13 Avril 2015

Un joint
 contre le cancer

Dans une société agitée, crispée, agressive comme la nôtre, la consommation du cannabis devrait être une cause nationale. On se demande quelle mouche a piqué la poignée de députés qui, en 1970, décidèrent, dans une optique explicitement prohibitionniste et répressive, d’interdire l’usage d’une substance modérément addictive, aux effets largement documentés puisque sa culture remonte à l’âge de pierre (et aurait facilité, disent certains, le développement des arts et techniques). Comme toujours, l’Etat se mêle indûment de ce qui ne concerne que l’individu, et le rapport qu’il entretient avec son propre corps.

Aujourd’hui, la légalisation est une tendance mondiale, de l’Uruguay à l’Alaska, dernier Etat américain en date à franchir le pas. En France, elle permettrait de couper net une grande partie du trafic, d’affecter les forces de police à des missions peut-être plus importantes que de fouiller les poches des passants, de fournir aux quatre millions de consommateurs des produits à la qualité mieux contrôlée, et de mettre en place de véritables politiques de santé publique autour de l’information et de la prévention. De plus, un rapport récent de Terra Nova estime à 1,7 milliard d’euros le gain pour les finances publiques. Les petits dealers deviendraient des entrepreneurs assujettis à la TVA.

 
 

Et qui sait si de nouvelles inventions ne naîtraient pas de la redécouverte du chanvre ? Le premier modèle de Ford-T était conçu pour rouler à l’huile de cannabis… tandis que récemment, une compagnie canadienne a testé avec succès la Kestrel, première voiture construite à partir de chanvre : un rêve écologique. Demain, la fumette remplacera-t-elle la fumée des pots d’échappement ? L’agriculture française y gagnera-t-elle de nouveaux débouchés ?

Ces considérations somme toute assez théoriques ont crûment rencontré la réalité lorsqu’une amie luttant contre une récidive de cancer horriblement douloureuse m’a expliqué que seul un certain dérivé de cannabis la soulageait. La voilà donc réduite à dépenser des sommes extravagantes, en passant par des intermédiaires douteux, pour se procurer un produit qui devrait être remboursé par la sécurité sociale. La loi liberticide peut devenir criminelle.

Si nos législateurs ont une nouvelle fois refusé, l’année dernière, d’autoriser la consommation du cannabis à but « récréatif », son usage thérapeutique ne devrait même pas faire débat. Des documents datant du troisième millénaire avant Jésus-Christ témoignent que les Chinois utilisaient déjà le cannabis dans le traitement de la goutte ou des rhumatismes. Des philosophes tels que Démocrite ne se cachaient pas d’y avoir recours. Les vertus analgésiques des cannabinoïdes sont bien connues. Aujourd’hui, certains médecins estiment même que le cannabis pourrait directement permettre de lutter contre le cancer.

Un amendement permettant d’étendre l’usage thérapeutique du cannabis, sur le modèle par exemple de la Suisse, est aujourd’hui à l’étude dans le cadre du projet de loi santé. Le gouvernement s’y est d’ores et déjà opposé. C’est une insulte à ceux qui souffrent.

Gaspard Koenig est conseiller national et président du think tank libéral GénérationLibre

Article source dans L'Opinion