04 Décembre 2014

Mesures pro-entreprises : la gauche est-elle sur le point de faire les réformes que la droite n'a pas faites ?

Sarkozy élu sans surprise à la tête d’une UMP en cessation de paiement. Avec un score qui sentirait un peu la période suspecte qui précède un dépôt de bilan. 64%. Avec ce score même Poutine aurait changé de pays ! Et face à lui, la relève. Qui relève les compteurs. "Bruno" va-t-il passer d’un "Le Maire" à un "Le Président" ? Mais la question que l’on n’attendait pas, en tant qu’entrepreneurs, est la suivante : Si Macron respecte son contrat avec la France, restera-t-il à la droite des mesures à proposer à la France ?

Pour nous autres entrepreneurs, qui entre "Parrainer la Croissance" et autres réseaux ("Entreprendre", "100 000 Entrepreneurs", "Comité Richelieu", "CJD"), avions œuvré vers la fin du règne de "Nicolas" en poussant Novelli à proposer de véritables mesures qui aillent au-delà de la simple création des auto-entrepreneurs, la déception fut grande.

C’était selon la droite "d’excellentes mesures", mais c’était "tout à fait impossible de les passer". La droite et la réforme pour l’entrepreneuriat, ce n’était pas "pour maintenant".

3 années plus tard, un ministre de "gauche", envoyé en missile éclaireur de la révolution intellectuelle socialiste, une grenade offensive à la main, prête à faire exploser les dogmes stupides d’une gauche trop attardée pour réaliser à quel point son électorat a changé, autant que la société, est en train d’appliquer "notre programme". En partie en tous cas. Mais ce qui est pris n’est plus à prendre, n’est-ce pas ?

Dans les jours à venir, des mesures propres à changer la météo économique vont être décidées. Nous aurions rêvé de mesures plus lourdes, plus fortes, plus ambitieuses, mais au pays de la médiocrité politique et du manque de courage, ces simples mesures représentent déjà un tsunami. Un petit pas pour les entrepreneurs, un grand pas pour la société. Il faut apprendre à être peu ambitieux pour ne pas se ruer sur le Prozac à chaque fois que le politique français bute sur la frontière du courage. A chaque fois qu’il vise ses pieds plutôt que la lune.

 
 

Il est temps d’agir. Le malade ne respire presque plus. Les spasmes que l’on peut observer chez le patient (bien impatient) sont le signe avant coureur d’un électro cardiogramme plat et non d’une agitation synonyme de vigueur et d’excitation, a savoir :

Un record de dépôt de bilan, avec plus de 63 000 sociétés passées par pertes et profits. Envoyées au cimetière des baleines par les dinosaures de la politique et leur incurie.

Un record de dépôt de bilan chez les commerçants, héritiers d’une politique qui ignore trop la demande.

Un record de taxation, avec un solde net négatif de 25Mds d’euros d’impôts supplémentaires, CICE déduit depuis 2011.

Un record de reculades sur le terrain social, écologique, sociétal.

Au milieu de cette pile de records sportifs qui pousseraient à la démission tout directeur sportif qui se respecte, apparaît néanmoins, frêle et fragile, à peine visible de l’observateur moyen, soumise au souffle destructeur de politiques d’extrême gauche ou extrêmement gauches, au sens maladroit du terme, une petite flamme. Cette petite flamme prend les formes suivantes :

Le professions réglementées. Un coup de pied dans ces lobbies qui font partie de ceux qui boquent la France, la fige dans le passé pour mieux résister à un avenir que leur manque d’innovation leur fait craindre. Espérons que les mandataires liquidateurs passeront les premiers au hachoir.

Le bûcher des fatalités pour ces bouchers de l’entrepreneuriat. Laissons l’air frais du numérique et de l’innovation entrer dans cette pièce lourde d’odeurs d’un autre temps. Taxis inclus. Mais en luttant avec les mêmes règles, que ce soit des règles aménagées ou dans le cadre d’une loi différente. La concurrence nécessite une règle commune pour être honnête.

Les 35 heures. Un débat ridicule à la Française, puisque ce qui pénalise le plus les PME, c’est la flexibilité et non la durée. Mais c’est une ouverture de porte dans laquelle il faut vite mettre le pied. Puis un second. Et enfin le corps frêle des 3.5M de PME françaises. Laissez les PME embaucher sans peur du licenciement et cette courbe qui refuse de se retourner, nous vous la retournerons façon tarte tatin. Audiard dans le texte.

