21 Mars 2017

Vous aussi, vous trouvez la présidentielle désespérante ?

Alors que 2012 devait être la pire campagne et qu'on attendait une embellie après un quinquennat très critiqué, le moral des électeurs semble montrer qu'on a plongé dans un nouvel abyme inexploré de défiance vis-à-vis du monde politique.

Article d'Aurélien Véron paru dans atlantico le 16 mars 2017

Après la présidentielle désespérante de 2012, celle de 2017 ne pouvait que s’annoncer meilleure. La déception est immense. Le débat a pris un temps une bonne tournure avec la rupture avec notre modèle social en ruine. Nous sortions enfin du long tunnel des 20, que dis-je, des 30 dernières années. Lueur hélas éphémère. Nous sommes vite retombés dans la mélasse des scandales et des trahisons. L’affaire Fillon a ouvert le bal, les attaques personnelles on pris le pas sur les idées. Manuel Valls a lâché Benoît Hamon pour Emmanuel Macron – mis en cause dans différentes affaires secondaires - qui ne veut pas se transformer en "maison d’hôte". Tandis que François Fillon, abandonné par une partie de ses alliés attirés par le camp Macron où la gamelle semble meilleure, se voit une fois de plus accusé. Cette fois de s’être fait offrir les costumes sur mesure comme avant lui Giscard d’Estaing et François Mitterrand. Où est le débat ? Pendant que le paquebot France coule, les responsables des canots de sauvetage se font lyncher pour leurs frasques.

Le court rayon de soleil était apparu fin 2016. Après un démarrage laborieux de la primaire LR-UDI, un vrai débat d’idées s’était imposé grâce au projet soigné de François Fillon, vainqueur inattendu. Le jeu d’Emmanuel Macron apparaissait alors lors bien pauvre. Il allait devoir sortir du bois et dévoiler ses propositions pour offrir aux électeurs une vraie campagne et ne pas faire pschitt comme les mauvais augures le prédisaient. Nous allions enfin entendre un vrai débat, projet contre projet. Prélude à une campagne vivifiante, pleine de promesses. Les nuages chargés d’orage n’ont pas tardé à revenir. Des magistrats énervés ont douché nos espoirs. Ils ont arraché François Fillon de son piédestal et l’ont jeté en pâture à des citoyens déchainés. Aveuglés par leur rage – certes légitime -, ils sont en train de se venger du harcèlement règlementaire et fiscal  (quand il n’est pas administratif ou routier) que l’ensemble des politiques leur ont fait subir trop longtemps. Leur propre avenir n’a plus d’importance à leurs yeux, le temps est à la vengeance : "mourrons ensemble !" Dans un tel contexte, pouvons-nous encore imaginer comment aurait pu se dérouler une campagne enthousiasmante ?

La justice a raison de remplir sa mission, mais elle le fait au détriment de la démocratie qui ne peut plus remplir la sienne. Une campagne idéale se serait poursuivie avec le déroulement des visions et des mesures pour le pays. Revenu universel – mal bricolé - à la gauche de la gauche, retraite à points au centre gauche, réforme de l’Etat et de l’Ecole à droite. Tout étant à réinventer avant que notre système ne s’effondre, cette profusion de propositions structurelles aurait calmé la soif d’idées nouvelles des Français. Le mot d’ordre aurait été : liberté ! Nous aurions pu rêver d’un nouveau cadre pour nos institutions moribondes. Plus qu’un rêve, il s’agissait surtout d’une nécessité vitale pour faire cesser l’exode de talents et de capitaux, pour mettre fin au désespoir de tous ceux qui sont exclus du système fossilisé d’initiés, pour restaurer l’optimisme et la confiance des Français.

La question de la dette revenait pour la première fois sur le devant de la scène avec les réformes musclées de François Fillon. Certains osaient le juger trop dur, insensibles au risque de moratoire (proposé par le candidat du PS), voire de défaut de la dette française. La générosité des élites françaises avec l’argent des autres est manifestement toujours sans limite. Sous nos yeux, les Britanniques ont prouvé l’inverse, taillant dans leur dépense publique à coups de dizaines de milliards de livres en peu de temps et aboutissant à un résultat fulgurant : retour de la croissance et du plein emploi, moteurs d’un remboursement sain de la dette et des engagements qui constituent la dette dite "hors bilan" (promesse de retraites et d’avantages non financés). Nous aurions dû entendre le candidat de la droite dérouler son plan pour comprendre la logique libératrice de son projet. Réformer le statut des fonctionnaires, recentrer le périmètre d’intervention de l’Etat et des collectivités territoriales, moderniser l’organisation des administrations pour en améliorer la productivité et la qualité des services, voilà une ambition qui était capable d’augmenter l’efficacité d’une dépense publique en baisse.

La réforme structurelle de l’Ecole reposant sur l’autonomie des établissements aurait aussi mérité d’alimenter les couvertures de nos médias. Bien plus, en tout cas, que les scandales actuels qui tuent toute envie de se projeter au moment où une fenêtre s’ouvrait dans ce sens. Cela ne signifie pas qu’il faille tolérer le manque d’éthique, voire la fraude. Mais l’avenir de l’éducation de nos enfants mérite davantage d’attention que l’éthique de ceux qui la redresseront. Maintenant que nous savons qu’aucune réforme scolaire digne de ce nom ne peut venir du somment, du ministère barricadé et du système centralisé actuel, il est temps de partir des "profs d’en bas" qui ont mis en œuvre avec succès leurs idées innovantes inspirées des succès de nos voisins. Les mauvaises passeront, les meilleures s’étendront par nécessité. Le changement a de plus en plus besoin d’émerger de cette "France d’en bas" qui n’en peut plus de subir les bricolages venus d’en haut, d’élus incompétents tétanisés par le risque de perdre leurs privilèges sous la pression des réseaux et des corps intermédiaires à l’influence démesurée.

Fiscalité, assurance maladie, retraites, protection de nos libertés fondamentales, assainissement de la vie politique par des mesures plutôt que des incantations, réduction du nombre d’élus et de strates électives, simplification des règlementations, libération du marché du logement, les sujets essentiels ne manquent pas. A quelques semaines d’un élection qui figera pour 5 ans le visage du pouvoir, pourquoi refusons-nous d’en savoir plus sur l’avenir de note pays ? Citoyens, laissons la justice faire son travail et faisons le nôtre en étudiant soigneusement les propositions de Macron, de Fillon et des autres candidats avant de voter. Exigeons des médias une campagne sur le fond, sur l’avenir de la France. Qu’ils laissent chacun se faire son opinion sur les affaires en cours, nous avons été largement abreuvé de détails, d’informations et d’intox. Une belle campagne porterait sur ces thèmes et non plus exclusivement sur les affaires consternantes qui monopolisent notre attention depuis tant de semaines.

Mais puisque la confiance dans la démocratie représentative est au plus bas – ce n’est pas l’action récente du pouvoir judiciaire qui va la restaurer -, des sujets qui ne sont pas encore sur la table pourraient rapidement y venir. Nos élus n’inspirent plus confiance, nous ne les croyons plus capables d’intégrité et de courage pour réformer ? Introduisons la proportionnelle pour substituer au jeu des baronnies inamovibles celui des projets collectifs au service de vrais programmes des formations. Instaurons une dose de démocratie directe avec le recours systématique à des référendums locaux et nationaux permettant aux citoyens de caler l’agenda des débats sur leurs propres préoccupations plutôt que celles d’une caste médiatique et politique déconnectée. Ne laissons pas le désespoir nous gagner, revenons vite aux projets qui redresseront – ou non – la France.