17 Avril 2011

Explosion des salaires des grands patrons : et si on respectait les règles libérales?

Oubliée la crise pour les dirigeants américains, leurs rémunérations sont reparties à la hausse en 2010. Et si le scandale n'était pas dans le niveau de leurs salaires mais dans les conditions de leur obtention ? Pour revenir à une économie plus juste et plus prospère, l'Etat comme les grands groupes devraient respecter les règles du libéralisme.

La trajectoire de la dette publique rend une baisse d’impôt imLes rémunérations des dirigeants des 200 premières entreprises américaines sont repartis à la hausse de manière conséquente en 2010 avec une augmentation de 12% du salaire médian. Cette progression, au milieu d’une économie morose, provoque les traditionnelles envolées lyriques d’égalitarisme néo marxiste, horizon indépassable de la pensée économique en France. On se trompe de procès.

D’un point de vue libéral, ces augmentations seraient légitimes si tous les acteurs concernés avaient librement consentis à l’échange suivant des règles justes. Ce critère n’est hélas pas rempli pour un certain nombre des heureux élus de cette liste. C’est tout le problème.

Distorsions monétaires en faveur des grands groupes

Le premier soupçon vient des bénéfices de ces entreprises. Les grosses entreprises sont les premières bénéficiaires de la politique monétaire ultra laxiste de banque fédéral américaine. Le flot de liquidité qui inonde la planète arrose en premier lieu les acteurs importants qui bénéficient ainsi d’une capacité d’endettement élevé. Cet avantage comparatif n’est pas, bien sûr, consenti par ceux qui en sont les victimes : les particuliers, les petites entreprises utilisant une monnaie de singe. Sans cette manne, il est probable qu’une partie des 200 grosses entreprises américaines serait dans le rouge, et que les augmentations des dirigeants n’auraient pas ce coté euphorique.

Des subventions étatiques au secours des bonus

D’autre part, une partie de ces sociétés ont reçu des aides directes ou indirectes massives de l’Etat. Goldman Sachs ou Capital One, par exemple, n’auraient en aucun cas survécu à la crise si le contribuable américain, riche comme pauvre, n’avait pas été obligé de payer les pots cassés. La clause d’un échange librement consenti est dans ce cas un vague souvenir, comme celle d’ailleurs de l’application de règles justes. Dans un système libéral, ces entreprises auraient fait faillite, et compte tenu de l’ambiance judiciaire américaine, ses dirigeants sans doute fait face à des poursuites. Là encore, il est probable que leur bonus de fin d’année n’auraient pas fait noircir beaucoup de lignes...

Des propriétaires sans pouvoir sur leur propriété

Certaines difficultés concernent ensuite uniquement les propriétaires de ces sociétés : les actionnaires petits comme gros. Les conseils d’administration sont-ils vraiment les instances les mieux adaptées pour fixer les rémunérations des dirigeants? Leur composition et le mode de nomination de leurs membres ne sont-ils pas propices à l'établissement de liens incestueux au détriment de l’intérêt des actionnaires et de l’entreprise elle-même ? Cette situation est d'ailleurs encore plus problématique en France avec la consanguinité avérée des conseils d’administration que l’Etat Français encourage à travers les grands corps et les grandes écoles. La tendance aujourd’hui, aux USA comme en Grande Bretagne, est de permettre aux actionnaires d’émettre des avis sur la rémunération des dirigeants. Ce retour en force des actionnaires (Say on Pay) a déjà provoqué plusieurs remises en cause de rémunérations jugées excessives pour des résultats douteux. Ce mouvement ne fait que commencer.

Une indignation mal ciblée, écran de fumée des vrais scandales

L’indignation sur ces augmentations -qui épargne d’ailleurs bizarrement les rémunérations des joueurs de foot, des stars de cinéma ou chanteurs pour adolescentes- se trompe donc de cible. Chaque personne est libre de faire usage de son talent sans devoir répondre en permanence devant un tribunal social, improvisé par des juges autoproclamés guidés par l’envie ou l’égalitarisme. Les profils pour occuper ces postes sont très exigeants, pointus et nécessitent un investissement aussi important qu’un sportif de haut niveau. Des "Steve Jobs" anonymes décuplent effectivement la valeur de leur entreprise et leurs rémunérations ne sont pas volées dans un cadre libéral. Le problème ne porte donc pas sur les gros salaires des patrons en soi, mais sur les conditions de leur obtention.

Cette indignation sélective et tonitruante masque ainsi les réelles distorsions monétaires, institutionnelles et réglementaires dont profitent indirectement certains dirigeants au détriment des actionnaires ou parfois de la société toute entière. Ces distorsions non-libérales sont à la fois profondément injustes et destructrices de valeur. C’est ce chantier de réforme qui doit être ouvert, contre les intéressés eux-mêmes bien sûr, et contre les idiots utiles néo marxistes de la lutte des classes.

Publié par Atlantico