sociaux, était une première annonce "gonflée" que la droite n’avait jamais osé aborder. Que ce gouvernement là, pouvait décidément réserver d’agréables surprises.

Bêtement nous avions pensé que la discussion prenait racine dans le bon sens. Il fallait briser la culture du "petit", en commençant par son symbole le plus stupide, le plafond de plomb du seuil. Alléger au moins la moitié des 38 nouvelles législations qui s’imposent à une PME quand elle franchit le cap des 50 personnes. Pour mieux la récompenser de sa croissance. Dès que la tête de l’entrepreneur franchit la ligne de départ d’un nouveau seuil de croissance, il obtient en signe d’encouragement, un lest de 38kg afin qu’il refreine un peu ses envies de croissance, qui risqueraient de l’enrichir et de créer des emplois. Ce qui est petit, en France, est mignon. C’est notre principal péché et il n’est pas mignon.

Bêtement car, incultes et pétris de bon sens, nous n’avions pas imaginé que nous assisterions là au déclenchement d’un jeu de massacre politique et dogmatique, entre le MEDEF et les Syndicats salariaux, arbitré par un gouvernement qui avait dores et déjà accepté l’idée que la variable d’ajustement seraient les moins de 11 salariés.

Nous n’avions pas en tête que l’espoir légitime se transformerait en cauchemar, qui aboutirait à faire de la PME le dindon de la farce de Noël. La victime des négociations politiques.

En clair, comme toujours, au dîner des incompétents et politiques de tout bord, l’addition est toujours payée par les entrepreneurs de bonne foi.

Pourquoi tant de haine ?

L’enjeu était donc de dégraisser le mammouth. En partant de constats simples. Nous voulons des marathoniens qui sprintent ? Allégeons-les. Pour courir vite et longtemps, exercice très complexe, il faut une bonne alimentation, se concentrer sur la progression, l’alternance des exercices et une ambition par paliers, mais sans limite. Les PME françaises, sont des "petits gros", handicapés par la charge, affichant moins de 14 salariés, mais une bonne partie a le potentiel pour devenir un champion de haut niveau.

L’objectif est donc simple. Réduisons leurs obligations normatives, légales, administratives, repoussons leurs paliers de progression afin qu’ils se fixent des limites plus hautes et prions Saint ETI d’exaucer leurs vœux. L’enjeu c’est de voir 20 000 de nos PME à potentiel devenir des ETI et créer en 3 ans 200 000 emplois au minimum. Loin des objectifs du Medef et son million. Mais bien plus réaliste.

Que sont ces obligations ? Réduire la protection des salariés ? Réduire le dialogue social ? Exterminer le syndicalisme ? Que nenni. On parle là de tout autre chose. Dégraisser des tonnes de déclarations, obligations administratives, comptables, qui pourrissent la vie des entreprises sans aucun bénéfice pour la société. Passer tout ce qui est du ressort des 50 salariés, à 250 salariés. Et quand nous serons passés de 1% des PME affichant plus de 250 salariés en France à 2 ou 3%, nous pourrons réfléchir à repousser la barre à 500. Des paliers on vous dit !!

Bien entendu, simplifier les obligations de représentation est essentiel. Par justice pour les autres salariés des entreprises, qui ne comprennent pas que leurs collègues syndiqués, puissent échapper, en cumulant les mandats, à toutes les obligations auxquelles eux sont confrontés, alors qu’ils ne leur accordent aucune légitimité. Avec 6% de syndiqués en France, on ne peut pas dire que les protecteurs de la soi-disant représentation démocratique apportée par les syndicats, fassent recette !

Mais surtout par réalisme simple. Pourquoi ce cumul, ces multiples organes, souvent "parasités" par les mêmes, qui permettent ce cumul que l’on commence enfin à interdire aux politiques. La mode est au lean-management, lean-politique. Le syndicalisme doit passer au régime protéiné lui aussi. CE, CHSCT, délégués du personnel, dans une société de 50 salariés. De qui se moque t-on ? Moi je rêve d’une démocratie entrepreneuriale où chaque salarié soit syndiqué. Au sens impliqué du terme. Actionnaire de sa société. Intéressés à son bénéfice, mais responsabilisé par ses baisses d’activité aussi. Pas un syndicalisme obligatoire, administratif, politique et dogmatique, qui oppose au lieu de rassembler. Le syndicalisme à la française est mort. On le refuse par lâcheté mais c’est la réalité. Mais c’est un autre débat.

