31 Octobre 2014

« Yes, week-end » : trois fois oui !

Manuel Valls a annoncé à nos amis anglais, lors d’une visite à la City, vouloir libérer le travail le dimanche. C’est une saine ambition, d’autant que 29 % des Français travaillent déjà régulièrement ou occasionnellement ce jour de la semaine. Aucun gouvernement ne s’est exprimé aussi clairement sur cet enjeu jusqu’ici. Quelques députés aussi courageux qu’isolés se sont aventurés sur ce terrain, comme Richard Mallié. Mais sans succès. Face à l’opposition coalisée de petits commerçants craintifs face à la grande distribution, de la gauche vent debout contre la « marchandisation » du dimanche et de la droite traditionaliste, la pression des salariés n’a pas faibli.

Les personnels des entreprises sanctionnées pour non-respect de la loi sur le travail dominical n’ont pas hésité à manifester et à s’organiser. Ainsi est né « Yes week-end ! » il y a un an. Les images des salariés de Bricorama dans la rue contre leurs représentants syndicaux ont bien illustré l’archaïsme du prétendu « dialogue social ». Contre l’accord de la majorité des salariés, les syndicats ont fait de ces poursuites systématiques contre le travail du dimanche un vrai business. Une simple union départementale de Force Ouvrière a admis en 2012 avoir engrangé plus de 2 millions d’euros grâce aux dommages perçus lors des condamnations d’entreprises pour non-respect de la loi sur le travail dominical, une somme qui lui a permis de s’offrir un nouveau siège départemental. Au détriment des emplois perdus, du pouvoir d’achat des travailleurs… et de la dynamique de croissance qui a besoin de toutes les ouvertures possibles.

 
 

Le gisement d’emplois découlant de ce jour supplémentaire est considérable. En décembre 2013, Philippe Houzé, président de l’Union du grand commerce de centre-ville, avait annoncé possible la création de 1 000 emplois pour le Printemps et les Galeries Lafayette, boulevard Haussmann pour la seule autorisation du travail dominical. Le Medef estime les nouvelles embauches à 300 000 en cas de libération du travail le soir et le dimanche. Un chiffre d’une telle ampleur améliorerait la confiance des ménages, réduirait les déficits sociaux et mettrait de l’huile dans les rouages de plus en plus grippés de l’économie française.

Ce gain de croissance faciliterait aussi la vie des Français. Avec l’abolition des frontières et des horaires grâce au Web, conserver ces blocages ancestraux n’apparaît pas seulement archaïque mais profondément contraire à l’intérêt des familles. Elles n’en peuvent plus de courir faire leurs courses samedi seul, d’autant que c’est souvent le jour des activités parascolaires des enfants… accompagnés par leurs parents. A moins de rêver d’un monde exclusivement numérique. Le rêve idéologique ou religieux n’a plus sa place au XXIe siècle dans un monde ouvert pour déterminer arbitrairement les modes de vie des citoyens français qui sont, faut-il le rappeler, majeurs et responsables. A eux de choisir librement s’ils veulent travailler ou non le dimanche.

Du point de vue salarial, ces postes du dimanche font le bonheur de tous ceux qui ne distinguent pas le dimanche d’un autre jour de la semaine, en particulier les étudiants et les passionnés heureux de pouvoir décaler leur jour de repos à un autre jour de la semaine pour vivre leur projet personnel. Ils ne sont pas seuls. Travailler le dimanche s’accompagne d’augmentations de salaire significatives, souvent le doublement. Comment ne pas comprendre que gagner plus en travaillant autant est un slogan porteur ?

La droite avait calé devant l’obstacle. La gauche au pouvoir, cette fois, est mobilisée. Laurent Fabius s’est déjà exprimé dans ce sens au printemps en évoquant le touriste à pouvoir d’achat important qui, s’il voit un magasin fermé dimanche, « ne va pas revenir le jeudi ». Un million et demi de touristes font vivre 7 % des emplois en France. Nous pouvons faire mieux pour ce public qui ne cesse de grossir, et dont le budget moyen augmente avec l’arrivée de l’Asie.

Le gouvernement doit aller rapidement au bout de sa démarche de simplification du mille-feuille réglementaire qui distingue les zones touristiques, les PUCE, les commerces par catégories autorisées ou non à ouvrir ce jour-là. Il doit aussi abolir l’interdiction incompréhensible du travail en soirée qui bride des activités également créatrices d’emplois. C’est une revendication des salariés concernés comme l’atteste par exemple Séphora. Cette complexité d’un autre temps serait risible si elle ne contribuait pas à tuer notre pays à petit feu. Encourageons le gouvernement dans ce sens : en avant pour la modernité !

Par Aurélien Véron
Article source dans L'Opinion