30 Juin 2017

France insoumise : la tentation d'un nouveau fascisme rouge

Après la campagne remarquable de Jean-Luc Mélenchon, le messie rouge et ses apôtres sont rentrés à l’Assemblée Nationale par la grande porte. Depuis des mois, la horde aux 2,5 millions d’électeurs tient presque plus de place dans les médias que la République en Marche aux 6,3 millions d’électeurs.

Tribune d'Aurélien Véron parue dans atlantico le 30 juin 2017

Ils ont le micro, ils ne sont pas près de le lâcher. Habitués à l’agit-prop au milieu de foules déchainées, ils nous promettent un sacré barouf au Palais Bourbon.

Contrairement au FN qui n’a pas franchi la barre fatidique malgré son score supérieur, les 17 élus insoumis formeront un groupe parlementaire. La représentativité ne paye décidément pas. Les mêmes grands médias qui ne cessent de dénoncer le danger du FN, trouvent que les Insoumis ont fière allure. Bravaches mais généreux, excessifs mais éclairés. Et si ces mêmes médias – qui n’ont pas vu venir leur succès – ne se trompaient pas lourdement sur la menace que constitue les Insoumis ? Ces adeptes de l’Internationale ne défendent-ils pas l’indéfendable en soutenant des idées et des régimes mortifères ?

Le patron de la meute rouge a annoncé la couleur dès ses premiers pas dans l’hémicycle. Regardant le drapeau européen voisin du drapeau tricolore, il a déversé tout son mépris pour l’Europe : « franchement, on est obligés de supporter ça ? ». Qui l’a entendu broncher de la sorte lorsqu’il encaissait chaque mois ses 12.826,05 euros d’indemnités de député européen ? Le drapeau européen imprimé sur ses bulletins de rémunération ne l’a jamais dérangé durant ses 8 années de mandat. Certes, il fuyait l’Union européenne autant qu’il le pouvait, ressortant classé 677ème sur 764 par VoteWatch en 2016 pour sa participation aux votes. Il n’a même jamais participé aux réunions de la Commission des affaires étrangères dont il était vice-président – malgré l’indemnité supplémentaire. Pour Jean-Luc, empocher n’implique pas de participer.

François Ruffin, lui, le joue autrement. Refusant d’entrée de jeu de respecter le protocole et le Président de l’Assemblée nationale – qu’il n’applaudit pas -, il annonce qu’il ne gagnera que le SMIC et versera le reste à « des œuvres ». Certes, il dispose « d’autres sources de revenus » selon Alexis Corbières, il ne faut pas pousser non plus. Nous verrons vite s’il est plus assidu que son parrain dans l’hémicycle. Clémentine Autain n’a pas eu les « pudeurs de gazelle » de son camarade. Elle a annoncé qu’elle profiterait à plein de ses indemnités : « Non, je ne me paierai pas au SMIC (…) être député implique beaucoup d’engagements et de travail ». La classe ouvrière smicarde appréciera. Pourquoi ne pas admettre qu’un député doit être bien payé parce que les compétences et la responsabilité qu’on exige de lui sont élevées ? Dans l’auberge Mélenchon, les figures de proue sont décidément majors au concours d’hypocrisie !

Ces petits arrangements avec la réalité ne sont pas bien graves. Le rejet de la démocratie et de ses contrepouvoirs sont bien plus inquiétants. A l’instar des Le Pen, Mélenchon joue outrageusement sur l’émotion. Rappelez-vous le 9 avril à Marseille, terre de son parachutage à venir. Devant des dizaines de milliers de soutiens et des dizaines de drapeaux tricolores, son discours avait du souffle. Mi poète, mi rock star, on était venu de loin pour voir le spectacle : « La mer, ce cimetière, écoutez la mort de ceux qui voulaient s’arracher de la misère, les mains nouées, la gorge serrée ». Il demande le silence qui « ira comme un chant d’amour pour sécher leurs larmes contre nos cœurs ». Qui n’aurait pas versé une larme devant ce petit père des peuples sur son estrade, la mèche dans le vent (de la Méditerranée) ?

Son projet politique se révèle pourtant terriblement dangereux. Bien plus dangereux que celui du FN qui atteignait déjà un rang élevé sur l’échelle de la nocivité. Ce n’est pas pour rien si Marine Le Pen s’est vue reprocher de s’aligner sur le programme de Mélenchon. Alignement trop mou, trop respectueux de la démocratie sur laquelle ce dernier s’asseyait, lui, sans tergiverser. Lui aime bien la violence, à commencer par la violence verbale. 

A la mort du patron de Total dans un accident d’avion en 2014, le membre du bureau national du PS Gérard Filoche tweete « Margerie est mort. Famille Taittinger en deuil. Les grands féodaux sont touchés. Ils sont fragiles. Le successeur nous volera-t-il moins ? » Ajoutant : « Un hommage à l'humain? Oui! Au suceur de sang? Non ». Ce goût du sang est tout à fait conforme aux valeurs de Mélenchon qui lui offre « l’asile politique » au cas où le PS prendrait des sanctions (méritées). Il est aussi adepte de la brutalité physique.

Adepte des manifestations et des démonstrations de force dans la rue, il n’est pas pour rien un grand admirateur du modèle socialiste vénézuélien. Selon qu’il est du bon ou du mauvais côté du manche d’ailleurs, son rapport aux brutalités policières est à géométrie hautement variable. S’il manifeste contre les violences policières en France, il cautionne la police vénézuélienne tirant sur la foule. Il faut dire que s’il devait arriver au pouvoir – il n’en est pas passé loin le 23 avril -, la longue liste d’expropriations promises nécessiterait rapidement l’intervention musclée des forces de police… voire de l’armée. 

Nationalisations à outrance au détriment des actionnaires, confiscation des hauts salaires au travers d’un impôt de 100% sur le revenu, répudiation de la dette publique et fin de la vie à crédit (qui osera alors prêter à la France pour payer les salaires des fonctionnaires ?)… Imaginez l’implosion de l’assurance vie, les patrimoines laborieusement constitués balayés d’un coup de menton, l’exode de masse. Les professionnels des défilés d’extrême gauche n’auraient pas intérêt à montrer le bout de leur nez avant que la police n’ait nettoyé les rues encombrées de ces Français spoliés en colère. Comme à Caracas.

La misère assurée par ce programme choc promettrait de s’accompagner d’une purge violente de la presse jugée elle aussi « insoumise ». Mais insoumise à Mélenchon, ce qui n’a rien de comparable pour cet autocrate en puissance. Il suffit d’observer la façon dont Mélenchon traite les journalistes qui osent lui adresser des questions délicates pour mesurer la chance qu’ils ont qu’il ne soit pas au pouvoir. En mars dernier : « Jette-moi ça dehors », « vous avez vu ce sale con ? », « vermine du FN ». 

Pourtant, la presse complaisante continue à le dépeindre comme un gentil agitateur d’idées. Contrairement à Marine Le Pen la pestiférée, il reste un rêveur qui secoue malicieusement un système un peu sclérosé. Qui osera dire que Mélenchon et ses chemises brunes tirant sur le rouge représentent la principale menace pour notre démocratie ? Qui ose avancer qu’en cas d’échec d’Emmanuel Macron, l’alternative liberticide de France Insoumise pourrait bien franchir les portes du pouvoir au seuil desquelles elle s’est arrêtée le 11 juin ?