Le débat sur les seuils devait rester sur ce terrain. On nettoie, on dégraisse, on simplifie et la France se dote de champions. Les champions créent des emplois. La France encaisse les dividendes et les français reprennent confiance en leur pays et leurs entreprises.

Au lieu de cela nous assistons à un spectacle pitoyable. Il faut rester dans un combat où chacun ramènera un trophée à sa base, assoiffée de victoires et de victimes. Dans le combat à qui le premier à rapporter les oreilles et la queue, c’est la PME qui va s’allonger, en sang, dans l’arène.

Car le cadeaux que s’apprêtent à faire le gouvernement et les syndicats, c’est la représentation syndicale à partir de 1 salariés.

Votre premier salarié sera votre syndicaliste. Brillant non ? Créer les conditions de l’affrontement dès la première embauche. Il est clair que cela favorisera l’emploi. On parlait de supprimer les barrières à l’emploi et on va en créer une de plus.

Pour gagner il faut d’abord apprendre à jouer ! Découvrez comment jouer en toute simplicité avec Antoine.

Suis-je un dangereux patron anti-salarié ? Non. Jamais. Mais dans une PME ce que ces ignorants déconnectés oublient, c’est qu’un salarié a autant de poids que son dirigeant. Mon meilleur vendeur a plus de poids sur moi, que moi sur lui. Mon chiffre d’affaire dépend de lui (ou d’elle). Le dialogue social se nourrit d’équilibre et dans une PME, l’équilibre est dicté par la nécessité et pallie l’intelligence humaine, si elle n’est pas suffisante pour l’imposer spontanément.

Une fois de plus, la négociation se fera au détriment des plus faibles. Des plus vulnérables. Des "sans voix" qui seront victimes des "sans tripes". Car il est plus facile de voler les myriades de petits, que de vexer le petit groupe des gros. La courbe n’est pas prête de s’inverser à ce prix là. Le jour où tout le monde comprendra que nous n’avons pas les moyens, dans nos PME, TPE, de gérer les obligations que l’on nous impose, alors nous aurons fait un petit pas pour l’humanité, mais un grand vers la croissance.

Alors avant de mettre le crayon sur le parchemin du compromis et de la lâcheté, pensez à ceux que vous allez crucifier devant un public effaré. Effaré que l’on ajoute à la liste des obligations un dialogue qui existe déjà naturellement, au prix de l’emploi et au seul profit de ces rentiers du faux dialogue social que sont devenus nos syndicats salariés et patronaux.

Un peu plus de pouvoir et au final, de moyens, pour que nos syndicats refassent leurs appartements et achètent leurs costumes Gucci (qui partage son G avec la cGt). Un peu plus d’incitation à ne pas embaucher pour nos entreprises.

Car nous savons que la première étape sera la représentation "light" et que l’étape d’après sera la délégation accrue. Notre salarié aux 35h, sera absent, un jour prochain, 1/4 de son temps et on nous expliquera que c’est une bonne nouvelle pour l’emploi et la productivité. Puisque nous serons obligé d’embaucher un second salarié pour compenser son absence !! CQFD. On peut donc faire pire que l’idée du partage du travail.

Engraissons les tous en affamant les PME. Voilà le message passé à la France. Nous rêvions d’un grand soir, nous aurons une longue nuit.

Manuel Valls, Emmanuel Macron, François Rebsamen, par pitié ne sacrifiez pas votre machine à redresser les courbes. Le seul cadeau que vous avez à faire, c’est à la France et vous serez jugés au final, non sur les cadeaux faits aux syndicats, mais sur les résultats que vous aurez permis aux PME de vous offrir.

 

Par denis Jacquet, Délégué National à l'Entreprise et Président de Parrainer la Croissance
Source dans Atlantico