25 Novembre 2013

Le manque de liberté en France pénalise la croissance

Fin octobre, à Bangkok, sous l’égide de la Friedrich Naumann Foundation For Freedom (FNF), une organisation financée à travers le parti libéral démocrate allemand (FPD) se sont réunis la plupart des responsables des think tanks libéraux en Asie (du Japon à l’Inde et passant par la Chine, le Bhoutan, l’Indonésie…) ainsi que certaines organisations libérales américaines. Pour la France, seul le think-tank Génération Libre était présent.

Plusieurs personnalités de premier plan y étaient venues dont l’ancien premier ministre thaïlandais, Abhissit Vejjajiva aujourd’hui chef du parti démocrate, le principal mouvement d’opposition au parlement. Parmi les participants, l'une des présence les plus intéressante était celle du très actif think tank libéral chinois – Unirule Institute of Economics – dont la liberté d’expression de ses représentants sur les questions des libertés économiques, y compris dans leur propre pays, est toujours remarquable.

Le thème de cette conférence était de déterminer comment les économies émergentes d’Asie pourront éviter de rester piégées dans la catégorie des économies à revenus moyens (selon la définition du FMI, les économies, en Asie, ayant un revenu par habitant entre 2000 et 15 000 dollars) en mettant en place des reformes qui accroissent les libertés économiques.

Mais en creux, on pouvait y lire toutes les critiques qui pourraient être adressées à notre propre économie française.

Les participants se sont penchés en détail sur l’édition 2013 de « L’index mondial des libertés économiques», manière de rappeler que liberté économique et croissance économique sont corrélées. En tant que libéral français, représentant un think tank ayant pour objectif de promouvoir les idées libérales auprès de la classe politique française, je n’ai pu éviter de m’intéresser, en particulier, à la place de la France (40ème rang sur 152 pays) dans ce classement.

Première surprise, la France, bien que figurant dans la catégorie des pays à hauts revenus par habitant, est dans le deuxième quartile en terme de liberté économique (après les Bahamas ou le Liban qui, eux, sont dans le premier quartile). Hongkong et Singapour sont respectivement 1er et 2ème du classement mondial. Le Myanmar (151ème) et le Venezuela (152ème) sont les 2 derniers du classement. En analysant les chiffres, je découvre - ce n’est hélas pas une surprise - que c’est surtout la taille de notre administration qui nous fait chuter dans le classement. Ce n’est pas l’objet de cet article de rentrer dans les détails de chaque chiffre mais pour les lecteurs qui sont intéressés le rapport complet est disponible en anglais ici.

Notre propre croissance économique serait elle « piégée » par une restriction de nos libertés économiques. Le nombre trop important de réglementations économiques est-il un frein à notre liberté de commerce ? Quand il devient très difficile de libérer un logement dont le locataire ne paie pas son loyer, n’est-ce pas une limite au respect du droit de propriété ? Quand un gouvernement, comme celui que nous avons aujourd’hui, devient aussi prédateur fiscalement et crée des impôts dont certains sont rétroactifs, peut-on encore parler d’une vraie liberté économique ?

Combien ce manque de liberté économique coûte-t-il de points de croissance à notre économie ? Combien coûte-t-il en perte de revenus aux français ? En emplois qui manquent à nos forces vives et aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail ? Les restrictions de notre liberté économique sont une sorte de « piège » qui signe l’arrêt de l’ascenseur social avec le risque pour certaines catégories, de plus en plus nombreuses, de prendre l’ascenseur dans le sens de la descente, proche de l'enfer pour ceux qui entrent dans une forme de précarité. Il serait temps de se poser la question de notre liberté économique avant que les mouvements populistes s’emparent du sujet et que notre pays fasse un grand retour en arrière économique.

En conclusion de cette conférence, j’ai proposé aux organisateurs de tenir la prochaine en France sur le thème « combien le manque de libertés économiques coûte-t-il à l’économie française et au peuple français» ? Pourquoi ne pas dire à nos concitoyens les choses en face et que seul un surcroît de libertés économiques sauvera notre société des périls qui la menacent.

Thibault Danjou est entrepreneur, administrateur délégué du think tank Génération Libre en Asie-Pacifique et membre du conseil national du Parti Libéral Démocrate, Délégué Asie du PLD
Article source dans Atlantico