12 Janvier 2010

Grand emprunt, une coûteuse erreur

La commission Juppé-Rocard devra définir les champs d’application du futur grand emprunt d’Etat. Sans même revenir sur l’incohérence de la méthode – choisir d’emprunter avant même de savoir pourquoi, combien ou comment – le Parti Libéral Démocrate doute de l’utilité de recourir une fois de plus à la dépense publique et à l’endettement. Est-il judicieux d’alourdir la dette alors qu’elle menace d’approcher, selon le FMI, 100 % du PIB d’ici 5 ans ? Enfin, le mauvais bilan du planisme d’Etat des dernières décennies doit nous inciter à la prudence.

Les quelques réussites mises en avant par les promoteurs d’une politique industrielle méritent d’être relativisées. En effet, le succès du nucléaire ne doit pas faire oublier l’ignorance entretenue autour du coût à venir et des démantèlements et du renouvellement des centrales. La réussite affichée du TGV s’est faite au détriment du développement d’autres activités ferroviaires plus abordables, et notamment des infrastructures de ferroutage. Et que dire des échecs retentissants que furent les plans calculs, acier ou encore machine-outil, qui ont mis fin définitivement au développement de ces secteurs en France ?

Le processus d’attribution des aides favorisera les groupes les plus puissants, proches du pouvoir ou au lobbying performant. Chaque ministre jouera de son influence pour montrer ses capacités d’action et répondre aux sollicitations de ses réseaux. Une fois de plus, nos PME seront évincées de cette orientation arbitraire de capitaux que l’Etat attribuera aux projets les plus médiatiques et les plus politiques, plutôt que dictés par les attentes directes et réelles des Français. Le capitalisme de connivence promet d’être le moteur du deuxième plan de relance.

Cette vision planiste reste au cœur des politiques qui ont conduit la France à la traîne des pays développés. Afin de sortir de cette ornière, il convient de revoir la stratégie industrielle de L’Etat. Plutôt que de jouer aux entrepreneurs, il doit se recentrer sur sa première mission qui consiste à garantir la liberté des acteurs économiques en assurant leur sécurité par un environnement juridique, fiscal et social stable. La multiplication des impôts ou la mise en place de nouvelles usines à gaz administratives nous en éloignent.

Bref, le grand emprunt envoie un signal négatif aux entreprises et aux ménages, persuadés de l’alourdissement à venir de leur fardeau fiscal. Les Français étaient 55 % à se déclarer hostiles au grand emprunt dans le sondage BVA-BPI publié dans les Echos le 8 juillet. L’Etat doit en tirer les conséquences et au contraire réduire ses dépenses et la dette pour rassurer les Français et améliorer notre compétitivité.