Le travail dominical. Un débat que le simple amour et respect du principe de liberté devrait rendre caduque. Mais en France, la liberté ne va pas de soi. Elle se conquiert violemment et nécessite persistance et volonté. Il faut violer ceux qui ont emprisonné Marianne dans les tréfonds de la démagogie. Il suffirait de dire que ceux qui peuvent et veulent travailler puissent le faire.

Mais en France, il faut que ceux qui les représentent sans les connaître décident pour eux. La liberté oui, mais conditionnelle et surtout indirecte. Le Français ne sait pas. Il est bête. Il doit être représenté. La liberté sous curatelle, volée aux français par des technocrates, en détachement sans risque, dans la fonction politique, s’étiole dans les tiroirs en fer de la république !

BSPCE. Enfin, un débat sur l’actionnariat des salariés. La clé si simple et évidente d’un dialogue social renouvelé. La fin de l’opposition, le début de la vie commune entre entrepreneurs et salariés. Un mariage au lieu d’un conflit. Une entreprise d’intérêt commune. Les salariés/actionnaires pourront discuter d’égal à égal avec les actionnaires/entrepreneurs, sans se crêper le Prudhomme. C’est certainement plus intelligent que de vouloir instituer un représentant syndical dans les entreprises à partir du 1er salarié comme le demandent les syndicats. Et comme serait prêt à le concéder un MEDEF peut connaisseur des PME.

Dans ce ciel qui semble pouvoir avoir le potentiel éventuel de l’éclaircissement, nos cumulus sont les suivants :

La reculade. Le film le plus joué en politique. Le prix de la lâcheté et de la compromission. Nous verrons ce qu’il en sera. Nous avons si souvent vu arriver ces réformes toutes habillées et repartir simplement parées de leur titre, sans chapitre derrière. Des réformes squelettes témoins d’une volonté avortée.

La cotisation pour les syndicats. En catimini, le Batman fiscal s’est encore abattu pour financer ces parasites qui nuisent et détruisent. Le gouvernement et les syndicats patronaux et salariaux, unis dans le crime (bien que le Medef appelle à la grogne, siffler la fin de la récrée et réclame des économies et des réformes), ont taxé via l’URSSAF, une cotisation destinée à financer les syndicats. Notamment les CGT, FO et autres CFDT, qui tout mouillé représentent moins de 6% des salariés. Cela me rappelle une phrase écrite sur les plaques minéralogiques des citoyens de Washington DC "taxation without representation", pour rappeler qu’ils payaient des impôts sans avoir le droit de vote.

Nous avons introduit une déclinaison du principe. Taxés pour des parasites qui ne représentent rien. La prime à la paresse et à la rente. J’ai honte pour mon pays. Seule consolation, cela participera à la relance du bâtiment, car permettra ainsi, non plus seulement au patron de la CGT, mais à tous les dirigeants syndicaux de refaire leur appartement.

La "non écoute" des entrepreneurs. Quand nous écoutera-t-on ? Pourquoi ne sommes-nous pas consultés ? Nous les entreprises du numérique notamment, qui créent des emplois pendant que la CGT les tuent partout où elle le peut, de GoodYear à la SNCM ? Nous qui avançons pendant que les politiques reculent ? Cherchez au MEDEF ou à la CGPME les entreprises du numériques, start-up et géants naissants. Show Room Privé, Oscaro, Attractive World, Spartoo, toutes ces entreprises qui ont su passer de 0 à 2Mds d’euros de CA en moins de 10 ans. Elles ne sont pas représentées. Quand écoutera-t-on ce qui font et non ceux qui parlent ? Ce serait l’esprit dans une démocratie normalement constituée.

Mais voilà, dans une société de la consanguinité, les élites se parlent dans leur miroir, persuadées de représenter le bien commun, qui se résume souvent à leur bien propre. A nous d’y imposer notre "linge sale". A nous les gueux, qui créent, croissent et paient leurs impôts en France de crier dans l’hygiaphone afin d’être entendus derrière les murs épais et insonorisés des bunkers publiques.

Emmanuel Macron, François Rebsamen et Sapin, qui avant Nöel vient de décréter, après 20 ans d’attente dans mon petit soulier d’entrepreneur, la non rétroactivité fiscale, nous prions, croyant ou pas, pour que nous alliez au bout des réformes que la droite n’a pas faites. Comme quoi, pour un boxeur droitier comme moi, c’est parfois la gauche qui peut mettre KO. OK ?

Par Denis Jacquet, Délégué National à l'Entreprise et Président de Parrainner la Croissance

Article source dans Atlantico