12 Juillet 2012

Flexisécurité : protéger les emplois plutôt que les personnes

Le sommet social n’a satisfait personne, en plus d’avoir été profondément ennuyeux. Sur la question attendue de la « flexisécurité », cette flexibilité de l’emploi adossée à une protection forte, rien de neuf n’est apparu sous le soleil, ou plutôt la pluie parisienne. La France reste le dernier pays d’Europe engoncé dans des réglementations du travail infernales. C’est sans doute pour cette raison que Laurence Parisot est ressortie inquiète de ces multiples tables rondes. Surtout qu’elles ne font qu’ouvrir un long processus dont personne n’attend grand-chose d’autre que de nouvelles taxes et de nouvelles complications pour les entreprises.

Le Medef a proposé un droit conventionnel prenant la forme d’un « accord de mobilité professionnelle individuelle sécurisée ». Tout salarié pourrait abandonner son employeur pour un nouvel emploi, et décider plus tard de revenir vers lui tel l’enfant prodigue. L’idée n’est pas inintéressante même si elle est compliquée à décortiquer et à comprendre. Mais elle butte sur ce fameux principe qui oppose malheureusement syndicats de salariés et syndicats patronaux, la flexibilité.

La France est le dernier pays à combiner une réglementation pléthorique du travail et une instabilité judiciaire source d’angoisse pour les employeurs. Bien que ces murailles soient censées protéger les salariés, ces derniers se sentent plutôt moins rassurés que dans les pays sans aucune protection réglementaire. Malgré la crise et la remontée du chômage, on y trouve beaucoup plus aisément un emploi qu’en France où l’embauche constitue une prise de risque importante. En France, il est bien plus facile de divorcer que de licencier.

Certes, on peut insister sur l’inadaptation de la formation initiale et continue qui complique singulièrement « l’employabilité » des Français, soit qu’ils ne disposent pas des compétences attendues par les employeurs, soit que la reconversion soit rendue difficile à cause du gâchis tragique de la formation continue (presque 25 milliards d’euros) qu’il faudra un jour entièrement reconcevoir.

En attendant, les décideurs politiques doivent rapidement choisir entre le maintien de carcans qui protègent (mal) les emplois, et leur remplacement par un cadre qui protège (mieux) les personnes. L’angoisse n’est pas tant de perdre son job que de ne pas en retrouver un dans notre pays. Ce n’est pas un hasard si nombre de jeunes choisissent de s’expatrier vers des cieux plus flexibles, et donc plus prometteurs en termes d’emplois. Leur intuition est justifiée. A la veille d’une aggravation attendue du chômage, chaque mois de tergiversations coûtera cher aux Français.

L’argument de la défiance ne tient pas la route. La vision du patron inhumain et des salariés exploités ne colle pas à la réalité que connaissent les Français. Les cas existent, bien entendu. Mais dans une société où la recherche de produits et de services à forte valeur ajoutée est primordiale pour tenir face à la concurrence, rompre la confiance des salariés et casser leur motivation par des ruptures brutales et injustifiées de contrat de travail est humainement et économiquement contreproductif pour un employeur normalement constitué.

Quand mettrons-nous fin à la jungle des 38 formes de contrats de travail et des 27 régimes dérogatoires pour une ou quelques formes très simplifiées, contrat simple renforçant la protection avec l’ancienneté, contrat de mission, intérim, indépendant sur le mode auto-entrepreneur par exemple ? Quand substituerons-nous des pénalités claires et purement financières à la judiciarisation des licenciements, source d’incertitude préjudiciable à l’emploi ? Les patrons, en particulier petits et moyens, ont besoin de simplicité et de lisibilité dans les contrats et le coût de leur rupture pour investir et augmenter la voilure sans crainte de devoir la replier si besoin.

Publié par Atlantico