20 Août 2012

Les établissements français ne peuvent plus ignorer le classement de Shanghai !

Le classement de Shanghai 2012 a été publé la semaine du 15 août. Personne n’a repris l’information dans la torpeur estivale. Ce flop a épargné notre amour propre déjà bien amoché par notre rang aux Jeux Olympiques de Londres. La ministre de l’Enseignement supérieur a déclaré n’être guère préoccupée par ce classement, jugeant que l’analyse ne s’est pas suffisamment adaptée à nos spécificités. L’explication est un peu courte pour nos 2,3 millions d’étudiants qui vont devoir affronter une compétition de plus en plus globalisée à la fin de leurs études.

Le classement de Shanghai se fonde sur des critères essentiellement académiques tels que le nombre de publications et le nombre de Nobels parmi les chercheurs et les anciens élèves. Il est certes facile de mettre en avant leur inadéquation à la spécificité française qui sépare la recherche (CNRS, INSERM…) du monde universitaire. Mais les autres classements (Times Higher Education, Global University Ranking, etc.) utilisent des grilles d’analyse qui aboutissent à des résultats similaires.

Alors est-ce le monde qui n’est pas adapté au modèle français, ou bien l’inverse ? Nos enseignants, nos chercheurs et nos élèves ne sont pas moins bons que ceux des pays mieux positionnés dans ce classement; nos résultats proviennent de notre organisation d’enseignement supérieur et de recherche.

Engloutissement de connaissances sans perspectives professionnelles

Nous devons admettre que nos universités cumulent des handicaps structurels, à commencer par l’absence de distinction officielle et claire entre ce qui relève de la formation professionnelle et les cursus élitistes destinés à la recherche, particulièrement en premier cycle. Tout au long de leurs années de licence, les étudiants destinés à rejoindre l’entreprise (monde inconnu perçu comme menaçant par les universitaires) et ceux qui poursuivront dans les filières hautement sélectives de la recherche sont mélangés sans être préparés à la bifurcation future.

Tous passent ces années à engloutir des connaissances sans avoir la moindre idée de leurs perspectives professionnelles. Il faut ajouter à cette confusion une absence fréquente de proximité entre élèves et enseignants, déconnexion qui ne permet pas l’accompagnement adéquat des étudiants vers l’une ou l’autre voie.

A ce titre, les ponts avec nos écoles d’ingénieurs (ou nos écoles de commerce en ce qui concerne les sciences humaines) restent bien trop modestes. Alors que les grandes écoles attirent les meilleurs élèves, le nombre d’entre eux qui intègrent ensuite le monde universitaire et la recherche est anormale faible. Mais n’ont-ils pas raison de choisir les carrières des grands groupes internationaux et des hautes sphères de l’administration, alors qu’il n’y a hélas pas de perspectives réjouissantes en France dans la recherche ?

En plus d’être trop souvent coupée du monde universitaire, la recherche reste marquée par les réflexes corporatistes de la fonction publique, avec son lot de rigidités bureaucratiques et de réseaux claniques insensibles aux critères de compétence ou de résultats.

Une internationalisation inéluctable

Ramener la recherche dans le giron de l’enseignement supérieur est crucial dans l’industrie globalisée qu’est devenu l’enseignement. C’est le point de vue des entreprises qui investissent dans la recherche et le développement, mais aussi de nos enseignants et de nos chercheurs. Exception faite des mathématiciens, les plus brillants se résignent à l’expatriation pour rester à la pointe de la recherche et non se contenter de suivisme, et pour bénéficier de meilleures conditions de travail (matériels, émulation intellectuelle, rémunération).

Nos élèves comparent eux aussi les établissements français et étrangers, et n’hésitent pas à privilégier les cursus internationaux. 80.000 Français étudient à l’étranger. Ils font partie de ces 3,5 millions d’étudiants qui, chaque année dans le monde, partent étudier hors de leurs frontières. Ce chiffre en constante augmentation ne serait pas inquiétant si autant d’étudiants brillant venaient étudier en France.

L’autonomie des établissements d’enseignement supérieur et de recherche doit d’abord concerner la stratégie sur un marché mouvant et hautement compétitif. Elle doit les amener à se regrouper pour réorganiser leurs filières d’enseignement et de recherche et y assortir leurs équipes d’enseignants et de chercheurs. Objectif : atteindre une taille critique et gagner en visibilité dans la compétition mondiale.

La gouvernance, cruciale pour la réussite des établissements

A ce titre, une bonne sélection constitue aussi un moyen efficace de n’avoir que les étudiants motivés et capables de s’engager dans des cursus exigeants. Elle se justifie d’autant mieux qu’on ne peut continuer à dilapider les ressources de l’université, et à perpétuer un taux d’échec massif chez les étudiants mal orientés qui sortent sans diplôme de leurs années de vagabondage universitaire.

Au cœur de l’autonomie, il y a la gouvernance. Les universités les mieux classées par toutes les études ont un président au pouvoir étendu, mais qui doit rendre des comptes à un conseil d’administration où siègent bon nombre d’anciens élèves, les « alumni ». 19 des 20 meilleures universités américaines sont entièrement entre les mains de leurs anciens élèves. Ceux-ci ont à cœur de mettre les élèves et les professeurs en concurrence, ils veillent aussi bien aux installations qu’aux cursus et à la recherche.

La prochaine étape de la réforme de l’enseignement supérieur en France se trouve dans l’aboutissement de l’autonomie : une gouvernance adéquate, ambitieuse et responsable de l’avenir des institutions concernées. Ce jour-là, nous verrons nos meilleures universités remonter brutalement dans les classements internationaux, et nos ministres se déclarer bien plus concernés par ces succès.