01 Janvier 2010

Une vraie ambition pour la Guadeloupe

Les émeutes en Guadeloupe exigent le rétablissement de l’ordre mais aussi l’écoute attentive des revendications locales. Cette crise résulte d’un sous-développement économique entretenu par une fiscalité confiscatoire, une politique d’aide qui décourage le travail et des monopoles détenus par quelques familles « békés ». Ceux-ci imposent aux Guadeloupéens de toutes origines des biens exclusivement issus de la métropole à des prix très excessifs. Ces situations de rente sont aussi inacceptables que l’aide annuelle aux DOM TOM qui s’élève à 16 milliards d’euros, soit 9.000 euros par habitant. Il est temps d’ouvrir les monopoles qui bloquent l’économie locale, et de réduire les subventions directes ou indirectes qui ont prouvé leur inutilité. Libérée de ses carcans administratifs et monopolistiques, la Guadeloupe a un potentiel économique important à tirer de sa proximité avec le continent américain.

S’il est triste d’attendre les émeutes pour rouvrir ce débat récurrent, il n’est pas tolérable que les Guadeloupéens soient pris en otages par le LKP pendant plusieurs semaines. En choisissant la voie de la violence, ce mouvement d’ultra-gauche a pris le risque d’être débordé par ses éléments les plus radicaux, et d’aboutir à des drames. Ce n’est pas un hasard si Olivier Besancenot, qui partage la même admiration du Che que le président du LKP, tente de récupérer le mouvement pour tenter de déstabiliser le pouvoir. Il est urgent que l’ordre soit restauré par les pouvoirs publics. Mais cela ne règlera pas les problèmes structurels de la Guadeloupe.

Le département souffre d’un taux d’activité trop faible. A côté, les fonctionnaires bénéficient de 40 % de prime sur leur salaire de référence, notamment les journalistes de RFO qui ont d’autant plus de mal à en contester le principe. Plutôt que de s’attaquer aux rentes de situation à l’origine du blocage de l’économie locale, les gouvernements successifs ont préféré acheter une paix sociale bien superficielle à coup de subventions. Mais la manne venue de métropole a renforcé les tensions sociales en encourageant l’inactivité et en allant directement dans les caisses des monopoles locaux. Enfin, les taxes telles que « l’octroi de mer » contribuent aussi à limiter le développement de l’île. Ce sont ces verrous qui doivent être débloqués.

Devant les drames qui frappent la Guadeloupe aujourd’hui, qui peut encore aujourd’hui accepter la politique de l’autruche des gouvernements successifs ? Le terreau actuel ne peut qu’entretenir les rancoeurs mutuelles, teintées de racisme latent, entre noirs et békés. Il est temps d’apporter une vraie liberté aux départements des Antilles. Le temps n’est plus au bricolage mais à la refondation du lien qui unit ce département à la métropole.