17 Juin 2014

L’Evin
 nuit à la 
santé 
(mentale)

Le plan quinquennal d’hygiénisme (pardon : la loi de Santé publique 2014) sera prochainement présenté en Conseil des ministres. A l’insistance du ministre de l’Agriculture, le vin devrait échapper à la mode de la « fiscalité comportementale », promue par la féroce ANPAA (association nationale de prévention alcoologie et addictologie). Pour se venger, sa collègue de la Santé prépare une série de mesures efficaces et intelligentes, telles que le grossissement du logo femmes enceintes sur l’étiquette des bouteilles, ou la radicalisation du message sanitaire, qui deviendrait : « Le vin est dangereux pour la santé. » Que celui ou celle qui a jamais été découragé de boire un verre par ces slogans puérils se manifeste au plus vite auprès de l’administration.

Le pays de Rabelais est déjà celui où la promotion du vin est la plus réprimée au monde, hors Etats théocratiques. Depuis la loi Evin, votée en 1991, toute expression publique sur le sujet peut être qualifiée d’ « action psychologique de nature à inciter à la consommation », et punie en tant que telle. L’œnologue Jacques Dupont a déjà décrit les effets pervers de cette loi dans son savoureux essai Invignez-vous ! L’association Vin & Société, qui représente les 500 000 acteurs de la vigne et du vin en France, vient quant à elle de lancer une excellente campagne intitulée : « Monsieur Evin, revenez, votre loi on n’y comprend plus rien. » On y apprend que vignerons, journalistes et artistes sont régulièrement condamnés par les tribunaux dès que le juge perçoit une association du vin avec « le plaisir » ou « la convivialité » (un timbre représentant une vigne en hiver s’est même vu retiré de la circulation !). Les pires effets de la censure sont, comme toujours, l’autocensure : avez-vous jamais vu une séance de dégustation de vin sur MasterChef ? Tandis que chez nos voisins espagnols et italiens, c’est l’Etat lui-même, un peu plus déluré, qui vante le vin comme art de vivre. Eduquer vaut mieux que châtier.

Demandez pardon, Monsieur Evin ! J’irais donc plus loin que Vin & Société : Monsieur Evin, revenez, mettez-vous à genoux dans un fouloir rempli de grappes de raisin, et demandez pardon. Pardon d’avoir cédé aux litanies de quelques moralisateurs illuminés comme le médecin activiste Claude Got, l’homme qui voudrait que tous les Français soient aussi tristes que lui. Pardon d’avoir nui à l’un de nos secteurs de pointe, qui génère 7,8 milliards d’euros annuels d’exportation (soit 150 Rafale !). Pardon de n’avoir pas lu Que ma joie demeure, où Giono célèbre le goût du vin, « du vin neuf fait d’un mois avec les raisins de vingt rayons de pauvre vigne », récompense du laboureur.

Rappelons que l’ANPAA, qui ne cesse de dénoncer le binge-drinking, est financée par vous-même, cher lecteur, à hauteur de plus de 70 millions d’euros par an. Le vrai soûlard, aujourd’hui, c’est l’Etat, addict au binge-spending. Et les vrais Tartuffe, ce sont nos députés, qui sirotent à loisir les 15 000 bouteilles de grands crus entreposées dans les caves de l’Assemblée. Vive le vin sans Evin !

Gaspard Koenig est président du think tank Génération Libre.
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