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Faute de vision politique, le grand emprunt n’est pas une bonne idée

Publié le 20/11/2009

Après un accès de frénésie de la part des parlementaires de la majorité qui s’étaient mis à jongler avec les chiffres et à proposer des sommes allant jusqu’à 100 milliards d’euros, on connaît désormais le montant du grand emprunt. Cet endettement supplémentaire sera finalement de 35 milliards d’euros, levés exclusivement auprès des marchés financiers. Ajouté aux déficits prévisionnels de 116 milliards d’euros de l’Etat français et de 30 milliards d’euros des assurances sociales, le grand emprunt devrait donc nous nous approcher de la barre des 200 milliards d’euros pour le déficit de la seule année 2010. Cela ne semble pas refroidir l’ardeur de nos élus à dresser la liste des « investissements pour l’avenir » financés par ce gouffre budgétaire. Après trente ans de déficits ininterrompus, de croissance en berne et de chômage élevé, n’est-il pas temps d’abandonner cette tradition dépensière associée au planisme d’Etat ?

Plusieurs élus sont conscients du danger que présente l’aggravation des déficits publics, tel l’ancien ministre des finances, Jean Arthuis, qui affiche son opposition à cet emprunt. Avec plus de 1400 milliard de dette publique, il serait dangereux d’aggraver davantage le déséquilibre budgétaire en 2010. C’est en effet de réformes dont la France à désormais besoin pour libérer ses forces vives et améliorer la compétitivité de son économie, et non de dépenses publiques supplémentaires. Il serait temps de s’inspirer des mesures qui ont fonctionné dans le passé et d’appliquer les recommandations des multiples rapports sur la relance de notre économie. L’analyse des réformes menées par le Général De Gaulle, sur les conseils de l‘économiste Jacques Rueff pourrait être une source d’inspiration.

Il y a 50 ans, l’économie française était proche, par bien des aspects, de la situation actuelle. Le pays était au bord de la faillite lorsque le Général de Gaulle est revenu au pouvoir. Un déficit budgétaire régulier, dépassant 5 % du PIB à deux reprises, creusait chaque année un peu plus la dette. En parallèle, la balance commerciale se dégradait en raison d’un affaiblissement des exportations, essentiellement dû à la vétusté de notre capacité de production industrielle. En conséquence, les réserves d’or et de change de la Banque de France étaient au plus bas, au point que la menace d’une banqueroute était réelle. Seule différence avec la situation actuelle, nous subissions une inflation galopante et non maîtrisable qui obérait le pouvoir d’achat des Français, et rongeait leur épargne. La BCE nous épargne ce facteur nocif supplémentaire.

Derrière l’emprunt Pinay dont tout le monde se souvient, n’oublions pas le plan Rueff associé. C’est ce dernier qui permet le redressement de l’économie française, suite à l’instauration de la Vème République en 1958. Ce plan de réformes ambitieuses marque une véritable rupture. Il assainit les finances publiques et permet à la France de retrouver sa compétitivité. La recette du succès repose sur deux principes : la rigueur budgétaire et liberté des prix, qui se traduit par la fin des entraves aux mécanismes de marché et la fin des privilèges octroyés à certains groupes de pression et corporations. La situation était plus simple à l’époque. La pression fiscale était largement inférieure à son niveau actuel, et la dévaluation de la monnaie était possible. Pour autant, l’ambition de libérer l’économie de ses entraves et de mettre fin à des privilèges catégoriels, garde toute sa pertinence 50 ans plus tard.

Ce plan de redressement avait réduit, à l’époque, l’intervention de l’Etat dans l’économie. Il avait notamment mis fin aux subventions et détaxations diverses déformant le mécanisme de fixation des prix : diminution des aides aux agriculteurs, fin de la détaxation des carburants agricoles, suppression de fonds de soutien à certaines activités… En matière sociale, afin de faire face à l’augmentation inquiétante (déjà !) des dépenses de santé et des régimes de retraites, un alignement des régimes spéciaux de retraite sur ceux de la fonction publique est proposé, ainsi qu’une franchise sur l’achat de médicaments. Les aides au secteur du transport sont abaissées, la fiscalité revue afin d’élargir l’assiette et de diminuer les niches fiscales. Surtout, il est décidé de ne pas recourir à de nouvelles dépenses publiques sans suppression d’une ancienne dépense ou à une augmentation de la fiscalité. Sans doute le Général De Gaulle avait-il le courage de ne pas gouverner pas au rythme des sondages. Malgré les critiques de ministres, de fonctionnaires, de professions protégées et de syndicats, l’économie française re-décolla de façon exemplaire.

Aujourd’hui, la dépense publique pèse près de 55 % de l’économie. Le poids des prélèvements, la lourdeur des contraintes réglementaires, la multitude d’exemptions et de passe-droits faussent la vérité des prix et les mécanismes de marché. Cette suradministration de l’économie dilapide nos ressources et nuit à la compétitivité de nos entreprises. Pourtant, le Président peut encore réussir l’exploit de son lointain prédécesseur. Pour ce faire, il doit briser les entraves à la création de richesse, mettre fin aux privilèges fiscaux et sociaux, et rétablir l’équilibre des finances publiques en réduisant drastiquement les dépenses. Au lieu d’un nouvel emprunt, il serait peut-être temps d’appliquer enfin les mesures préconisées par la commission Attali en janvier 2008, largement inspirées du second plan Rueff et toujours dans l’attente de leur mise en oeuvre.

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