15 Janvier 2010

Protectionnisme inversé

Nous connaissons le réflexe protectionniste traditionnel : limiter et taxer les importations, favoriser les exportations. La dernière innovation Etatique a de quoi surprendre : limiter et taxer les exportations et favoriser les importations...de produits alimentaires. Conséquence directe de la mondialisation, l'amélioration de la qualité de vie permet à des centaines de millions d'individus de "passer d'un repas par jour à deux" comme le récapitule bien Nicolas Bouzou. Lorsque la demande augmente considérablement... Jusque là, tout le monde suit.

Evidemment, il est facile d'imaginer que la question du pouvoir d'achat, déjà omniprésente en France, est en train de s'envenimer dans les pays en voie de développement. Les manifestations populaires, bruyantes et parfois violentes, ennuient le pouvoir. D'un côté, le consommateur se rend compte que le poids de la nourriture remonte dans son panier global. La tendance naturelle d'un homme politique qui ne comprend rien aux échanges, c'est de bloquer les prix. Effet immédiat : entraîner des pénuries et inciter le marché noir et la corruption. Déjà très en avance sur ces points et pour montrer l'exemple, l'Arabie Saoudite et l'Egypte ont coupé leurs droits de douane sur des centaines de produits alimentaires. D'autres ne vont pas tarder à suivre ce mouvement. Dans le même temps, de grands pays agricoles tentent de retenir leur production en fermant les frontières et en bloquant les prix. Tant pis pour leurs paysans. Il ne leur reste que Bové pour pleurer.

Comme on le voit, de l'autre côté, les agriculteurs des pays les plus pauvres et les moins productifs voient là une vraie opportunité pour améliorer leur qualité de vie, investir pour augmenter leurs rendements et répondre à la demande croissante mondiale. En fermer les frontières, les Etats ferme cette voie naturelle d'amélioration de la condition paysanne dans le monde. Non seulement cela ne stoppera pas l'évolution du mode de vie de populations qui sortent de la misère - et souhaitent donc se nourir mieux - mais un tel repli sur soi risque d'interdire aux économies agricoles de se transformer en améliorant leur productivité. Or, seul un tel mouvement permettra à ces pays de consacrer des ressources ainsi libérées dans l'éducation, la santé et d'autres pans de l'économie plus rentables. Il est urgent que ces dirigeants soient conscients des risques qu'ils font courir à leur pays en croyant agir "pour le bien public".

Une fois de plus, les Etats surpris s'opposent aux aspirations de leurs populations en cherchant à bloquer les échanges. Les effets attendus risquent d'être bien plus pénibles que les ajustements de consommation actuels. Et au fait, que devient la PAC là-dedans ?