17 Avril 2015

La Grèce a le choix entre traitement de choc ou sortie de l'euro

Il y a peu de chance que la Grèce rembourse sa dette. Les différents gouvernements n'ont pas appliqué, comme en Irlande, la politique qui aurait pu permettre de renouer avec une croissance durable. Pire, celui d'Alexis Tsipras a engagé un bras de fer dangereux avec Berlin et Bruxelles qui ne peut qu'aggraver la situation de la république hellénique.

La Grèce ne remboursera pas sa dette. Même si elle le voulait, elle en serait bien incapable. Pourtant, elle ne lui coûte pas bien cher. La plupart des institutions prêtent à la Grèce à des taux très bas, voire nuls, ce qui maintient le poids de ses intérêts proche de celui de la France. Huit euros sur dix sont aux mains d'institutions publiques comme le FMI, la BCE ou le mécanisme européen de stabilité (MES) depuis qu'elle a bénéficié d'une aide de 347 milliards d'euros, deux prêts de 110 et 130 milliards et un effacement de dette de 107 milliards. Cela représente l'équivalent d'une fois et demi son PIB ou de 31.000 euros par Grec. A l'échelle de la France, cela représente plus de 3.000 milliards d'euros. Son endettement est remonté à 175% du PIB, car son addiction aux déficits n'a pas été soignée. L'économie grecque est restée plombée par une dépense publique excessive et une économie archaïque. Ce pays n'a toujours pas admis la réalité.

Tous les gouvernements grecs ont menti

Les gouvernements grecs nous ont tous menti bien avant même de rentrer dans l'euro. Entre 1997 et 1999, la Grèce trafique déjà les chiffres. Son déficit n'est pas tombé de 4% à 1,8%, sous la barre fatidique des 3%, mais de 6,6% à 3,4% grâce à une comptabilisation inventive des commandes d'armement et à des excédents surestimés des caisses d'assurance sociale. A la manœuvre, la banque américaine Goldman Sachs. Nous la retrouvons en 2001, juste après la rentrée d'Athènes dans l'euro, en train d'aider le gouvernement grec à emprunter des milliards sans rentrer dans le radar des autorités européennes. Pendant dix ans, la Grèce emprunte aux taux allemands.

 
 

Mais au lieu d'en profiter pour adapter son économie à la mondialisation, elle embauche des fonctionnaires et construit des infrastructures vides. Elle dépense 20 milliards d'euros pour les Jeux Olympiques de 2004 dont il ne reste pas grand-chose. Début novembre 2009, une équipe de Goldman Sachs propose à nouveau à Athènes un montage pour repousser à un avenir lointain le poids de la dette sociale. Il n'a pas été retenu cette fois. Trois mois après, la crise grecque menaçait de faire exploser l'euro. Qui a encore envie de faire confiance à un pays aussi irresponsable avec les chiffres... et l'argent du contribuable européen ?

L'Irlande, elle, a eu une croissance de 4,8% en 2014

L'arrivée du gouvernement d'Alexis Tsipras devait changer la donne. Nous avons surtout eu droit à un renforcement de l'addiction à la dépense publique. Quant aux mesures, elles sont toutes à l'opposé des préconisations faites par les pays tirés d'affaire : gel des privatisations en cours, limitation des licenciements collectifs, hausse du salaire minimum, etc. Egalement au bord de la faillite il y a cinq ans, l'Irlande a au contraire choisi la thérapie de choc pour retrouver une économie agile. Résultat, le tigre celtique rugit à nouveau avec une croissance de 4,8% en 2014.

Mais la Grèce préfère l'anti-jeu, forçant l'Allemagne à engager un bras de fer infernal avec son gouvernement pour lui faire comprendre qu'il doit respecter les engagements pris par les gouvernements antérieurs conformément aux règles de l'Union européenne. Après avoir failli oublier d'envoyer son programme officiel de réformes en temps et en heure à l'Eurogroupe - prétextant la perte du courrier officiel par la Poste -, la Grèce a transmis en urgence un texte flou, sans aucun chiffre, écrit sur un coin de table.

 Menace d'une ouverture des frontières à l'immigration

Le ministre des Finances Yanis Varoufakis, l'homme qui tient le budget de la Grèce, n'a cessé de jouer, de mentir et d'insulter ses partenaires, en particulier les Allemands. Depuis qu'il est au gouvernement, il ne cesse d'envoyer des messages tantôt railleurs, tantôt insultants aux Allemands. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schauble, ne peut tellement plus voir son homologue grec que les réunions se font à distance. Les Grecs reviennent aussi sur le conflit de la Seconde guerre mondiale, et exigent des réparations fantasques, brandissant des menaces tout aussi grotesques.

Pans Kamménos, le ministre de la Défense grec, a ainsi proposé le 9 mars d'ouvrir les frontières à l'immigration et de « détourner vers l'Allemagne le flot de réfugiés et de demandeurs d'asile », ajoutant « et tant mieux si, parmi ces migrants, se trouvent des djihadistes de l'État islamique. » Le 11 mars, c'est au tour du ministre grec de la Justice, Nikos Paraskevopoulos, de suggérer la saisie des biens immobiliers allemands à Athènes, en particulier l'Institut Goethe et l'Institut d'archéologie. Athènes prend avec autant de légèreté l'Union européenne. Très récemment, les Allemands ont même découvert que les retraites des Grecs étaient supérieures aux leurs... payées notamment avec leur argent.

 On ne fait pas décoller une économie en faisant payer beaucoup d'impôts

La première priorité du gouvernement grec, c'est la lutte contre la fraude fiscale. Mauvais pari, personne n'a envie de financer ces incapables, pas plus les Grecs que les Européens. Et nous sommes bien placés en France pour savoir que ce n'est pas en faisant payer beaucoup d'impôts aux contribuables qu'une économie décolle, bien au contraire. L'enjeu pour ce pays, c'est de simplifier massivement les réglementations du travail et la fiscalité - flat tax -, de trancher dans les bureaucraties pléthoriques surtout occupées à récolter de l'argent auprès des citoyens et des entreprises grecs dans un univers de corruption généralisée.

La Grèce a tout de même réussi une prouesse, faire rire les technocrates de Bruxelles avec sa proposition de faire des touristes des espions du fisc. Après tout, Arsitophane a bien fait de la Grèce le berceau de la comédie il y a presque 2000 ans.

Passer de l'Ouzo à la Guinness

Athènes se trouve devant une alternative. Basculer d'elle-même de l'ouzo à la fameuse bière pour avoir le courage de s'appliquer le traitement de choc de l'Irlande. Ou être sortie de la zone euro par une Allemagne qui commence à voir dans l'euro une source inépuisable d'ennuis. Compte tenu du comportement vicieux du gouvernement grec, le scénario du retour à la vertu est de plus en plus improbable. Et sa dette ? Nous savons déjà qu'elle ne remboursera pas.

Par Aurélien Véron, président

Article source dans La Tribune