25 Novembre 2014

Personne Président !

« Il y a en France des ministres. On murmure même qu’il y a encore un Premier ministre. Mais il n’y a plus de gouvernement. Seul le président de la République ordonne et décide. » Ces mots de François Mitterrand restent aussi vrais aujourd’hui qu’il y a cinquante ans, quand le jeune député de la Nièvre publiait Le Coup d’Etat
permanent. Non sans une certaine ironie rétrospective, le futur successeur du général de Gaulle y expliquait comment « les usages d’un règne capricieux, élevés à la hauteur des principes, se perpétueront et le gaullisme pourra enfin, sous l’emblème repeint de la légalité, succéder à de Gaulle »… La Ve République inaugura l’ère de la « France personnalisée », où l’essentiel des pouvoirs se concentre dans les mains d’un homme, au mépris de notre tradition démocratique.

Mitterrand ne pouvait pourtant pas anticiper combien le passage au quinquennat allait rendre encore plus insupportable ce vice fondateur. Dans la mesure où les élections législatives ne représentent plus que l’écho affaibli des présidentielles, plus aucun débat sur les idées ou les programmes ne vient compenser la personnalisation totale du régime. La « peopolisation » de la vie publique, avec son cortège de clichés volés et fadaises psychologisantes, n’est que le reflet de cette aberration institutionnelle. On finit par croire que, pour gouverner, il faut du caractère, plutôt que des convictions. Voilà pourquoi, à mi-mandat, nous sommes déjà entrés en campagne, à droite comme à gauche. Une campagne qui ne comporte à peu près aucun autre enjeu que les candidats. Dépêche après dépêche, gros titre après gros titre, on voit inlassablement pérégriner, piailler et pérorer la poignée de crooners dont nous sommes familiers. Les politiques ont tué la politique. A peine aborde-t-on un sujet d’intérêt général qu’on vous somme de commenter l’âge de l’un, le tour de taille de l’autre, ou la petite enfance du troisième. Les meilleures intelligences technocratiques s’épuisent à travailler pour telle ou telle « écurie », en pariant sur le leader de demain. La campagne pour la présidence de l’UMP reflète assez bien cette folie collective. Les grands sujets de réformes économiques et sociales sont soigneusement mis de côté, et les électeurs transformés en public de téléréalité, départageant cruellement les finalistes.

Quelle extraordinaire patience ne nous faudra-t-il pas pour endurer encore deux ans et demi de « duels », de « positionnements », de « livres-confession » ? Tous les jours, les Français ennuyés regardent la sitcom de 2017. Tous les jours, ils continuent à vivre leur vie indépendamment de ceux qui prétendent les incarner, et se demandent quand, et comment, on résoudra leurs problèmes. Ce n’est pas un hasard si le Peterson Institute recommandait dans une note récente, pour améliorer la situation française, de réduire le Président à un simple rôle honorifique. Vite, une VIe République ! Redonnons le pouvoir au législatif ! Remplaçons les hommes par des idées ! Dépersonnalisons la France !

 

Gaspard Koenig dirige le think tank libéral GénérationLibre

Article source dans L'Opinion