18 Janvier 2010

Le gouvernement lance un fonds plus spéculatif que souverain

Nicolas Sarkozy a annoncé le lancement d’un fond souverain français doté de 20 milliards d’euros. La France ne dispose hélas pas des ressources adéquates pour le financer. Est-ce bien raisonnable d’endetter une fois de plus les Français pour spéculer à crédit ? L’Etat se considère-t-il plus compétent que les professionnels des marchés financiers pour s’engager dans ce type d’opérations à effet de levier ? En cherchant à ériger ainsi une ligne Maginot pour protéger nos entreprises des prétendus « prédateurs étrangers », le gouvernement fait fausse route et met en péril notre économie. Pour assurer le retour de la croissance et assurer leur développement, nos entreprises ont besoin des capitaux étrangers, des marchés extérieurs et, surtout, de vraies réformes.

Les fonds souverains permettent à des pays disposant de ressources énergétiques ou d’une balance commerciale très largement excédentaire de recycler leur épargne nationale en investissements de longue durée. En France, nous avons un déficit public annuel proche de 50 Mds d’euros, et un fort endettement public, sans même parler des engagements de retraite qui n’apparaissent pas au bilan de l’Etat. Par conséquent, il n’est pas raisonnable d’accroître cet endettement de 20 Mds pour démarrer ce fonds qui s’annonce surtout spéculatif avec un fort effet de levier.

Par ailleurs, on expose le contribuable à un double risque si on substitue une gestion plus politique à l’approche économique. Celui de l’inefficacité de l’action du fonds, et celui d’encourir des pertes. Ces 20 Mds d’euros sont dérisoires face aux milliers de milliards des fonds souverains, des fonds de pension et des autres acteurs financiers majeurs. Ces décisions non économiques risquent d’aboutir à des pertes importantes qui viendront alourdir davantage la dette publique qui n’en a pas besoin. Surtout si elles sont prises par des fonctionnaires qui ne maîtrisent pas la gestion du risque. 

Enfin, plutôt que de qualifier les investisseurs étrangers de « prédateurs », n’oublions pas qu’ils représentent avant tout une aubaine pour obtenir davantage de capitaux et ouvrir de nouveaux marchés. Rappelons qu’EDF n’hésite pas à acheter des fleurons énergétiques étrangers, et que la banque française BNP Paribas a réalisé une belle opération dans son développement en rachetant la banque Fortis de l’Etat belge, qui n’a pas ce genre de préjugé. Alors que nos entreprises disposent d’un fort potentiel de croissance avec leurs capacités d’exportation et de développement à l’étranger, le repli protectionniste pourrait bien les étouffer davantage. 
 

Plus que jamais, les entreprises françaises doivent être libérées de leurs entraves actuelles. C’est la condition essentielle pour que notre économie s’en sorte le plus vite et que l’emploi reparte. L’urgence est à la simplification du marché du travail et à l’allègement des prélèvements et des charges administratives pesant sur leur activité. Assumons enfin nos talents, et profitons des ouvertures qu’offre la mondialisation !